Êtes-vous «écoptimiste?»

Des enfants équatoriens plantent un arbre sur la montagne Catequilla dans la zone appelée la moitié du monde où la ligne équatoriale passe.
Photo: Dolores Ochoa Associated Press Des enfants équatoriens plantent un arbre sur la montagne Catequilla dans la zone appelée la moitié du monde où la ligne équatoriale passe.

Le ton est à l’urgence pour sauver la planète. Mais l’avalanche de données inquiétantes relayées par les groupes écologistes et les médias nuit à l’implication des citoyens, pense David Boyd. Pire, elle les rend impuissants, voire insensibles aux enjeux environnementaux. Entrevue avec un chantre de « l’écoptimisme ».

Quand sa fille de 7 ans est rentrée en larmes de l’école, David Boyd, avocat en droit de l’environnement et coprésident du comité créé à Vancouver pour en faire la ville la plus verte au monde en 2020, s’est dit que quelque chose ne tournait vraiment pas rond dans la façon d’enseigner l’écologie aux enfants.

« Les enfants vivent dans un monde connecté où les mauvaises nouvelles sur l’environnement sont omniprésentes. On ne couvre que les catastrophes et il y a un déséquilibre dans la couverture médiatique des enjeux environnementaux où les avancées en la matière sont souvent ignorées », affirme David R. Boyd, auteur d’Environnement – Les années optimistes.

Comment réagir et rester positif quand, enfant ou adulte, on vous rappelle jour après jour que les forêts tropicales sont rasées, que la calotte glaciaire est réduite à peau de chagrin et que des îles seront bientôt noyées sous les eaux? Et quand Pixar ou Disney en rajoutent, en multipliant les films apocalyptiques, y compris celui d’un gentil robot forcé de fuir une planète détruite par la pollution et la surconsommation, quel message reste incrusté dans la tête des enfants, demande l’auteur.

Tout comme les médias, les écologistes font faux bond en soufflant sur les braises du pessimisme, un sentiment qui accule les gens à la dépression, à la paralysie, croit-il. Comme la fameuse grenouille qui se laisse suffoquer dans l’eau bouillante, évoquée dans le documentaire-choc sur le réchauffement global, The Inconvenient Truth (Une vérité qui dérange), les gens deviennent insensibles au danger qui les guette, dit-il.

« En revanche, l’espoir est un élixir qui pousse à l’action. Les gens ont le goût de s’engager quand ils estiment que leurs gestes peuvent changer le cours des choses. Il faut leur prouver que c’est parfois le cas », martèle cet écologiste optimiste.

Des pas de géant

Réfugié dans sa cabane de 9 mètres carrés plantée sur l’île de Pender Nord près de Vancouver, Boyd s’est donc mis à coucher sur papier les progrès marqués ces dernières années afin de produire un antidote au cynisme ambiant, un genre de « pep talk » pour écolos désabusés. Au fil des 287 pages de son ouvrage, il a fait la recension des bons coups et des avancées des dernières décennies. Et elles sont légion.

Pour Boyd, la réussite la plus spectaculaire réalisée à ce jour est l’élimination quasi complète d’une des plus graves menaces qui pesaient sur le monde, celle de l’amincissement de la couche d’ozone. Or, 25 ans plus tard, cet exploit est pratiquement tombé dans l’oubli, dit-il. Sans le sauvetage de ce délicat bouclier essentiel à la survie du phytoplancton, de l’homme et de nombreuses espèces (en bloquant une partie des rayons ultraviolets [UV] qui causent notamment le cancer), la vie sur terre était compromise, rappelle-t-il.

Les gens ont le goût de s’engager quand ils estiment que leurs gestes peuvent changer le cours des choses. Il faut leur prouver que c’est parfois le cas.

 

Après la signature du Protocole de Montréal, en 1987, 24 pays se sont engagés à réduire leurs émissions en chlorofluorocarbures (CFC). En 1989, le trou observé dans la couche d’ozone au-dessus de l’Arctique faisait deux fois et demie la taille du Canada. Depuis, la production de CFC a chuté de 90 % et d’ici le milieu du siècle, on s’attend à ce que le problème soit complètement résorbé. « Le Protocole de Montréal est unanimement salué comme le plus fructueux traité international sur l’environnement jamais négocié ». La présence de polluants dans l’air a aussi chuté de façon considérable, notamment au Canada où celle-ci a fondu de 90 % et celui du dioxyde de soufre de 80 % depuis 1974. Les camions fabriqués aujourd’hui génèrent 60 fois moins de particules par million (PPM) que dans les années 1970, affirme Boyd. Et qui se souvient de la menace des pluies acides ?

Renaissance

Si la situation des ours polaires a de quoi tirer les larmes, l’écologiste note que des dizaines d’espèces, autrefois menacées, ont été retirées de cette liste des espèces en voie d’extinction. On ne sonne plus le glas pour le pygargue à tête blanche, la baleine grise, le putois d’Amérique, l’alligator, le pélican brun et bien d’autres espèces dont les jours étaient comptés il y a quelques décennies.

Des centaines de réserves naturelles protégées ont été créées sur le globe et leur superficie dépasse 10 % du territoire dans 70 pays. Source de toutes les inquiétudes, la déforestation des grandes forêts de l’Amazonie a diminué de 70 % au Brésil, ce qui s’est traduit par le retrait de 3 milliards de tonnes de CO2 de l’atmosphère.

Si les émissions de gaz à effet de serre (GES) générées par les énergies fossiles demeurent un enjeu crucial, la transition vers les énergies renouvelables est désormais irréversible, ajoute M. Boyd. Cette transition se fait plus tôt et plus rapidement que prévu.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoyait que la production mondiale découlant de l’énergie éolienne totaliserait 30 gigawatts en 2010 (30 milliards de watts). Or, ce cap a été franchi en 2003, sept ans plus tôt que prévu. Depuis 2009, les nouvelles centrales éoliennes installées chaque année dépassent ce cap des 30 GW. À la fin de 2015, la capacité éolienne était 70 fois plus élevée qu’il y a deux décennies et, à ce rythme, l’éolien pourrait combler 20 % des besoins de l’humanité en 2030.

Idem pour l’énergie solaire, une source d’énergie renouvelable multipliée par 150 en une décennie et déjà moins onéreuse que l’énergie fossile dans plusieurs pays du monde. « Le solaire est en pleine expansion, notamment en Chine et en Afrique », note l’auteur, qui aligne les chiffres, les uns après les autres.

L’ombre de Trump

Au moment où la première puissance mondiale vient d’élire un président niant l’existence des changements climatiques et rêvant de relancer l’industrie du charbon, un tel regain d’optimisme ne frôle-t-il pas l’aveuglement ?

« Je ne peux pas dire que l’élection de Trump n’est pas déprimante, mais je crois que même l’élection d’un président ne peut arrêter la révolution qui est en marche. Car maintenant, la plupart de ces changements découlent de motifs économiques plus que politiques. Cela va peut-être ralentir un peu certaines avancées, mais dans plusieurs endroits du monde la production d’énergie renouvelable est désormais moins chère que celle issue des énergies fossiles », plaide cet avocat spécialiste en environnement.

Se concentrer sur la moitié du verre plein, plutôt que sur le verre à moitié vide, est la seule façon d’engager le changement, pense cet « écoptimiste ». Plutôt que les écraser sous de sombres diagnostics, il faut donner des solutions aux gens qui s’inquiètent de la planète.

Sur la petite île de Pender où vit l’auteur, les écoliers ont été amenés à installer des panneaux solaires sur le toit de leurs écoles. Une activité qui non seulement les a passionnés, mais qui a insufflé une nouvelle dynamique et un intérêt renouvelé dans les classes face aux enjeux environnementaux, soutient David Boyd qui travaille déjà sur un prochain livre, destiné celui-là aux écoliers.

« Il faut donner des informations sur ce qui marche, sur les solutions. Les enfants sont très stimulés quand on leur donne des outils pour régler des problèmes. Les bombarder d’informations sans contrepartie, c’est les préparer à devenir des êtres impuissants. »

Émissions mondiales de CFC

1974 450 millions de kg par an

1987 Adoption du Protocole de Montréal

2010 Les CFC ne sont plus utilisés


Production mondiale d’énergie éolienne

2007 Production de 30 GW

2014 Production de 370 GW

2030 Prévision de 2000 GW


Production mondiale d’énergie solaire

2000 1 GW

2014 150 GW

80 % entre 2008 et 2015


Source : Environnement – Les années optimistes

Environnement – Les années optimistes

David R. Boyd, éditions MultiMondes, Montréal, 2016, 289 pages

3 commentaires
  • Jacques Morissette - Inscrit 21 novembre 2016 09 h 01

    Améliorer l'environnement, ce n'est pas comme changer des draps saisonniers.

    «On ne couvre que les catastrophes et il y a un déséquilibre dans la couverture médiatique des enjeux environnementaux où les avancées en la matière sont souvent ignorées », affirme David R. Boyd, auteur d’Environnement – Les années optimistes.»

    Mais oui, améliorer l'environnement, ce n'est pas comme changer les draps à chaque saison. L'amélioration de l'environnement se fait très graduellement, à mesure que les mentalités et l'approche changent, que les intérêts évoluent vers une meilleure qualité de vie.

  • Paul Marcoux - Abonné 21 novembre 2016 10 h 35

    La révolution est en marche...

    « Plus de 360 entreprises, pour la plupart américaines, parmi lesquelles DuPont, Gap, Hewlett Packard, Kellog, Hilton, Nike ou Mars, ont écrit une lettre au président élu Donald Trump pour lui demander de respecter l’accord sur le climat adopté par la communauté internationale fin 2015. »

    - Le Devoir, 17 novembre 2016

    • Daniel Bérubé - Abonné 22 novembre 2016 12 h 53

      Le hic, c'est que ses investissements en partie sont dans le contexte pétrolier... qui eux voient différamment l'importance de respecter l'accord sur le climat...