Trump président: porte ouverte aux énergies fossiles et craintes pour l’Accord de Paris

<p>Concrètement, un gouvernement dirigé par Donald Trump pourrait se retirer de l’Accord de Paris à tout moment après un délai de trois ans à partir de l’entrée en vigueur de celui-ci. Il a d’ailleurs affirmé que c’était son intention.</p>
Photo: John Locher Associated Press

Concrètement, un gouvernement dirigé par Donald Trump pourrait se retirer de l’Accord de Paris à tout moment après un délai de trois ans à partir de l’entrée en vigueur de celui-ci. Il a d’ailleurs affirmé que c’était son intention.

Un président ouvertement climatosceptique, ardent défenseur des énergies fossiles et favorable à la déréglementation environnementale. Ce scénario est devenu réalité avec l’élection de Donald Trump, tandis que plusieurs voix s’élevaient déjà mercredi pour appeler le président élu à la raison, malgré les signaux inquiétants envoyés par ses déclarations des derniers mois.

Au moment où la communauté internationale est réunie au Maroc pour négocier la mise en oeuvre de l’Accord de Paris sur le climat, la victoire d’un candidat qui a déjà qualifié les changements climatiques de « canular » a de quoi susciter de vives inquiétudes.

Rappelant que l’Accord de Paris est déjà en vigueur, la présidence de la COP22 a réagi rapidement en soulignant que « tous les pays » doivent agir afin de « poursuivre les progrès déjà accomplis ».

« Le changement climatique transcende la politique et concerne notre existence, notre dignité et la seule planète sur laquelle nous vivons tous. Nous sommes convaincus que toutes les États vont respecter leurs engagements et continuer de faire partie de cet effort collectif », a fait valoir la présidence de la COP, par voie de brève déclaration écrite.

Mouvement en cours

« Quoi qu’on pense politiquement du changement climatique, c’est une réalité qui ne va pas changer avec l’élection américaine », a aussi prévenu la négociatrice française Laurence Tubiana, présente à la COP 22.

« Il y a un énorme mouvement, dans énormément de pays, pour agir, et d’ailleurs l’économie qui avance est celle des énergies renouvelables, des nouvelles technologies, des transports propres », a-t-elle ajouté. « Je pense qu’un président réaliste va regarder tout ça. Donc attendons. »

Le secrétaire des Nations unies, Ban Ki-moon, a aussi senti le besoin de rappeler au républicain que les États-Unis ont ratifié cet accord signé par 195 États. « L’ONU compte sur la nouvelle administration pour renforcer la coopération internationale au moment où nous oeuvrons ensemble afin de soutenir des valeurs communes, combattre le changement climatique et promouvoir les droits de l’homme », a-t-il affirmé dans une brève déclaration à la presse, tout en félicitant M. Trump pour son élection.

Le porte-parole de l’ONU Stéphane Dujarric a pour sa part souligné que « ce serait une terrible erreur de revenir en arrière et d’annuler ce traité historique » qui vient d’entrer en vigueur « après des années de négociations ardues ».

Retrait possible

Concrètement, un gouvernement dirigé par Donald Trump pourrait se retirer de l’Accord de Paris à tout moment après un délai de trois ans à partir de l’entrée en vigueur de celui-ci. Il a d’ailleurs affirmé que c’était son intention.

« Je vais annuler l’Accord de Paris sur le climat », a-t-il promis en mai dernier. Selon lui, les règles visant à limiter le réchauffement climatique, adoptées en décembre 2015 lors de la COP21, vont « tuer l’emploi et le commerce », ajoutant que « cet accord donne à des bureaucrates étrangers le contrôle sur la façon et la quantité d’énergie que nous pouvons consommer dans notre pays. Pas question ! »

Mais même si Washington ne reniait pas sa signature de l’Accord de Paris, aucune sanction formelle n’est prévue en cas de non-respect des dispositions de l’entente. En clair, les États-Unis pourraient maintenir leur ratification, sans pour autant respecter les engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre que cela nécessiterait.

Chose certaine, le président élu mardi ne croit pas en la réalité des changements climatiques, malgré le consensus scientifique. Il a déjà soutenu que le réchauffement est « un canular complet », une « connerie » et de la « pseudoscience ».

L’Amérique d’abord

Plus qu’une sortie pure et simple de l’accord, les experts craignent surtout que le président Trump tourne le dos aux engagements pris par Barack Obama pour réduire les émissions américaines. Des mesures qu’il a ouvertement critiquées au cours des derniers mois.

« Une administration Trump développera un plan énergétique plaçant l’Amérique d’abord », déclarait-il à ses partisans, en mai dernier, tout en s’engageant à « annuler tous les décrets d’Obama destructeurs d’emplois, notamment son plan d’action climatique ». Pour lui, « il faut se débarrasser de certaines régulations », estimant que « le gouvernement fédéral doit se tenir à l’écart du secteur de l’énergie ».

Pendant sa campagne, Donald Trump a promis de supprimer les mesures « stupides » rendant obsolètes les centrales au charbon qui émettent le plus de gaz à effet de serre. À plusieurs reprises, il a manifesté son intention de supprimer le financement de l’Agence de protection de l’environnement, équivalent du ministère de l’Environnement aux États-Unis.

Pétrole et pipeline

Il a par ailleurs dit vouloir relancer l’exploration pétrolière et gazière en ouvrant de nouveaux territoires aux entreprises du secteur, notamment en milieu marin. Il pourrait par exemple lever le moratoire en vigueur dans l’Atlantique depuis des décennies. Selon lui, il s’agit d’un moyen de créer de l’emploi et d’améliorer la situation économique du pays.

Il est aussi un partisan avoué de l’exploitation du gaz de schiste. Selon lui, le choix est facile : « Si nous ne développons pas la fracturation hydraulique, nous resterons dépendants du Moyen-Orient pour notre énergie ».

Par ailleurs, l’élection de Donald Trump pourrait être une bonne nouvelle pour TransCanada, qui souhaite construire le pipeline Keystone XL. Le républicain a dit à plusieurs reprises qu’il était favorable au projet, qui permettra d’exporter chaque jour 830 000 barils de pétrole des sables bitumineux vers les raffineries américaines. «?Je l’approuverai à 100?%», affirmait-il en mai dernier.

Interpellée par Le Devoir mercredi, la pétrolière a souligné dans une réponse écrite qu’elle « demeure totalement déterminée à construire Keystone XL ». « Nous envisageons des manières d’approcher la nouvelle administration quant aux retombées, aux emplois et aux revenus fiscaux que le projet pourrait apporter », a aussi précisé le porte-parole de TransCanada, Tim Duboyce, en faisant valoir les retombées économiques du pipeline.

Avec l’Agence France-Presse

Rachel Notley tient à un pipeline «canadien»

Même si l’élection de Donald Trump devrait mener à une approbation du projet de pipeline Keystone XL, bloqué par Barack Obama, la première ministre de l’Alberta Rachel Notley a réitéré mercredi la nécessité de construire un «pipeline» canadien pour permettre d’exporter du pétrole à partir des côtes. Dans le cadre d’un point de presse, Mme Notley a souligné que les États-Unis sont devenus un pays exportateur de ressources fossiles. Dans ce contexte, il est donc important que le Canada se dote des infrastructures pour «diversifier» les marchés pour ses propres ressources. La construction d’un pipeline comme Trans Mountain, Northern Gateway ou Énergie Est demeure donc «une priorité» pour l’Alberta, a-t-elle souligné.
4 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 9 novembre 2016 13 h 54

    Ça promet !

    Grand dieu !

  • Michel Morisset - Inscrit 9 novembre 2016 15 h 36

    Le COP21 non-contraignant d'Obama

    L'administration démocrate d'Obama a refusé que les cibles du COP21 soient contraignantes, ouvrant toute grande la porte aux républicains.

    Il est possible que la constitutionnalité de cibles contraignantes aurait été contestée en cour Suprême.

    De plus le programme de réduction des GES ne peut qu'être réalisé via la loi régissant l'Agence de protection de l’environnement. La cour Suprême a émis une injonction sur le programme fédéral de réduction des GES. Pour l'instant tout est bloqué et l'horloge climatique tourne à plein régime.

  • Jean-Marc Tremblay - Abonné 9 novembre 2016 16 h 06

    Penser positif...

    Keystone XL ressuscité signifiera peut-être le retrait du projet Energie Est.. un côté peut-être positif à l'élection de Trump..

  • Yvon Pesant - Abonné 10 novembre 2016 08 h 50

    Avec tambour et trumpette

    Le président élu mais non encore en fonction a promis beaucoup de reculs importants à bon nombre d'enseignes en matière d'environnement. Et cela, en vociférant contre tout ce qui pouvait supposer une quelconque contrainte à la possibilité de faire de l'argent et de maintenir ou créer de l'emploi en exploitant à tire-larigot les ressources naturelles du pays. Peu importe que cela nous conduise globalement vers une situation climatique à grand problème, ce en quoi il ne croit pas.

    C'est à ce type de puissant démagogue que la population américaine, en minorité, et les grands électeurs, en majorité, ont confié la gouverne des États-Unis d'Amérique. La planète Terre peut bien être appelée à se porter au plus mal pour peu que ces gens en pouvoir continuent de se croire au-dessus et à l'abri de tout ça.

    C'est très inquiétant, effectivement.