Anticosti: Pétrolia pourra préparer tous les sites de forage

L'eau nécessaire à la fracturation sera puisée en bonne partie à même des rivières de l’île, pour un maximum de 30 millions de litres. 
Photo: Pierre Lahoud L'eau nécessaire à la fracturation sera puisée en bonne partie à même des rivières de l’île, pour un maximum de 30 millions de litres. 

Le gouvernement Couillard vient d’accorder une nouvelle autorisation réclamée par Pétrolia en vue de la préparation des forages avec fracturation sur l’île d’Anticosti. La Cour supérieure avait pourtant statué le mois dernier que Québec n’était pas forcé d’accéder à cette demande de l’entreprise, qui dirige les travaux sur l’île.

Par la voie d’un simple communiqué publié lundi en début de soirée, le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) a autorisé Hydrocarbures Anticosti à modifier l’emplacement d’un des trois sites de forage où doivent avoir lieu les premières opérations de fracturation sur l’île, dès 2017.

« Le ministère s’est assuré que toutes les exigences environnementales découlant, notamment, de la Loi sur la qualité de l’environnement ainsi que de ses règlements ont été respectées et que les impacts sur l’environnement soient minimisés », souligne le communiqué.

Le MDDELCC y précise aussi que « les communautés autochtones concernées ont reçu, aux fins de consultation, l’information pertinente sur la demande de modification. Des commentaires ont été reçus et pris en considération lors de l’analyse. » Des Innus de la Côte-Nord s’opposent fermement aux forages exploratoires prévus sur Anticosti. Ils ont déjà promis d’occuper l’île pour bloquer les travaux.

Recours aux tribunaux

Le gouvernement Couillard, qui a déjà manifesté de vives réticences quant à l’exploration pétrolière sur Anticosti, avait accordé en juin les autorisations nécessaires en vue de la réalisation de trois forages avec fracturation. Pétrolia, qui agit comme opérateur pour la société en commandite Hydrocarbures Anticosti, a demandé par la suite l’autorisation de déplacer un des trois sites prévus.

Exaspérée par l’absence de feu vert du gouvernement, Pétrolia a même déposé en octobre une demande d’ordonnance en Cour supérieure, en vue de forcer la main du gouvernement. L’entreprise estimait, dans sa requête, que « cette négligence ou ce refus d’agir [de Québec] est la conséquence de la position dogmatique prise par le premier ministre Couillard à l’encontre du Programme Anticosti ».

La Cour a toutefois rejeté la demande de Pétrolia, jugeant que la pétrolière ne bénéficie pas d’une « apparence de droit » qui justifiait une obligation de la part de Québec de lui accorder l’autorisation réclamée. Un mois plus tard, le gouvernement vient finalement de lui accorder cette autorisation.

Sites de forages

Jusqu’à présent, un seul des trois sites de forages a été préparé en vue des travaux à venir. En plus des sites, des bassins devront notamment être aménagés pour contenir l’eau nécessaire pour les opérations de fracturation. Celle-ci sera puisée en bonne partie à même des rivières de l’île, pour un maximum de 30 millions de litres. Elle sera traitée sur place avant d’être rejetée dans le Saint-Laurent.

En vertu de l’entente signée en 2014 par le gouvernement péquiste, l’État québécois est le principal bailleur de fonds de ce projet d’exploration, avec un investissement prévu de 56,7 millions de dollars. Mais si l’autre partenaire financier, Maurel Prom, décidait de se retirer du projet, le gouvernement devrait augmenter sa contribution.

Qui plus est, une fois les trois forages complétés, d’autres pourraient suivre dans le cadre de la « Phase 2 » prévue au contrat. Cela signifie que d’autres forages avec fracturation pourraient être nécessaires pour confirmer s’il existe un potentiel pétrolier exploitable commercialement.

Malgré plusieurs forages réalisés au fil des ans, aucun gisement d’or noir n’a été découvert sur Anticosti. Selon l’évaluation préliminaire qui a mené à cette saga pétrolière, le sous-sol d’Anticosti pourrait renfermer plusieurs milliards de barils de pétrole de schiste, mais aussi du gaz de schiste.



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