Une lutte contre les GES sans consensus

Le gouvernement Trudeau s’est engagé à réduire les émissions de gaz à effet de serre du Canada de 30 % d’ici 2030.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le gouvernement Trudeau s’est engagé à réduire les émissions de gaz à effet de serre du Canada de 30 % d’ici 2030.

Les premiers ministres fédéral et provinciaux n’ont pas réussi à s’entendre sur les changements climatiques vendredi. Au terme d’une rencontre-marathon s’étant prolongée en soirée, les leaders sont ressortis aussi divisés qu’avant sur l’imposition d’un prix national sur le carbone.

La Saskatchewan et le Manitoba ont tous deux rejeté le plan d’Ottawa consistant à imposer en 2018 une taxe de 10 $ la tonne d’émission de gaz à effet de serre (GES), taxe qui augmentera de 10 $ par année pour atteindre 50 $ la tonne en 2022. Le premier ministre manitobain, Brian Pallister, a laissé entendre qu’il protestait ainsi contre le refus d’Ottawa d’accroître autant que désiré les transferts fédéraux en matière de santé. Son homologue de Saskatchewan, Brad Wall, a expliqué pour sa part qu’une telle taxe nuirait trop à l’économie de sa province. « 2018 n’est pas le bon temps pour une taxe », a-t-il déclaré au cours de la conférence de presse de clôture.

Qu’importe, le premier ministre Justin Trudeau a indiqué que ces refus ne changeraient en rien son plan. « Les mesures que nous avons annoncées pour amener un prix sur le carbone à travers le pays s’il n’y a pas de programme équivalent généré par les provinces continuent à s’appliquer. » Et pour plus de clarté, il a ajouté en anglais que le plan « à 10 $ la tonne augmentant à 50 $ en 2022 continuera de s’appliquer à 100 % du pays ».

En conférence de presse, la tension était d’ailleurs palpable entre MM. Trudeau et Wall, ce dernier faisant de nombreuses piques à l’endroit de son homologue fédéral. Vers la fin, M. Trudeau est même allé jusqu’à hocher négativement de la tête pendant que M. Wall parlait.

Pour sa part, la Colombie-Britannique, qui s’opposait à l’entente en début de journée, y a finalement apposé sa signature moyennant un compromis. La province impose déjà une taxe sur le carbone de 30 $ la tonne. Cela signifie qu’à compter de 2021, elle devrait l’augmenter pour suivre le calendrier fédéral. La première ministre Christy Clark, qui s’en va aux urnes en mai prochain, a obtenu le droit d’étudier ses options en 2020 et de soit hausser sa taxe ou de prendre des mesures « qui permettraient d’obtenir de plus grandes réductions de gaz à effet de serre ».

C’est que Mme Clark plaide pour l’équité régionale. Elle s’insurge de devoir augmenter sa taxe à 50 $ alors que le prix de la tonne se transige environ à 13 $ à la Bourse du carbone, à laquelle adhèrent l’Ontario et le Québec. Ottawa a indiqué qu’il estimait que les mécanismes de l’Ontario et du Québec équivalaient à son plan et qu’il n’y imposerait donc pas sa taxe.

« Un prix national sur le carbone qui crée une profonde injustice entre les provinces de l’Ouest et les provinces du centre n’est pas bon pour le Canada et pour l’unité nationale », avait dit Mme Clark pendant la journée.

Québec a rétorqué que le raisonnement de Mme Clark était « illusoire ». « On peut faire des extrapolations, mais il n’y a pas de comparaisons à faire entre une taxe et une fixation par le marché », a martelé le premier ministre Philippe Couillard. La marge de manoeuvre accordée à la Colombie-Britannique ne l’inquiète pas, M. Couillard n’y voyant qu’un simple « geste de bonne volonté à l’endroit de Mme Clark ».

En coulisses, d’ailleurs, le fédéral confirme que cette adéquation des prix que tente d’établir Mme Clark ne tient pas la route. Ottawa s’intéresse à l’impact des politiques mises en place. Or, les émissions de la Colombie-Britannique n’ont pas vraiment diminué depuis la mise en place de la taxe. Elles s’élevaient à 66 mégatonnes en 2007. Elles ont diminué avec la crise économique, mais ont augmenté légèrement depuis pour atteindre 64,5 mégatonnes en 2014.

L’entente

Les premiers ministres se sont cependant entendus sur le plan général de réduction de GES de 30 % d’ici 2030 par rapport à leurs niveaux de 2005 — soit de les ramener de 742 à 523 mégatonnes (MT).

La ventilation prévoit que 89 MT proviendront des efforts des provinces, de la réduction promise des émissions de méthane du secteur pétrolier et gazier et de celles de HFC. Une autre part de 86 MT sera retranchée grâce à l’élimination progressive de centrales au charbon, le resserrement des normes énergétiques des bâtiments et l’amélioration des normes de combustibles propres pour les véhicules. La dernière tranche de 44 MT sera éliminée en favorisant le transport en commun, les infrastructures vertes, de même que le stockage de carbone en protégeant les forêts considérées comme des puits de carbone

La quasi-totalité de ces mesures ne compte toutefois pas de date d’entrée en vigueur, et l’entente parle de « travailler ensemble », de « développer » ou encore « d’encourager » de tels changements.

5 commentaires
  • Luciano Buono - Abonné 9 décembre 2016 18 h 00

    Psshhh

    Finalement, ce n'était qu'un pétard mouillé cette annonce; encore des voeux et des cibles, peu de concret et d'action. Après avoir ouvert la porte aux deux oléoducs, le fédéral n'a plus vraiment de position de force pour négocier avec la Saskatchewan et possiblement l'Alberta sur leur plan d'action pour la réduction.

    • Hélène Boily - Abonnée 10 décembre 2016 09 h 47

      Bien dit. En effet, Trudeau n'a plus aucune crédibilité concernant la transtion énergétique.

  • Jean Richard - Abonné 10 décembre 2016 11 h 45

    Les forêts puits de carbone ?

    Un arbre, c'est un peu une réserve de carbone et une forêt, ce sont des centaines, des milliers et même des millions d'arbres. Chaque fois que l'on abat un arbre, on a l'équivalent de l'émission de quelques tonnes de GES dans l'atmosphère. La déforestation devrait donc être soumise à une taxe carbone.

    On rase la forêt pour plusieurs raisons, entre autres pour agrandir le territoire résidentiel de l'humain, entre autres pour produire de l'hydro-électricité. Une nouvelle centrale hydro-électrique, ça signifie des centaines de kilomètres carrés de forêt innondée (avec importantes émissions de GES au bout de quelques années, dues à la décomposition de la matière végétale, et des centaines de kilomètres carrés de forêt abattue pour y faire passer des lignes de transport.

    L'hydro-électricité n'est donc pas carbo-neutre. Elle est source d'émissions importantes de méthane (non récupérable), un redoutable GES, et elle réduit la capacité de la forêt à stocker le carbone. L'hydro-électricité devrait donc être soumise à la taxe carbone, selon les mêmes calculs que les hydrocarbures.

    On devrait s'inquiéter de voir le Québec s'aligner sur les provinces de l'Ouest en matière de vision de l'économie – une économie basée sur la production et l'exportation d'énergie. Et les provinces de l'Ouest, et le Québec se rendent vulnérables avec une telle vision. Jusqu'à maintenant, le Québec semble bien s'en tirer car on a diabolisé les hydrocarbures pour mieux béatifier l'hydro-électricité. L'électricité, sans égard à sa provenance, joue encore dans l'imaginaire des gens un rôle vertueux et salutaire. Mais la croyance finira bien par céder un peu de place à un peu plus de science et là, les choses pourraient changer : une économie fondée sur la surproduction-surconsommation d'énergie n'est pas viable, que ce soit du charbon, du gaz, du pétrole ou de l'électricité. La taxe carbone n'y changera pas grand chose, étant gérée par la politique et non par la science.

  • Yvon Bureau - Abonné 10 décembre 2016 16 h 44

    J'aurais donc aimé

    Que les PM demandent au PM Trudeau de demander à la CSC son avis sur C-14 portant sur l'aide médicale à mourir.

    Au moment où ils parlaient Santé ....

    Dommage. La CSC est prête. Cela n'aurait rien coûté, ou presque, et aurait rapporté tellement. En clarté juridique. En paix clinique. En dignité. En compassion.

    Allez, PMTrdeau, comme cadeau de Noël , osez, pour un mourir plus ensoleillé.

  • Marc Brullemans - Abonné 11 décembre 2016 15 h 27

    Protéger nos forêts pour diminuer nos émissions?

    Il faut sûrement regarder ce point plus attentivement. Ce n'est pas en préservant nos forêts que l'on stocke du carbone. Au mieux, nous maintenons nos stocks intacts. Si l'on veut diminuer nos émissions, vaut mieux les réduire à la source car la séquestration du carbone par de nouvelles forêts ne sera guère efficace dans ce contexte d'urgence, d'autant plus que ces procédés seront sujets à toutes sortes d'interprétation qui seront avantageuses plus à l'homme qu'à la préservation du climat. Si l'on coupe de manière pérenne une tonne de CFC ou de méthane, des composés à fort potentiel de réchauffement, c'est là que nous combattons le plus efficacement le réchauffement planétaire.