La candidature d’Anticosti divise les ministères

L’île d’Anticosti pourrait se retrouver sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, éventualité qui n’est pas vue d’un bon œil par tous.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir L’île d’Anticosti pourrait se retrouver sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, éventualité qui n’est pas vue d’un bon œil par tous.

Le maire de Montréal, Denis Coderre, appuie la démarche de la municipalité d’Anticosti, qui souhaite que l’île soit inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, a appris Le Devoir. Le dossier susciterait toutefois des divergences au sein du gouvernement Couillard, qui devrait décider dès mercredi s’il soutient le projet anticostien.

En entrevue au Devoir lundi en début de soirée, M. Coderre s’est dit « solidaire » de la campagne menée depuis plusieurs mois par la municipalité d’Anticosti. « C’est une excellente idée que j’appuie totalement », a affirmé celui qui préside l’Alliance des villes des Grands Lacs et du Saint-Laurent.

« À Montréal, le mont Mont-Royal est un joyau exceptionnel. C’est la même chose pour l’île d’Anticosti, a-t-il illustré. Donc, par solidarité, comme maire de la métropole, j’appuie mes collègues d’Anticosti. Les gouvernements de proximité, comme les municipalités, ont un rôle à jouer, que ce soit pour le patrimoine de l’UNESCO ou pour les mesures de développement. »

« C’est une question patrimoniale, a ajouté le maire. Il faut poser des gestes concrets. Et pour moi, ça fait partie de la prise en conscience en faveur de la protection de notre patrimoine naturel. » Qui plus est, un appui à une candidature à l’UNESCO fait selon lui partie des gestes « qui ont un rayonnement international ».

Selon ce qu’a laissé entendre Denis Coderre, le gouvernement Couillard devrait donc donner son consentement afin que la municipalité de l’île d’Anticosti puisse transmettre son dossier de candidature à Parcs Canada. « Il faut qu’on passe les premières étapes », a-t-il dit, en ajoutant du même souffle que « la fenêtre d’opportunité est relativement restreinte ».

Il faut dire que le gouvernement fédéral a décidé que les dossiers doivent être transmis au plus tard le 27 janvier, soit ce vendredi.

Débat à Québec

Or, pour le moment, le gouvernement de Philippe Couillard n’a toujours pas donné son accord à Anticosti. Puisque l’État québécois a fait l’acquisition de l’île en 1974, et qu’il en est donc le propriétaire, le gouvernement doit en effet donner son consentement pour que le dossier soit jugé valide.

Selon les informations obtenues par Le Devoir auprès de différentes sources, le dossier de candidature aurait été transmis au conseil des ministres. Il devrait d’ailleurs faire l’objet de discussions dans le cadre du conseil des ministres de ce mercredi, en vue d’une décision.

Toujours selon les informations obtenues auprès de sources bien au fait du dossier, il semblerait que la question suscite des points de vue divergents au sein du gouvernement. Certains seraient pour un consentement de Québec, qui pourrait éventuellement mener à un arrêt du projet d’exploration pétrolière financé en majorité par le gouvernement.

D’autres redouteraient cependant d’éventuelles poursuites de la part des partenaires privés dans la société en commandite Hydrocarbures Anticosti, soit Pétrolia, Corridor Resources et Saint-Aubin. Contactée lundi, l’entreprise Pétrolia n’a toutefois pas souhaité commenter la question d’une éventuelle candidature de l’île d’Anticosti à l’UNESCO.

Depuis que Philippe Couillard a manifesté son opposition à l’exploitation d’énergies fossiles sur l’île, Pétrolia a ouvertement critiqué le premier ministre à plusieurs reprises. L’entreprise, dont Québec est le premier actionnaire, a même évoqué la possibilité d’intenter des poursuites et d’exiger des compensations financières, en cas d’arrêt du projet. En théorie, des forages avec fracturation sont prévus cette année.

Appuis

Au-delà de l’appui offert par le maire Denis Coderre lundi, la municipalité d’Anticosti doit recevoir ce mardi un appui officiel de la part de la CSN, a appris Le Devoir. Un point de presse est même prévu pour annoncer cet appui. Celui-ci doit se tenir à Sept-Îles, en compagnie du maire d’Anticosti, John Pineault, du préfet de la municipalité régionale de comté, Luc Noël, et du chef de la communauté innue de Mingan, Jean-Charles Piétacho.

Selon les informations obtenues lundi, la Fédération québécoise du saumon atlantique a également signifié son appui à la municipalité d’Anticosti. En juillet dernier, l’organisme s’était déjà opposé au prélèvement d’eau dans des rivières à saumon de l’île, en vue des forages avec fracturation autorisés par le gouvernement Couillard.

Pour la municipalité d’Anticosti, qui rendait publique sa candidature la semaine dernière, il ne fait aucun doute que le « dossier scientifique » rédigé au cours des derniers mois est complet et crédible. Selon ce qu’a fait valoir son maire, John Pineault, la plus grande île du Québec se conforme à quatre des 10 critères établis par l’UNESCO, tous liés à des caractéristiques naturelles et culturelles « exceptionnelles ».

D’un point de vue géologique, par exemple, elle est « unique au monde », estime le professeur André Desrochers, du Département des sciences de la terre et de l’environnement de l’Université d’Ottawa. Selon lui, « Anticosti est le meilleur laboratoire naturel pour l’étude de la première extinction de masse du vivant, il y a près de 445 millions d’années ».

« Cette île possède un extraordinaire paysage culturel, des caractéristiques que l’UNESCO cherche également à protéger », constate pour sa part Philippe Poullaouec-Gonidec, directeur de la Chaire UNESCO en paysage et environnement de l’Université de Montréal.

C’est la ministre de l’Environnement du Canada, Catherine McKenna, qui a invité le 8 août dernier le public à soumettre des propositions pour la soumission de noms de prochains sites du patrimoine mondial. Les nouveaux sites du patrimoine mondial de l’UNESCO proposés seront annoncés en 2017 afin de célébrer le 150e anniversaire de la Confédération. Le Canada compte déjà 18 de ces sites, dont le parc national de Miguasha, en Gaspésie.​

10 commentaires
  • Yvon Pesant - Abonné 24 janvier 2017 06 h 37

    Action!

    L'état québécois est le premier actionnaire de Pétrolia qui pourrait intenter une action en justice contre l'état québécois advenant que...

    Et si l'état québécois arrêtait "d'actionner" Pétrolia en arrêtant de la supporter financièrement, cette entreprise pétrolière que nous ne voulons pas voir salir l'île d'Anticosti. Monsieur Couillard, le Premier ministre du Québec propriétaire de l'île, dit ne pas vouloir le développement de l'exploitation pétrolière à Anticosti. On le comprend. Alors, action!

    Une reconnaissance au patrimoine mondial de l'UNESCO, voilà ce qu'il lui faut à cette île de beauté. Comme ça, tout le monde sera bien content dont et pour beaucoup nous, les principaux actionnaires de Pétrolia.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 24 janvier 2017 07 h 15

    De quoi dépendra

    le choix du cabinet Couillard ? Des dollars surtout en cout ou le bon sens ?

  • Marc Durand - Abonné 24 janvier 2017 07 h 54

    Risque de poursuite de Pétrolia?

    Si le seul élément qui fait hésiter le conseil des ministres réside dans la crainte de poursuites de la part des partenaires dans l'aventure d'Hydrocarbures Anticosti, le gouvernement devrait cesser de tergiverser, car ce risque est nul. Advenant un procès, toutes les données que le promoteurs cachent en ce moment seraient divulguées et on constaterait que le potentiel économique de ce pétrole à Anticosti est inexistant (http://bit.ly/2irmr2f).
    La fiction du potentiel est créée de toutes pièces par quelques spéculateurs. Les campagnes d'exploration les plus récentes (forages 2014-2015) démontrent que le potentiel n'existe pas. Malgré le fait que les promoteurs n'en aient pratiquement pas fait état, ces données sont disponibles. Même le gouvernement dans son rapport du 30 mai 2016 ne se base que sur les valeurs de l'étude Sproule de 2011; les données récentes plus précises montrent que les valeurs antérieures étaient surestimées. L'inexistence d'un potentiel économique d'exploitation de pétrole réduit à zéro la valeur d'une hypothétique poursuite contre l'État. Le feu vert pour soumettre Anticosti sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO doit être donné sans hésitation.

    Marc Durand, doct-ing en géologie appliquée et géotechnique

    • Colette Pagé - Inscrite 24 janvier 2017 10 h 37

      Très intéressante intervention.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 24 janvier 2017 18 h 31

      Le problème m.Gélinas c'est que toutes les interventions de monsieur Durand sont depuis le tout début toujours contre l'exploitation de cette ressource. Au point ou son travail minutieux, et même remarquable, est tout de même guidé par ce qui est qualifiable d'être de l'activisme. Ce qui oblige du coup une certaine distance face à ses conclusions toujours tranchées, et toujours négatives face une possible exploitation.

      En partant trouver une ressource pétrolière exploitable demande de grands, multiples, et persistants efforts de recherche. Au point de départ les chances sont toujours minimes, et le chemin qui confirmerait des possibilités qui se fait en plusieurs étapes est long, et sans garantie. Cela fait d'ailleurs plus 50 ans que de la recherche se fait sur cette île, mais des recherches étaient dirigées vers des réservoirs d'hydrocarbure conventionnels. Les présentes recherches sont d'un autre nature, et basée sur les toutes ressentes techniques d'extractions de roche-mère.

      Clairement, tous les acteurs de l'industrie vont vous dire qu'on ne peut vraiment connaître les potentiels d'un site sans passer par des tentatives d'extraction. Et dans la mesure ou l'entreprise privée s'y investie on peut être sûr que son analyse de capacité d'extraction a peu de chance d'être de la frime, ce qui serait facile a confondre avec la persistance nécessaire.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 24 janvier 2017 18 h 58

      S'il advient une poursuite elle a toutes les chances de s'appuyer sur le non-respect du contrat qui fait du gouvernement le partenaire d'affaire de l'entreprise. Hors le comportement du gouvernement a changé du tout au tout en peu de temps. Le présent premier ministre est passé de promoteur de ce projet à militant radicalement contre... Le tout sans aucune information nouvelle, sinon que la baisse des prix de la matière première (ce qui est normal pour un domaine cyclique). Le revirement est clairement un changement idéologique de Philipe Couillard.

      Dans le domaine de la recherche d'hydrocarbure exploitable il faut de la persistance. Un résultat décevant ne signifie pas la fin des possibilités. On peut présumer que le contrat prévoit des conditions de retrait d'un partenaire, mais il serait étonnant que cela inclue une donnée moins favorable en cour d'exécution d'un plan de recherche précis et établi. Ce qui ouvre les possibilités de poursuit c'est l'attitude du gouvernement face au respect de ses engagements, et non la présence, ou pas, de résultats de parcoure défavorables.

      Il y a d'ailleurs probablement déjà un coût supplémentaire pour attirer des entreprises de façon général. Il y a suffisamment d'obstacle au succès d'une entreprise sans en plus y ajouter les sauts d’humeur d'un premier ministre.

    • Bernard Plante - Abonné 25 janvier 2017 10 h 15

      Mais M. Arès, vos interventions à vous ne sont-elles pas systématiquement en faveur du développement pétrolier? Tout comme vos interventions dans le conflit des juristes de l'Etat ne sont-elles pas clairement et toujours en faveur du gouvernement? Il faut cesser de nous prendre pour des valises.

      Personnellement je me méfie beaucoup plus des lobbyistes anonymes rédacteurs de commentaires sur les sites médiatiques que des interventions de M. Durand basées sur des études et données scientifiques plutôt que sur des arguments flottants basés sur une vision simpliste d'argent et de profit.

  • Yvon Robert - Abonné 24 janvier 2017 09 h 06

    Couillard doit être cohérent

    Après toutes ses prises de position en faveur d'Anticosti,Couillard et son gouvernement doivent appuyer le maire d'Anticosti.De toute façon l'exploitation pétrolière sur ce site ne sera jamais rentable,c'est une erreur du PQ d'avoir autorisé l'exploration pétrolière sur Anticosti.

    • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 24 janvier 2017 13 h 27

      Yvon Robert

      vous avez la gâchette facile sur le PQ. Vous avez oublié que c'est Jean Charest qui a enlevé les droits d'exploration qui appartenaient à Hydro-Québec pour les brader au privé.

  • Danielle Houle - Inscrite 24 janvier 2017 11 h 17

    Bravo à l'intelligence citoyenne!

    ''Le dossier susciterait toutefois des divergences au sein du gouvernement Couillard, qui devrait décider dès mercredi s’il soutient le projet anticostien.'' [ ] ''Certains seraient pour un consentement de Québec, qui pourrait éventuellement mener à un arrêt du projet d’exploration pétrolière financé en majorité par le gouvernement.''

    Si Couillard accepte la candidature de l'île d'Anticosti, nous saurons qu'il ne veut réellement pas du développement des hydrocarbures sur l'île. S'il refuse la candidature de l'île, nous saurons qu'il aura toujours menti sur sa soi disant volonté à mettre un terme définitif aux hydrocarbures. Il est bien mal pris le bonhomme! J'ai bien hâte de voir comment il va se sortir du pétrin. Comment va t'il magouiller cette fois-ci pour s'en sortir, par quel chantage? La balle est vraiment dans son camp et dans son seul camp. La demande des gens de l'île est intelligente et fait preuve d'audace. Ils savent comment s'y prendrent pour que Couillard montre son vrai visage, si jamais il en a un!