Un concours pour trouver la meilleure technologie verte

Le directeur de Ingenuity Lab Carlo Montemagno a conçu une nouvelle manière de capter le CO2 provenant des émissions de gaz du secteur industriel.
Photo: Jason Franson La Presse canadienne Le directeur de Ingenuity Lab Carlo Montemagno a conçu une nouvelle manière de capter le CO2 provenant des émissions de gaz du secteur industriel.

Et si les émissions de dioxyde de carbone pouvaient être transformées pour qu’on puisse en tirer des bénéfices et ne plus constituer une menace pour l’environnement ?

Cette question est au coeur du concours international NRG COSIA Carbon XPrize de 20 millions de dollars visant à créer des techniques qui convertissent le CO2 en produits de grande valeur.

« Sur le plan de l’énergie et du climat, rares sont les idées qui peuvent avoir un impact transformateur aussi grand que celle de renverser les sciences économiques reliées au CO2 et aux changements climatiques », a fait valoir Marcius Extavour, directeur des opérations techniques pour le concours.

Neuf entreprises canadiennes figurent parmi les vingt-sept équipes qui ont atteint les demi-finales, avec des innovations qui incluent l’exploitation de la photosynthèse pour convertir le carbone et l’injection du CO2 dans le béton.

La récompense de plusieurs millions de dollars est financée par le groupe représentant de l’industrie des sables bitumineux Canada’s Oil Sands Innovation Alliance (COSIA) et l’entreprise américaine NRG. Dix finalistes seront annoncés en 2018, et un gagnant sera révélé en 2020.

Voici un aperçu de quelques demi-finalistes canadiens :

Carbicrete — Montréal

Le ciment produit une quantité importante d’émissions de gaz à effet de serre, environ une tonne de CO2 pour chaque tonne de ciment. C’est pour cette raison que Carbicrete a inventé un moyen de fabriquer du béton sans utiliser de ciment.

Plutôt que d’utiliser le ciment pour faire tenir les morceaux de béton les uns avec les autres, l’entreprise utilise les scories d’acier, un sous-produit du processus de fabrication de l’acier qui se retrouve en majeure partie dans les décharges. On éviterait ainsi les émissions de CO2 reliées au ciment.

Mehrdad Mahoutian, qui avait d’abord développé la technologie à l’Université McGill, a souligné que les produits préfabriqués en béton étaient généralement traités avec de la chaleur et de la vapeur, mais que Carbicrete traitait son béton avec le CO2, ce qui permet la séquestration du carbone.

CarbonCure Technologies — Dartmouth, Nouvelle-Écosse

CarbonCure, établie en Nouvelle-Écosse, a aussi développé une manière de tirer profit du CO2 pour fabriquer du béton de meilleure qualité.

L’entreprise utilise le CO2 de diverses sources industrielles (d’une raffinerie ou d’une centrale électrique, par exemple) et l’injecte dans le béton, où le gaz est piégé et transformé en solide. Le processus réduit l’empreinte de carbone du produit en retirant du CO2 de l’atmosphère et en le transformant en substance solide, ce qui ferait du béton plus résistant et réduirait les coûts.

Ingenuity Lab — Edmonton

Le directeur de Ingenuity Lab Carlo Montemagno a conçu une nouvelle manière de capter le CO2 provenant des émissions de gaz du secteur industriel. Sa technologie exploite la photosynthèse, le procédé par lequel les plantes transforment le dioxyde de carbone en énergie chimique en utilisant la lumière.

La technologie reproduit les réactions biochimiques de la photosynthèse dans des matériaux pour générer l’énergie nécessaire à la transformation du dioxyde de carbone en produits de valeur. Elle capte le CO2 du gaz de combustion et forme de longues chaînes de carbone, permettant de produire 47 produits chimiques spécialisés.

Terra CO2 Technologies — Vancouver

Terra CO2 Technologies développe une technique pour transformer le drainage rocheux acide et les émissions de dioxyde de carbone, deux sous-produits dommageables des activités minières, en une substance stable.

Le drainage rocheux acide fait référence à l’eau acide résultant de l’exposition de minéraux sulfurés à l’air et à l’eau et de la production d’acide sulfurique, qui est dommageable pour la faune s’il y a une fuite dans les cours d’eau. Les entreprises minières doivent utiliser des méthodes coûteuses pour contenir le drainage, notamment en le traitant avec de la chaux et en le stockant dans de grands bassins de décantation.

Terra CO2 Technologies utilise un minéral de sulfures de fer appelé pyrite dans ses tests. Elle soutire le CO2 de l’atmosphère et combine le gaz avec le fer pour fabriquer un carbonate de fer, qui demeure stable dans des conditions atmosphériques normales et ne produit pas d’acide.

« L’usage de notre technologie aurait un impact énorme pour l’industrie minière, a soutenu le chef de la direction, Dylan Jones. Nous y voyons une technologie qui ferait économiser beaucoup d’argent. »

3 commentaires
  • Raymond Lutz - Inscrit 9 janvier 2017 07 h 32

    Manger des pamplemousses pour ne pas mourir du cancer

    Ces chercheurs-entrepreneurs sont comme ces guérisseurs qui font reluire la possilité de faire résorber une tumeur en courant tous les matins et en buvant des jus frais. La captation industrielle de carbone et la geoingénérie sont des lubies qui nous mèneront à l'extinction.

    Technologies salvarices? Lisez plutôt "Terraforming And Geoengineering: A Climate Change Silver Bullet, Or Dormant Blowback?" ou bien "The False Hope of Carbon Capture and Storage"

  • Michel Thériault - Inscrit 9 janvier 2017 13 h 48

    L'histoire nous révèle...

    L'histoire nous révèle qu'il y a toujours eu des gens "sérieux et crédibles" pour nier la rotondité de la terre ou encore, pour professer la certitude que nos ancêtres ont bouffé du dinosaure.

    Moi-même, il y a quelques décénies, j'ai connu un type qui faisait la musique lors des danses de fin de semaine dans le gymnase de l'école secondaire. Avec ses disques 45 tours, sa platine à aiguille et son ampli monophonique à lampes, il jurait que la stéréophonie était une bébelle sans avenir.

    Qu'on me permette donc un septiscisme honnête face aux prophètes de malheur.

  • Robert Lortie - Abonné 9 janvier 2017 17 h 22

    Green washing

    C’est ce qu’on appelle du “Green washing” en anglais. Ça consiste à développer, ou prétendre développer, des technologies qui permettraient aux compagnies les plus polluantes, en termes d’émission de CO2, de continuer à faire ce qu’elles font, sous prétexte qu’il va bientôt y avoir une technologie miracle qui va régler tous les problèmes. C’est de la poudre aux yeux. Aucune technologie ne peut capturer tout le CO2 que nous émettons. Il va falloir réduire la consommation de carbone fossile, point.
    L’Âge de Pierre ne s’est pas terminé à cause d’un manque de cailloux. Le bronze était plus difficile à travailler que le silex, mais plus performant. Il faut sortir de l’Âge des énergies fossiles.