Le BAPE continuera d’évaluer les enjeux économiques

Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand

Même si le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles vient de créer une nouvelle structure responsable de l’analyse économique des projets majeurs, le ministre Pierre Arcand promet que le BAPE pourra continuer de mener de telles analyses. Il estime d’ailleurs que l’organisme indépendant joue un rôle « essentiel ».

« Le BAPE fait son travail. Nous ne sommes pas en concurrence avec le BAPE. On fait quelque chose qui est complémentaire », a assuré mardi le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, en entrevue au Devoir à la sortie du caucus libéral à Québec.

Dans le cadre de l’élaboration des « orientations en matière d’acceptabilité sociale », le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN) a en effet décidé de mettre sur pied un « Bureau de coordination des projets majeurs et d’analyse des impacts économiques ».

Dans un document mis en ligne récemment, le ministère précise ainsi que ce Bureau « a pour mandat d’analyser les retombées et les répercussions des projets majeurs pour bâtir une information fiable et crédible, utile à la compréhension des projets par les populations locales ».

Or, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) a justement pour mission d’analyser les aspects économiques des projets majeurs au Québec, puisque ces questions constituent un des trois piliers du développement durable. L’organisme indépendant prend en compte les enjeux économiques depuis son premier rapport, publié en 1979.

Les faits

Mardi, le ministre Arcand a promis que le BAPE pourra continuer de jouer son rôle d’analyste économique. « Le BAPE a tout à fait le droit de parler de choses économiques. Ça fait partie des principes du développement durable », a-t-il souligné.

Qu’adviendra-t-il si les conclusions de l’analyse menée par le BAPE viennent contredire celles du Bureau de coordination, qui est rattaché à un ministère dont le mandat inclut la promotion de l’exploitation des ressources ? « En général, quand on discute de ces choses-là, les faits sont assez clairs », a simplement répondu Pierre Arcand.

Le ministre a par ailleurs laissé entendre que le Bureau de coordination mènera ses travaux à caractère économique « en amont » des consultations publiques qui sont menées par le BAPE. « Si le projet est positif, on va le voir tout de suite. Si le projet est négatif, on va le voir également tout de suite », a-t-il dit.

Il faut dire que les projets majeurs évalués par le BAPE peuvent poser des risques environnementaux et sociaux, mais également soulever des enjeux économiques majeurs. C’est le cas par exemple pour l’exploitation d’hydrocarbures, le développement de mines, l’implantation d’éoliennes, de barrages ou d’autres projets industriels.

Même si l’organisme a essuyé de vives critiques à la suite de la publication de son rapport sur le réseau électrique métropolitain de la Caisse de dépôt, le ministre Arcand a souligné mardi que, selon lui, « le BAPE est un organisme essentiel ».

6 commentaires
  • Julien Thériault - Abonné 8 février 2017 06 h 50

    « Bâtir une information fiable et crédible »

    Si un conseiller ne te dis pas ce que tu veux entendre, prends-en un autre...

  • Jean-Michel Goulet - Abonné 8 février 2017 07 h 09

    Quand il y aura un BAPE

    Est-ce que la nouvelle loi 102 va permettre au ministre de diminuer le nombre de BAPE ? Nous avons souvent vu dans les dernières années le gouvernement privilégier les ÉES au détriment du BAPE. Une ÉES a moins d'indépendance qu'un BAPE.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 8 février 2017 08 h 39

    Facilité et vérité

    En ce qui concerne l'importance du BAPE, le ministre des ressources naturelles n'est pas le meilleur interlocuteur, le BAPE ne relevant pas de son ministère. Reste que ce puissant ministre juge, à l'instar des lobbystes favorables à un projet qui l'alimenteront opportunément, que le caractère économiquement favorable d'un projet se détermine facilement, autrement dit qu'on n'a pas besoin du BAPE pour savoir s'il faut apporter de coûteuses atténuations susceptibles de le rendre moins rentable...et le subventionner. Finies les humiliantes et désolantes comparutions où le représentant d'un développeur chéri répond peu ou pas aux questions du BAPE! Apparemment mieux outillé sur l'aspect évidemment économiquement favorable d'un projet, le ministre des Ressources naturelles pourra encore beaucoup plus facilement convaincre le premier ministre et son conseil de la nécessité d'oublier les deux autres aspects du développement durable, à savoir la protection de l'environnement et l'acceptabilité sociale telle que l'ONU l'entend, autrement dit par ceux qui en subiront aussi les conséquences sociales et environnementales. Sur le monument du BAPE on pourra lire: «il s'est montré essentiel»

  • Nadia Alexan - Abonnée 8 février 2017 09 h 18

    Le ministre essaye de justifier l'injustifiable!

    En créant une nouvelle structure responsable de l’analyse économique des projets majeurs, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles veut justifier l'injustifiable. Il veut faire passer les projets pétroliers qui sont inacceptables à la société civile et qui menace l'environnement, l'eau potable et nos lacs et rivières. Est-ce que le ministre travaille pour les citoyens ou pour l'intérêt des multinationales?!

  • Nicole Delisle - Abonné 8 février 2017 09 h 46

    Ce que le ministre nous dit....

    c'est qu'il essaie de nous faire croire que le BAPE continuera de faire son travail, mais
    alors pourquoi une autre structure qui gobera de nos sous pour évaluer des projets.
    C'est de la simple foutaise! Il prend les québécois pour qui exactement. Ce ministre a le don de nous passer des décisions loin d'être rentables pour le Québec. Cette structure n'est rien d'autre qu'un autre organisme pour placer des amis libéraux et influencer le politique grâce à des lobbyistes affiliés au parti libéral. Que fera le ministre quand les deux structures se contradieront? Je vous laisse deviner la réponse!