Tournée de consultations pour moderniser l’ONE

<p>Des travaux d'excavation pour le passage du pipeline 9B d'Enbridge, à Saint-Anne-des-Plaines, en novembre dernier.</p>
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

Des travaux d'excavation pour le passage du pipeline 9B d'Enbridge, à Saint-Anne-des-Plaines, en novembre dernier.

Le gouvernement Trudeau a annoncé lundi la tenue de consultations pancanadiennes sur la « modernisation » de l’Office national de l’énergie. Les consultations, qui se déplaceront à Montréal en mars, seront menées par un comité dont la majorité des membres ont travaillé dans des organisations liées à des entreprises du secteur des pipelines.

Le comité tiendra des consultations dans une dizaine de villes d’ici la fin du mois de mars, et ce, « pour écouter les points de vue des Canadiens ». Il doit aussi publier au cours des prochains jours des « documents de travail » pour obtenir des avis du public, notamment sur le mandat de l’Office national de l’énergie (ONE), en plus d’aborder d’autres enjeux comme « la prévention des accidents » et les interventions d’urgence.

Le ministre des Ressources naturelles, Jim Carr, a aussi profité de l’annonce de lundi pour réaffirmer la volonté d’Ottawa d’exploiter les ressources comme le pétrole et le gaz et de les transporter vers les marchés. « Notre gouvernement est convaincu qu’il faut mettre nos ressources naturelles en valeur et les acheminer aux marchés de manière écoresponsable, tout en créant des emplois pour la classe moyenne », a-t-il déclaré. « Il faut pour cela un processus réglementaire qui inspire confiance aux citoyens du pays », a ajouté le ministre.

Liens avec les pétrolières

Le « comité d’experts » mis sur pied par le gouvernement Trudeau en novembre dernier doit lui « recommander des moyens de moderniser » l’ONE d’ici le 15 mai, a par ailleurs précisé sa coprésidente, Hélène Lauzon, dans une vidéo mise en ligne sur la page Web consacrée aux travaux du comité.

Mme Lauzon est la présidente du Conseil patronal de l’environnement du Québec (CPEQ). Cette organisation, qui « a pour mission de représenter les intérêts de ses membres en matière d’environnement et de développement durable », compterait plusieurs entreprises de l’industrie des énergies fossiles comme « membres votants ».

Au moment où le fédéral a annoncé la formation du comité d’experts, le site Web du CPEQ présentait d’ailleurs une liste de membres comprenant TransCanada Pipelines, Enbridge Pipelines, Valero (propriétaire de la raffinerie de Lévis), la pétrolière Junex, Gaz Métro et Questerre (présidée par Michael Binnion, le président de l’Association pétrolière et gazière du Québec).

Or, lorsque Le Devoir a voulu consulter la « liste des membres » du CPEQ lundi, celle publiée sur son site Web ne contenait aucun nom. Il n’a d’ailleurs pas été possible lundi d’obtenir de précisions de la part du CPEQ, puisque toute son équipe était absente lundi.

Promotion des pipelines

Parmi les cinq membres du comité chargé de mener les consultations en vue de la modernisation de l’ONE, figure aussi Brenda Kenny. Mme Kenny a été, de 2008 à 2016, présidente et chef de la direction l’Association canadienne des pipelines d’énergie (ACPE). Cette organisation représente précisément les intérêts des entreprises qui exploitent des pipelines et des gazoducs au Canada.

Parmi les membres de l’ACPE, on compte TransCanada, Enbridge et Kinder Morgan. L’organisation a fait la promotion de tous les projets de pipelines importants actuellement en développement au pays, dont Énergie Est, Trans Mountain et Northern Gateway.

L’autre coprésident du comité, Gary Merasty, est directeur de Canada West Foundation. Cette organisation fait la promotion de l’exploitation du pétrole et du gaz naturel, mais aussi de la construction de nouveaux pipelines depuis plusieurs années. Cette organisation, basée à Calgary, a notamment plaidé en faveur du projet de pipeline TransMountain, vers la côte ouest.

La Canada West Foundation a aussi pris position en faveur de l’ONE en septembre dernier, au moment où l’organisme était forcé de suspendre les audiences sur le pipeline Énergie Est. Deux des commissaires qui dirigeaient l’examen du projet de TransCanada avaient rencontré Jean Charest dans son bureau de Montréal alors que ce dernier était justement consultant pour la pétrolière albertaine.

Dans une réponse écrite transmise au Devoir, le gouvernement Trudeau a défendu le choix des membres du comité : « Les membres du comité d’experts possèdent de vastes acquis. En plus de leur expérience de la réglementation de l’énergie, ils ont de l’expertise dans des domaines comme les sciences environnementales, le développement des communautés et le savoir traditionnel autochtone ; ils représentent bien la diversité régionale et linguistique du Canada. Cela leur permettra d’exercer leur mandat de façon équilibrée. »

Consultez notre dossier sur le pipeline Énergie Est