Les rennes de l’Arctique contribuent à freiner le réchauffement

Les chercheurs ont évalué l’influence des rennes qui paissent dans la toundra arctique norvégienne sur le bilan énergétique.
Photo: Martin Bureau Agence France-Presse Les chercheurs ont évalué l’influence des rennes qui paissent dans la toundra arctique norvégienne sur le bilan énergétique.

Les rennes de l’Arctique ne sont pas seulement d’une aide inestimable pour le père Noël qui doit livrer des cadeaux aux quatre coins du globe, ils contribuent aussi à freiner le réchauffement climatique en broutant les arbustes de la toundra qui absorbent le rayonnement solaire, révèle une étude effectuée en Norvège.

Plusieurs études ont montré que le réchauffement global a entraîné au cours des dernières décennies une augmentation de la végétation dans l’Arctique. Or, cet accroissement du couvert végétal a eu pour effet de diminuer l’albédo, c’est-à-dire le pouvoir réfléchissant de la surface de la Terre, et de ce fait, la quantité de rayonnement solaire reçu à la surface de la Terre qui est réfléchie par celle-ci vers l’espace. Une diminution de l’albédo a eu pour conséquence d’augmenter l’absorption de ce même rayonnement par la surface de la Terre et de produire un réchauffement régional, lequel a favorisé la croissance des arbustes.

Des chercheurs de l’Université d’Umeå, dans le nord de la Suède, ont voulu évaluer l’influence que pouvaient exercer les rennes sauvages et domestiques qui paissent dans la toundra arctique sur le bilan énergétique à la surface du sol. Pour ce faire, ils ont procédé à des mesures de terrain dans le parc national de Reisa, dans le comté de Troms, en Norvège. Ils ont mesuré l’albédo, la température, l’intensité du broutage et du piétinement de la végétation par les rennes, et l’indice de surface foliaire par unité de surface de sol, dans quatre parcelles de végétation clôturées qui avaient été abondamment ou très peu broutées par les rennes, et qui par conséquent se distinguaient par la taille et l’abondance des arbustes qui y prospéraient. L’ensemble de ces mesures a été intégré à une modélisation informatique de la surface terrestre.

Agents de changement

Les chercheurs ont ainsi pu constater que la présence de grandes densités de rennes transformait le couvert végétal de la toundra arctique. Elle réduisait l’abondance des arbustes, ce qui se traduisait par une diminution de l’indice de surface foliaire et de la hauteur de la canopée, c’est-à-dire la zone de la forêt correspondant à la cime des arbres. Comme prévu, ces changements entraînaient une augmentation substantielle de l’albédo (ou réflexion du rayonnement solaire) au cours de la saison estivale. Les résultats de la modélisation ont également montré que cet accroissement de l’albédo induisait vraisemblablement une diminution du rayonnement net — soit le rayonnement solaire reçu moins le rayonnement renvoyé vers l’espace par réflexion — et des flux de chaleur à la surface terrestre, sous forme d’une diminution de la température et de l’évapotranspiration. Ces résultats confirment donc que les sites qui avaient été plus abondamment broutés absorbaient moins de rayonnement.

« Même si les différences estimées demeurent petites, elles sont néanmoins suffisamment grandes pour avoir des conséquences sur l’équilibre énergétique régional. Par exemple, les différences dans le rayonnement net et les flux de chaleur entre les parcelles ayant été fortement broutées et celles l’ayant été plus légèrement sont égales ou supérieures, par unité de surface, à un réchauffement atmosphérique global de 4,4 watts par mètre carré, lequel est associé au doublement de la concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère terrestre », indiquent les auteurs de l’étude dans l’article qu’ils ont publié le 21 décembre dans le journal Environmental Research Letters.

Les chercheurs soulignent aussi le fait que d’« assez petites différences dans l’abondance des arbustes, comme celles correspondant aux changements qui peuvent survenir pendant une décennie de réchauffement ou d’absence de broutage, ont entraîné des différences détectables dans l’albédo, ainsi que dans le rayonnement net et les flux de chaleur. Ce qui démontre que le réchauffement climatique dans l’Arctique peut être amplifié par l’effet de l’expansion des arbustes sur l’albédo ». Cette étude met aussi en évidence le potentiel que représentent les herbivores pour atténuer le réchauffement futur.