Québec promet de protéger toute l’île d’Anticosti d’ici 2020

La rivière Jupiter, sur Anticosti. S’il se concrétise, l'engagement de Québec signifiera la mort des projets d’exploration pétrolière sur l'île.
Photo: Pierre Lahoud La rivière Jupiter, sur Anticosti. S’il se concrétise, l'engagement de Québec signifiera la mort des projets d’exploration pétrolière sur l'île.

Le gouvernement Couillard s’engage à protéger tout le territoire de l’île d’Anticosti d’ici 2020, et donc à mettre définitivement un terme aux projets d’exploration pétrolière, a appris Le Devoir. Cette promesse est écrite noir sur blanc dans la lettre transmise mercredi par Québec en appui à la candidature de la municipalité d’Anticosti, qui souhaite que l’île soit reconnue comme site du patrimoine mondial de l’UNESCO.
 

Le document, obtenu par Le Devoir, rappelle qu’en vue de répondre aux critères de l’UNESCO « les mesures de protection requises s’appliquent déjà au parc national d’Anticosti ». Mais en vertu de l’engagement pris par écrit, « le gouvernement entreprend les consultations et démarches nécessaires en son sein, ainsi qu’auprès de la communauté de l’île, des nations autochtones concernées et des titulaires de droits sur l’île pour que, d’ici 2020, il soit en mesure de prendre les moyens de protection requis pour l’ensemble de l’île ».

Cette courte lettre, qui précise aussi que le gouvernement « donne son consentement » au dépôt de la candidature d’Anticosti auprès du gouvernement fédéral, est signée par la ministre des Relations internationales Christine St-Pierre et son collègue Luc Blanchette, ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs.

Fin du pétrole

Un tel engagement officiel, s’il se concrétise, signifiera la mort du projet d’exploration pétrolière financé par le gouvernement, mais aussi l’impossibilité d’en lancer de nouveaux à l’avenir.

Pour le moment, en vertu d’un contrat signé par le gouvernement du Parti québécois en 2014, l’État doit y injecter un total de 56,7 millions de dollars. Québec a d’ailleurs accordé en décembre les autorisations réclamées par Pétrolia — opérateur des travaux sur Anticosti — pour la préparation des trois sites où des forages avec fracturation doivent avoir lieu cette année.

Selon les termes du contrat en vigueur, ces forages exploratoires pourraient bien mener à d’autres forages avec fracturation, afin de confirmer s’il existe un potentiel d’exploitation commerciale.

Qu’importe la suite des travaux, le gouvernement Couillard compte par la suite mettre un terme aux forages sur l’île. Si une telle mesure sera bien accueillie par la municipalité, Québec devra aussi s’entendre avec les trois entreprises qui détiennent toujours des permis d’exploration sur Anticosti, soit Pétrolia, Junex et Corridor Resources.

Depuis que Philippe Couillard a manifesté son opposition à l’exploitation d’énergies fossiles sur l’île, Pétrolia a critiqué le premier ministre à plusieurs reprises. L’entreprise, dont Québec est le premier actionnaire, a déjà évoqué la possibilité d’intenter des poursuites et d’exiger des compensations financières en cas d’arrêt du projet d’exploration.

Candidature à l’UNESCO

Le ton ferme de la lettre officielle du gouvernement tranche avec le ton adopté mercredi par le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, lors de l’annonce de l’appui du gouvernement à la candidature d’Anticosti à l’UNESCO.

Le ministre a surtout profité du point de presse pour répéter à plusieurs reprises que cet appui du gouvernement ne signifie pas un arrêt du projet d’exploration pétrolière. « Pour nous, ça ne change pas grand-chose pour le projet. On a toujours dit qu’on allait respecter le contrat, et nous allons continuer de respecter le contrat du Parti québécois », a-t-il souligné.

Est-ce que la priorité du gouvernement libéral est la conservation de l’île d’Anticosti ? « La priorité du gouvernement libéral est de prendre les meilleures décisions pour le Québec, et ce sont les décisions que nous avons prises aujourd’hui », a néanmoins fait valoir Pierre Arcand.

Le ministre a d’ailleurs indiqué que l’exploitation pétrolière serait incompatible avec la mise en valeur de l’île d’Anticosti, si celle-ci est reconnue comme site du patrimoine mondial de l’UNESCO. « Il n’y aura pas de pétrole sur Anticosti s’ils obtiennent le statut », a laissé tomber le ministre.

Il n’a pas été possible mercredi d’obtenir de réaction de la part de l’Association pétrolière et gazière du Québec ou de la part de Pétrolia.

7 commentaires
  • André Mainguy - Inscrit 25 janvier 2017 20 h 33

    Anticosti

    Le gouvernement est donc dosposé à dédommager les pétrolière et leurs actionnaires ?

    • Jacques Patenaude - Abonné 26 janvier 2017 11 h 52

      si le gouvernement est le premier actionnaire de l,entreprise comment pétrolia peut-il actionner le gouvernement, Ça revient-il pas à s'actionner lui-même?

  • André Champagne - Abonné 25 janvier 2017 21 h 14

    Noui... A Anticosti.

    Comment ne pas se moquer de nos politiciens qui sont incapables de dire les choses directement. Ainsi, il arrive à semer la confusion, la méfiance et récolte le ridicule.

    Il est temps de dire que le pétrole, c'est NON et éviter de poursuivre avec un mais...

    • Pierre Fortin - Abonné 26 janvier 2017 11 h 33

      Très juste!

      Le gouvernement Couillard n'a jamais établi clairement sa position sur tout ce qui concerne l'environnement et l'exploitation pétrolière au Québec. S'agit-il d'une action concertée destinée à confondre la population, en soufflant le chaud et le froid, ou plutôt d'une réelle incapacité à prendre position dans ce dossier très controversé et lourd de conséquences en oscillant d'une position à l'autre.

      D'une côté le gouvernement appuie la candidature de l'île, ce qui mettrait un terme aux projets d'exploration pétrolière, et de l'autre le ministre Arcand déclare « Il n’y aura pas de pétrole sur Anticosti s’ils obtiennent le statut [de l'UNESCO] ». Autrement dit, c'est l'UNESCO qui décidera de l'avenir de l'exploration et de l'exploitation pétrolières sur Anticosti.

      Une telle gouvernance donne crédit à la thèse un peu loufoque de Pierre Conesa dans son livre « SURTOUT NE RIEN DÉCIDER – Manuel de survie en milieu politique ». L'art suprême en politique ? Ne rien décider tout en donnant l'illusion de l'action. L'auteur donne quelques conseils pratiques pour se maintenir au pouvoir :

      - Différer l'urgence;
      - Contourner les obstacles;
      - Ne se fâcher avec personne;
      - Subventionner sans réformer;
      - Créer de la complexité;
      - Consulter les commissions supérieures ...

      Pas si loufoque que ça, finalement.

  • Raymond Gauthier - Abonné 25 janvier 2017 21 h 40

    Croisons-nous les doigts...

    ... pour que ce ne soit pas un nouveau canular concocté par les ténors de ce gouvernement burlesque qui excelle en matière de tromperies et réussit assez bien, merci, à faire croire n’importe quoi à qui veut bien se gaver de ses sornettes.
    Cela dit, je me réjouis de la nouvelle et espère de tout cœur me tromper sur les intentions réelles qui génèrent l’appui du gouvernement à la candidature d’Anticosti à l’UNESCO.
    Le fardeau de la preuve de la sincérité appartient cependant à Philippe Couillard qui, pour me convaincre, doit mettre fin immédiatement au programme d’exploration, quitte à payer la facture. La sauvegarde in extremis de l’île d’Anticosti n’a pas de prix à mes yeux.

    Raymond Gauthier, îles de la Madeleine

  • Denise Gendron - Abonné 25 janvier 2017 22 h 36

    Yé ! Yé! Yé!

    Pour une fois, une bonne nouvelle de la part du gouvernement! Tellement de citoyens se sont mobilisés pour la protection d'Anticosti: engagement de leurs élus municipaux, pétitions, manifestations, résolutions d'appui des municipalités, nombreux commentaires et interventions dans les media. Merci a tous et bravo!

    M. Couillard se rend au gros bon sens,et si il est congruent, il poursuivra sa réflexion sur le developpement de la filiere hydrocarbure, et conviendra que partout au Québec, l'eau est la plus précieuse des ressources, et reviendra sur sa loi-baillon adoptée en décembre. On lâche rien!

    Denise Gendron
    Sainte-Monique

  • Marc Durand - Abonné 26 janvier 2017 07 h 17

    Un appui bien timide

    Autoriser le maire d'Anticosti à transmettre sa demande de classement à l'UNESCO n'est pas nécessairement une réelle décision quant au sort d'Anticosti. On précise que l'exploitation ne se fera pas SI et seulement SI l'UNESCO décidera de classer l'île. On soumet aussi le site du fiord du Saguenay dans ce même appui. Mettez-vous un instant dans chaise des commissaires de l'UNESCO: le Québec, propriétaire de l'Île, continue à accorder des autorisations de forage et des autorisations pour toutes les étapes menant à la fracturation hydraulique de trois puits l'été 2017. Ce gouvernement propriétaire de l'Île s'accorde à lui-même pour ainsi dire, ces autorisations: il est actionnaire de Pétrolia. Il est aussi actionnaire d'Hydrocarbures Anticosti qui détient les permis. Il finance à 57% le coût de ces travaux d'exploration.
    L'UNESCO ne sera pas dupe de voir un demandeur incohérent tenter de lui refiler une décision qu'il ne souhaite pas prendre lui-même. Ma prédiction est que le fiord du Saguenay sera choisi et qu'Anticosti ne sera pas retenu. Le gouvernement pourra ensuite aller de l'avant avec ses travaux pétroliers à Anticosti. C'est là l'essentiel du contexte de la décision rendue par Québec pour autoriser la demande de classement à l'UNESCO.