L’Accord de Paris entre en vigueur ce vendredi

Les bouleversements du climat provoquent déjà une augmentation importante des événements climatiques extrêmes, dont les sécheresses comme celle vécue en Californie.
Photo: Robyn Beck Agence France-Presse Les bouleversements du climat provoquent déjà une augmentation importante des événements climatiques extrêmes, dont les sécheresses comme celle vécue en Californie.

Date historique pour un accord historique. C’est ce vendredi qu’entre en vigueur l’Accord de Paris sur le climat, une étape cruciale dans la lutte contre les bouleversements climatiques. Mais la communauté internationale devra en faire beaucoup plus pour éviter le naufrage climatique, selon ce qui se dégage des données publiées jeudi par les Nations unies.

Signé à Paris en décembre 2015 par 195 États, cet accord international a déjà été ratifié par plus de 92 États, dont les très gros émetteurs de gaz à effet de serre (GES) que sont la Chine, les États-Unis et l’Inde. Le Canada a lui aussi ratifié le document le mois dernier.

« Nous avons fait en neuf mois ce qui avait pris huit ans pour le protocole de Kyoto », s’est réjouie jeudi la présidente de la 21e Conférence des parties (COP21) et ministre française Ségolène Royal, signe d’une prise de conscience au plus haut niveau de la nécessité de limiter le réchauffement planétaire.

Concrètement, les pays s’engagent à réduire leurs émissions de GES nécessaires pour maintenir l’augmentation de la température « bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels », tout en promettant de « poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5 °C ».

Les efforts pour y parvenir seront d’ailleurs colossaux. Il faudrait réduire les émissions de GES de 40 à 70 % d’ici 2050 (et les faire disparaître en 2100) pour espérer rester sous 2 °C, et les baisser de 70 à 95 % pour rester sous 1,5 °C, selon le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC).

Insuffisant

Or le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) constate, dans un rapport publié jeudi, que les objectifs volontaires établis par les États signifient que le monde se dirige d’ici 2100 vers des températures de +2,9 à +3,4 °C, ce qui serait synonyme d’impacts dévastateurs.

« Si nous ne commençons pas à prendre des mesures supplémentaires dès maintenant, dès la conférence de Marrakech [la COP22, qui s’ouvre lundi], nous finirons par pleurer devant une tragédie humaine évitable », a d’ailleurs prévenu jeudi Erik Solheim, directeur du PNUE, au moment de la publication du rapport annuel de l’organisme onusien sur l’action climatique mondiale.

Avec l’Accord de Paris, « nous avançons dans la bonne direction. Mais ce n’est pas encore assez si nous voulons avoir une chance d’éviter un dérèglement climatique majeur », a ajouté M. Solheim. « Le nombre croissant de réfugiés climatiques frappés par la faim, la pauvreté, la maladie et les conflits nous rappellera de façon incessante notre échec. La science a montré que nous devons agir beaucoup plus vite », a-t-il expliqué.

Décisions à venir

Le rapport du PNUE appelle donc à redoubler les efforts tout de suite, dès avant 2020, année d’entrée en application des engagements des États dans le cadre de l’Accord de Paris. Pour accélérer le mouvement, l’organisme insiste notamment sur le rôle des villes, des entreprises, des citoyens dans les secteurs de l’agriculture, des transports et sur les mesures d’efficacité énergétique.

La COP22 doit d’ailleurs permettre de commencer à fixer les nombreuses dispositions permettant d’appliquer et de renforcer le pacte mondial contre le réchauffement de décembre 2015.

Parmi les sujets qui doivent progresser : la définition des règles de transparence (soit vérification des engagements nationaux), la présentation des stratégies nationales à 2050, la montée en puissance de l’aide financière aux pays en développement et l’aide technique pour mettre en place des politiques de développement « propre » (énergies renouvelables, transports et habitats moins énergivores, nouvelles pratiques agricoles, etc.).

« La COP22 doit être une COP de l’action et de la mise en oeuvre », plaide Tosi Mpanu-Mpanu, porte-parole du groupe des pays les moins avancés. « L’enjeu le plus important à Marrakech, c’est de se mettre d’accord sur une date butoir pour décider des règles d’application de l’accord, notamment les règles de transparence », estime la négociatrice française Laurence Tubiana.

Responsabilité et aide

L’Accord de Paris reconnaît par ailleurs la responsabilité différenciée des pays, comme cela est inscrit à la Convention de l’ONU depuis 1992. Cela signifie que les pays riches, historiquement responsables des bouleversements climatiques, doivent faire davantage d’efforts pour lutter contre la crise climatique mondiale.

Sur le point très sensible des « pertes et préjudices » que subissent déjà des pays en raison des effets des bouleversements climatiques, l’accord ne prévoit pas de compensations financières pour ces États, comme plusieurs le réclament. Le texte se contente de mentionner que les parties « devraient renforcer l’entente, l’action et le soutien » sur cette question. Il exclut toute « responsabilité ou compensation » des pays du Nord pour les préjudices subis par les pays en développement.

Pour le réputé scientifique James Hansen, qui a travaillé au GIEC et à la NASA, l’accord international est tout simplement une « fraude » puisqu’il se contente de « promesses », sans « actions » suffisantes pour éviter le naufrage climatique. « Tant que les combustibles fossiles continueront d’être la source d’énergie la moins chère, ils seront brûlés », estime M. Hansen.

1 commentaire
  • André Mainguy - Inscrit 3 novembre 2016 18 h 50

    L'Accord de Paris entre en vigueur

    Si l'accord de Paris « COP21 » entre réellement en vigueur, il est urgent de dire aux gens qui tentent de nous imposer Énergie Est, que l'ajout de 1,1 millions de barils/jr est de l'inconscience.