Des militants de Greenpeace interrompent les activités de la pétrolière Valero

La raffinerie Valero, à Lévis, est la plus importante du Québec.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir La raffinerie Valero, à Lévis, est la plus importante du Québec.

Des militants de Greenpeace ont bloqué lundi le site de transbordement du pétrole transporté par le pipeline 9B, situé dans l’Est de Montréal. Leur action, qui a duré une bonne partie de la journée, a paralysé les opérations de chargement des pétroliers utilisés par Valero pour alimenter sa raffinerie de Lévis, la plus importante du Québec.

Dans un coup d’éclat visiblement bien planifié, les militants ont investi très tôt lundi matin le site situé dans la partie est du Port de Montréal. Trois d’entre eux ont escaladé des tours utilisées pour le chargement des pétroliers qui font la navette entre Montréal et la raffinerie de Valero, à Lévis, brandissant une banderole sur laquelle on pouvait lire « Protégeons l’eau et le climat ».

D’autres manifestants se sont enchaînés au portail d’entrée du site afin d’en bloquer l’accès. Des écologistes en kayak se sont aussi rendus sur place en passant par le fleuve Saint-Laurent, s’arrêtant tout près du pétrolier Lysias, qui était amarré au quai de chargement.

Le Service de police de la Ville de Montréal est intervenu à partir de la fin de l’avant-midi. Les policiers ont arrêté tous les militants. Des camions de pompiers munis de grandes échelles ont d’ailleurs été utilisés pour déloger les militants juchés dans les tours. Les derniers activistes ont été interpellés en milieu d’après-midi lundi.

Non aux pipelines
Les écologistes de Greenpeace voulaient ainsi dénoncer l’utilisation du pipeline 9B, construit en 1975, pour transporter du pétrole jusqu’à Montréal. « Faire circuler du bitume dans le vieux pipeline Ligne 9b menace l’eau potable de près de deux millions de personnes de la région de Montréal. Ce pipeline n’aurait pas dû être autorisé sans le consentement des Premières Nations et des communautés qui vivent le long de son tracé », a d’ailleurs résumé lundi Mel Goyer, une des deux activistes enchaînées à la grille d’entrée du site.

Le pipeline 9B d’Enbridge transporte du pétrole de l’Ouest canadien jusqu’au Québec depuis décembre 2015. L’entreprise Enbridge a toutefois dû multiplier les travaux d’excavation et de réparations sur sa conduite depuis le début de l’année 2016.

Les données officielles compilées par Le Devoir à partir des « notifications » déposées par Enbridge à l’ONE révèlent en effet que l’entreprise est intervenue directement sur son pipeline 9B à 63 reprises, dont 41 fois en Ontario et 22 fois au Québec. Une situation qui démontre que l’entreprise connaît des problèmes de dégradation de son pipeline, a d’ailleurs conclu un expert de ce type d’infrastructures.

En plus des huit municipalités du Québec où des travaux de réparations ont été menés depuis le début de l’année, le pipeline 9B traverse le territoire de Terrebonne, de Laval et de Montréal-Est. Il traverse aussi la rivière des Mille-Îles et la rivière des Prairies. Le pipeline 9B transporte présentement 270 000 barils de pétrole brut chaque jour. Dans un an, le débit quotidien devrait passer à 300 000 barils par jour.

Activités interrompues
L’entreprise Valero, qui exploite le site de transbordement bloqué lundi par des écologistes, a confirmé au Devoir que les militants « sont entrés par effraction sur le site de nos activités portuaires ce matin, interrompant nos activités normales ».

« Il est déplorable que des individus aient agi de façon illégale et hasardeuse en mettant en péril leur sécurité, celle de nos employés et celle des intervenants et voisins immédiats », a ajouté la pétrolière, qui exploite la plus importante des deux raffineries du Québec. Celle-ci peut raffiner jusqu’à 265 000 barils de pétrole brut chaque jour. Depuis l’inversion du flux de pétrole dans le pipeline 9B, deux pétroliers transportent régulièrement du pétrole de Montréal jusqu’à cette raffinerie.

« Tout le monde a besoin de l’énergie que nous livrons, du gaz naturel, des énergies renouvelables et du pétrole. Nous comptons tous sur elle pour notre vie quotidienne et il est de notre responsabilité de fournir toutes ces formes d’énergie, et de le faire de façon responsable. Et nous le faisons », a pour sa part fait valoir le porte-parole d’Enbridge, Éric Prud’Homme, dans une réponse écrite.

Le Port de Montréal n’a pas souhaité réagir au coup d’éclat des écologistes qui ont déjoué la sécurité lundi. On a simplement invité Le Devoir à contacter Valero, qui exploite ce site de chargement de pétroliers.

Message à Trudeau
L’action menée par des militants de Greenpeace était en outre l’occasion de réitérer l’opposition de l’organisation au pipeline Trans Mountain, de Kinder Morgan. Ce projet a été approuvé la semaine dernière par le gouvernement de Justin Trudeau. Une fois construit, le pipeline servira à transporter du pétrole des sables bitumineux vers la côte ouest, en vue de son exportation vers l’Asie.

« Construire de nouveaux pipelines comme Énergie Est au Québec ou Kinder Morgan en Colombie-Britannique bafouerait les droits des Premières Nations et rendrait hors d’atteinte les engagements climatiques pris par le Canada à Paris », a affirmé M. Bonin. Selon lui, l’approbation de tels projets ne fera qu’alimenter la « résistance ».

La construction de nouveaux pipelines est plus que jamais essentielle pour l’industrie. Selon des chiffres dévoilés plus tôt cette année par la firme américaine IHS Energy, les projets d’expansion des sables bitumineux devraient faire croître la production du secteur de plus de 40 % d’ici 2025. L’industrie produirait alors 3,4 millions de barils par jour, contre 2,4 millions à l’heure actuelle.

5 commentaires
  • Josée Duplessis - Abonnée 5 décembre 2016 12 h 16

    Acceptabilité sociale? Non . Donc on devrait conclure .

  • Sylvie Lapointe - Abonnée 5 décembre 2016 13 h 25

    Comment comprendre

    Comment pourrions-nous faire finalement afin de comprendre pourquoi le gouvernement fédéral donne son appui à l'industrie sale et polluante entourant les sables bitumineux plutôt qu'à la population et à l'environnement, et ce, malgré toutes les belles déclarations et discours proclamés par le PM Trudeau sur toutes les tribunes possibles du Canada et ailleurs dans le monde?

    • Bernard Plante - Abonné 6 décembre 2016 08 h 35

      Il est facile de comprendre Mme Lapointe. Trudeau fait les sourires et déclarations de façade pendant que la gestion du parti est sous la gouverne des mêmes personnes qui étaient présentes sous l'ère Chrétien-Martin. Ce sont eux qui gèrent le parti. Le reste n'est que façade.

      Vous vous souvenez de l'appel de Dan Gagné aux pétrolières pour les rassurer avant les élections? Elle est là la ligne du parti. Pas dans les selfies de Justin.

      Je suis sans cesse étonné de la facilité avec laquelle les partis font croire qu'ils ont changé en changeant seulement le chef. Comme si de mettre Couillard chef du PLQ changeait quelque chose au fonctionnement de la machine à vider l'appareil public au profit du privé et des amis de la familia. Comme si de mettre Trudeau fils changeait un parti prêt à tout pour écraser ses ennemis. La Commission Gomery, quelqu'un s'en souvient?

    • Robert Chénier - Abonné 6 décembre 2016 15 h 18

      Propos tout à fait juste. Ce n'est pas parce qu'on change la couleur d'une minoune qu'elle va se mettre à bien fonctionner.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 7 décembre 2016 04 h 46

    Résolument désinvestir dans le passé pour mieux investir dans le futur

    Actuellement, nos gouvernements tiennent un discours et font régulièrement le contraire. Ce simple constat amène actuellement les plus grands financiers du monde à «retirer leurs billes» d'une industrie pétrolière ayant besoin de nouveaux marchés très concurrentiels et d'énormément d'argent pour progresser. Tantôt, nous serons pris avec d'immenses installations vétustes dont personne ne voudra...et d'immenses dégâts environnementaux. Nous aurons également manqué le train du futur qui sera alors devenu présent. Plus le temps passera, plus l'argent privé se fera rare et plus l'industrie pétrolière, à la manière des charbonniers, périclitera. Entre temps, nous serons devenus un pays voyou, c'est-à-dire un pays envoyant ses cochonneries ailleurs sur la planète. Le fait que d'autres pays nous en envoient et nous les renvoient indéfiniment ne nous autorise pas à agir identiquement.