Pétrolia réalisera les forages prévus sur Anticosti

Québec a accordé en décembre dernier les autorisations réclamées pour la préparation des trois sites de forages qui doivent être utilisés en 2017 sur Anticosti.
Photo: Pierre Lahoud Québec a accordé en décembre dernier les autorisations réclamées pour la préparation des trois sites de forages qui doivent être utilisés en 2017 sur Anticosti.

Pétrolia entend poursuivre l’exploration pétrolière sur l’île d’Anticosti, malgré l’appui du gouvernement à la candidature à l’UNESCO et la volonté de protéger la totalité du territoire de l’île d’ici trois ans. Mais l’entreprise évoque déjà des « obligations » de la part de Québec en cas d’arrêt du projet pétrolier.

En attendant une éventuelle décision quant à l’inscription de l’île d’Anticosti sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, « il n’y a rien qui empêche la poursuite du développement des hydrocarbures sur l’île », a fait valoir Pétrolia jeudi, par la voie d’une courte déclaration écrite.

L’entreprise, qui dirige les travaux terrain pour la société en commandite Hydrocarbures Anticosti, a ainsi rappelé qu’elle a déjà obtenu « toutes les autorisations et tous les permis pour procéder à la poursuite des activités de mise en valeur de la ressource ».

Le gouvernement Couillard a effectivement accordé en décembre les autorisations réclamées pour la préparation des trois sites de forages qui seront utilisés en 2017 pour réaliser trois forages avec fracturation. En vertu des autres autorisations octroyées par le gouvernement, l’eau nécessaire pour les opérations de fracturation sera puisée en bonne partie à même des rivières de l’île, pour un maximum de 30 millions de litres. Elle sera traitée sur place avant d’être rejetée dans le Saint-Laurent.

Protection totale

Mercredi, le gouvernement Couillard a finalement accordé son soutien à la candidature d’Anticosti à l’UNESCO, tout en promettant de respecter le contrat signé en 2014 pour le projet d’exploration en cours. En vertu de ce contrat, l’État doit investir 56,7 millions de dollars dans le projet.

Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, a aussi clairement indiqué mercredi qu’une reconnaissance à l’UNESCO serait incompatible avec l’exploitation de pétrole et de gaz de schiste sur l’île.

Qui plus est, Le Devoir a révélé que le gouvernement compte protéger tout le territoire de la plus grande île du Québec d’ici 2020. Cela équivaut à mettre fin au projet pétrolier en cours, mais aussi à bloquer tous les projets du même type qui pourraient voir le jour dans les années à venir.

Selon ce qu’a fait valoir la ministre du Tourisme, Julie Boulet, le gouvernement semble vouloir répondre aux demandes de la municipalité d’Anticosti, qui souhaiterait miser sur le tourisme pour assurer son développement économique.

Compensations

Le changement de cap du gouvernement risque toutefois de déboucher sur des demandes de compensations financières de la part des entreprises Pétrolia et Corridor Resources, partenaires du gouvernement dans le projet amorcé par le Parti québécois en 2014. « Dans l’éventualité où les activités de développement seraient restreintes dans le futur, il est clair que le gouvernement aurait certaines obligations envers les détenteurs de permis et ses partenaires relatifs à une telle décision », a d’ailleurs prévenu jeudi Pétrolia.

Est-ce que Pétrolia pourrait exiger un dédommagement financier ? L’entreprise n’a pas répondu à la demande du Devoir. Pétrolia, dont Québec est le premier actionnaire, a déjà évoqué la possibilité d’intenter des poursuites et d’exiger des compensations financières, en cas d’arrêt du projet.

Dans une « mise au point » publiée en décembre 2015, Pétrolia avait en outre souligné que la valeur des permis d’exploration qui font partie du projet d’Hydrocarbures Anticosti a été fixée à 200 millions de dollars, en vertu de l’entente de 2014.

En plus des permis qui étaient détenus par Pétrolia et Corridor Resources, l’entreprise Junex possède elle aussi des permis d’exploration sur la portion sud de l’île d’Anticosti.


 
6 commentaires
  • Marc Durand - Abonné 26 janvier 2017 22 h 38

    Des compensations pour qui et pour quel motif

    Pétrolia et Corridor Ressources paient actuellement 0% de la facture des travaux. C'est l'État du Québec (56,7%) et Maurel et Prom (43,3%) qui à eux deux paient 100% du coût des travaux. Maurel & Prom a un droit de retrait; c'est avec ce partenaire qu'il serait opportun de discuter en premier. Le gouvernement et ce partenaire français sont les deux dindons de la farce; ils devraient s'assoir à deux et examiner les données recueillies au cours des derniers forages: http://bit.ly/29IBemU. Ils constateraient alors que la rentabilité potentielle de ce pseudo gisement est nulle: ils se sont fait leurrer par le lobby de Pétrolia quand on a fixé à 200 million$ la valeur des permis d'un gisement à des lieues d'une hypothétique rentabilité. Ces permis ne valent pas un sous si il n'y a aucun gisement économique, comme le démontre les dernières données disponibles. Il n'y a aucun motif à rembourser à Pétrolia et Corridor des dépenses d'une facture qu'ils n'ont pas eu à assumer. Maurel & Prom ont un intérêt commun identique: stopper cette hémoragie de dépenses à fonds perdus, dont ils font seuls les frais.

  • Denise Gendron - Abonné 26 janvier 2017 23 h 51

    un scénario écrit d'avance?

    Est-ce possible que le(s) gouvernement(s) du Québec aient mis en place un scénario visant a créer des droits acquis pour les compagnies détentrices de permis d'exploration et d'exploitation? Droits acquis qui leur vaudraient des compensations financieres en cas de retrait de ces droits, et ce sans qu'elles aient fait de grands investissements?

    On les a vus le 9 décembre adopter sous baîllon la loi 106, malgré l'opposition généralisée des élus, des citoyens, des groupes écologistes, des syndicats, des notaires. Ils finiront peut-être par revenir en arriere, non sans avoir a dédommager toutes ces compagnies qui ont claimé la Vallée du Saint-Laurent, pour leur plus grand bien et notre plus grand mal.

    Completement stupide ou malhonnête? A vous de choisir!

    Denise Gendron
    Sainte-Monique

    • Gilles Théberge - Abonné 27 janvier 2017 12 h 07

      Madame Gendron, Jean François Lisée a promis de revoir cette loi inique, la loi 106, lors d'une prise de pouvoir en 2018.

      C'est une promesse ferme.

  • Nadia Alexan - Abonnée 27 janvier 2017 01 h 49

    C'est honteux!

    La collusion entre le gouvernement Couillard et la compagnie, Petrolia, démontre un manque de moralité de la part de ces deux. Ils n'ont pas de conscience puisqu'ils veulent sacrifier la santé de l'Ile pour des profits! Cette compagnie et sans vergogne!

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 27 janvier 2017 14 h 32

      Pétrolia est comme EI a Palmyre. Quelle horreur!

  • Pierre Robineault - Abonné 27 janvier 2017 10 h 52

    De grâce, monsieur Durand,

    si ce n'est pas déjà fait, utilisez cette réponse en une lettre de lecteur au Devoir et tout aussi conformément aux autres quotidiens pour que nous soyons tous au fait de ce que vous nous annoncez, perdus que nous sommes parmi tant de cachetteries!