Des dizaines de projets d’aires protégées bloqués

Les permis d'exploration pétrolière omniprésents en Gaspésie bloqueraient l'agrandissement de l'aire protégée du caribou, une espèce qui compte aujourd'hui moins d'une centaine d'individus.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Les permis d'exploration pétrolière omniprésents en Gaspésie bloqueraient l'agrandissement de l'aire protégée du caribou, une espèce qui compte aujourd'hui moins d'une centaine d'individus.

Alors que le Québec tarde à accroître la protection de son territoire, pas moins de 69 projets d’aires protégées ne pourront pas voir le jour parce qu’ils entrent en conflit avec des droits industriels déjà concédés. C’est ce que révèle un document produit par le ministère de l’Environnement du Québec et obtenu par Le Devoir.

Selon ce qu’on peut lire dans ce résumé préparé par des experts du ministère, les démarches régionales lancées en vue de la désignation de nouvelles aires protégées ont permis d’obtenir un total de 183 projets.

L’ensemble du territoire couvert par ces différents projets représente une superficie de 44 884 km2. Cela signifie que, si le gouvernement Couillard décidait d’aller de l’avant avec la création de toutes ces aires protégées, il atteindrait l’objectif de protection qu’il s’était fixé pour 2015, soit la protection de 12 % de son territoire terrestre.

À l’heure actuelle, le Québec est en retard, avec 9,33 % du territoire constitué d’aires protégées. Ce taux inclut toutefois 101 territoires inscrits comme aire protégée, réserve de biodiversité, écologique ou aquatique « projetée », incluant cinq « réserves » de parc national. Tous ces territoires ont un statut temporaire de protection.

Qui plus est, le gouvernement est toujours très loin de la cible qu’il s’est fixée pour 2020, soit la protection de 17 % du territoire québécois.
 

 

Intérêts privés

Malgré ces retards, l’ajout de 69 nouvelles aires protégées serait tout simplement impossible, en raison de la préséance d’intérêts industriels sur de larges portions de ces zones dûment identifiées.

Ces 69 projets « sont sous contraintes minière, forestière et/ou énergétique », selon ce qu’on peut lire dans le document du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la lutte contre les changements climatiques (MDDELCC).

Ces territoires constituent pas moins de 40 % de la superficie des projets élaborés dans les différentes régions du Québec, soit une superficie totale de 17 954 km2. Une autre portion de 3281 km2 est toujours en « analyse », c’est-à-dire que le MDDELCC n’a toujours pas déterminé s’il existe des convoitises industrielles qui pourraient empêcher la création d’aires protégées. Des groupes environnementaux ont déjà fait valoir l’idée que la présence de permis d’exploration pétrolière et gazière serait la cause du blocage d’importants efforts de protection. Ce serait notamment le cas dans le Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie, où les permis d’exploration acquis au fil des ans recouvrent une bonne partie du territoire.

Plan Nord

La protection promise par le gouvernement Couillard prend également du retard sur le territoire du Plan Nord, où Québec s’est engagé dès 2015 à protéger 20 % du territoire d’ici 2020. En tenant compte de la superficie totale inscrite dans le plan, soit 1,2 million de kilomètres, cette cible représente environ 240 000 km2.

Or, à l’heure actuelle, les données officielles indiquent qu’à peine 11 % du territoire visé par le Plan Nord est désigné comme aire protégée, soit environ 132 000 km2. Cette superficie comprend cependant des zones mises « en réserve », donc en attente d’un statut permanent de protection.

8 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 23 février 2017 06 h 13

    Favoriser seulement «les vraies affaires».

    Le temps mis par le gouvernement à se décider ou non à protéger davantage d'aires territoriales a permis aux compagnies minières, gazières et surtout pétrolières de tapisser le territoire de droits miniers. Cartes gouvernementales minières à l'appui, avant 2009 et sauf erreur, les seuls droits miniers existant dans la région de Rimouski se situaient à St-Fabien. Maintenant, la quasi totalité du territoire du Bas-St-Laurent est couvert de droits gaziers ou pétroliers, réserves forestières publiques et privées comprises. Pourtant, aucune découverte de gaz, de pétrole ou de minérais ne justifie cet enregistrement massif. Ces très petites compagnies (penny stock), peu solvables et demandeuses de subvention, ont donc eu tout le temps pour réagir et conséquemment inscrit tous les droits miniers désirés, leur valeur géologique et la perspective de les mettre en oeuvre important peu. Il fallait inscrire. Un gouvernement véritablement soucieux d'environnement et de protection du territoire aurait beaucoup plus tôt gelé l'inscription de nouveaux droits miniers. En lieu et place, il a seulement favorisé de «vraies affaires», les siennes comme celles des compagnies intéressées.

  • Denis Paquette - Abonné 23 février 2017 09 h 03

    un pays unique pour combien de temps encore

    il est évident qu'il va falloir un jour prévilégié les aires protégées si nous voulons que le Québec demeure un pays unique, n'est ce pas sa première richesse, peut etre faudrait il encourager les gens a le visiter au moins une fois dans leur vie, pour qu'ils en prennent conscience

  • André Mongrain - Abonné 23 février 2017 09 h 55

    Curiosité

    Je serais curieux de savoir combien d'endroits "sous contraintes minières, forestière et/ou énergétique" ont été realisé depuis les annonces ou on projetais de faire des aires protégées, empechant maintenant de les réalisés ?

    André Mongrain

  • Gilles Théberge - Abonné 23 février 2017 10 h 15

    C'est là qu'on voit la perversité, toute la perversité qu'il y avait dans le projet devenu loi sur les mines.

    Gouvernement des autres qu'il faudra congédier de toute urgence!

  • Yvon Pesant - Abonné 23 février 2017 10 h 25

    Cruel dilemme

    Dure, dure, la vie du décideur gouvernemental ayant à s'interroger quant à savoir si on protège l'aire sauvage ou si on la laisse aller se faire être exploitée sauvagement d'une manière minière, gazière ou pétrolière par des compagnies trop souvent sans éthique.

    Mais à qui donc doit-on le fait que pratiquement tout le Bas-Saint-Laurent et toute la Gaspésie ainsi que des grands pans de l'estuaire et du golfe se trouvent désormais à être "claimés" à des conditions vraiment avantageuses pour les détenteurs de tels permis. Mon petit doigt me dit que...

    Mais c'est vraiment ce que seule une recherche exhaustive de renseignements au demeurant publics auprès des instances détentrices de telles données nous permet de savoir très explicitement. Ce que bien peu de gens, moi compris, ont la capacité, l'intérêt ou le temps de faire. Heureusement que nous avons de bons journalistes scientifiques et d'enquête comme monsieur Shields pour nous instruire de ces choses qui nous concernent tous et toutes.