Leonardo DiCaprio s’attaque à la crise climatique avec son documentaire «Avant le déluge»

Leonardo DiCaprio l’admet lui-même. Son statut d’Américain, son métier et son style de vie riment avec une imposante «empreinte écologique».
Photo: Gustavo Caballero / Getty Images / Agence France-Presse Leonardo DiCaprio l’admet lui-même. Son statut d’Américain, son métier et son style de vie riment avec une imposante «empreinte écologique».

L’accord de Paris sur le climat entrera en vigueur dès vendredi, moins d’un an après sa signature officielle. Le moment était donc bien choisi pour diffuser gratuitement sur le Web le nouveau documentaire Avant le déluge, produit par Leonardo DiCaprio. Une charge engagée, mais qui met efficacement en lumière le caractère de plus en plus critique de la crise climatique mondiale.

L’acteur n’est pas le premier à se frotter au sujet. L’ex vice-président américain Al Gore avait lancé tout un pavé dans la mare il y a maintenant 10 ans avec Une vérité qui dérange, autre documentaire choc sur la réalité des bouleversements climatiques. Mais dans un pays comme les États-Unis, où le négationnisme climatique a encore droit de cité jusque dans les plus hautes sphères du pouvoir, il peut être utile de faire le point sur la pire crise environnementale de l’histoire, une décennie plus tard.

Discours politique

Il faut bien le dire, le discours politique a passablement évolué entre le film d’Al Gore et celui de Leonardo DiCaprio. Il y a 10 ans, il aurait été impensable de parvenir à un accord de l’ampleur de celui signé par 195 États à Paris en décembre 2015. Le documentaire de l’acteur et « messager de la paix sur la question du climat » de l’ONU démontre d’ailleurs clairement le changement de ton de la classe dirigeante.

L’actuel secrétaire d’État américain John Kerry souligne ainsi à la caméra que le vent diplomatique a résolument tourné lorsque les deux principaux émetteurs de gaz à effet de serre, les États-Unis et la Chine, se sont officiellement engagés en 2014 à lutter contre les changements climatiques.

DiCaprio, qui va de rencontres au sommet en rencontres au sommet tout au long du documentaire, demande aussi ce que craint le plus le président Barack Obama lorsqu’il est question de bouleversements du climat. « Une grande partie de la population mondiale vit près des océans, répond le président américain. S’ils commencent à migrer, nous pourrions assister à une compétition pour l’accès aux ressources. C’est pourquoi le Pentagone a dit qu’il s’agissait d’un enjeu de sécurité nationale, et non seulement un enjeu environnemental. »

« Nous devons agir maintenant, ajoute M. Obama, qui a ratifié l’accord de Paris malgré l’opposition des Républicains. Mais si nous éduquons le public, il n’y a pas de raison qu’on ne puisse pas régler le problème. » Le discours se veut optimiste, même si la réalité environnementale décrite dans le documentaire pointe clairement vers une catastrophe environnementale qui sera difficile à endiguer.

Impacts concrets

Les exemples mis en image par un Leonardo DiCaprio qui se dit foncièrement « pessimiste » sont nombreux. On le voit avec la fonte accélérée et abondamment documentée des glaces du Groënland. On l’entend dans les propos des dirigeants de petits États insulaires déjà menacés par la montée du niveau des océans. « Les plus petites îles, qui ont peu contribué au problème, subiront les pires impacts du réchauffement climatique », lance d’ailleurs l’un d’eux en guise de cri du coeur. Même une ville comme Miami est déjà en train d’investir des millions de dollars afin de se protéger, du moins pour quelques années, de la montée des eaux.

Ailleurs, c’est par la pollution extrême de l’air qu’est venue la prise de conscience. C’est le cas en Chine, un pays qui investit de plus en plus dans les énergies renouvelables pour tenter de réduire sa dépendance au charbon. « Si la Chine peut le faire, le reste du monde peut le faire », lance un promoteur de ces énergies à l’acteur américain.

En Inde, un pays où 300 millions de personnes n’ont pas accès à l’électricité, Sunita Narain, du Centre pour la science et l’environnement, souligne sans détour que l’américain moyen consomme nettement plus d’énergie que la majorité des autres humains. « Et vous êtes un pays accro aux énergies fossiles », lance-t-elle.

Destruction accélérée

Leonardo DiCaprio l’admet lui-même. Son statut d’Américain, son métier et son style de vie riment avec une imposante « empreinte écologique ». Dans ce contexte, que faut-il faire ? Les solutions, on le comprend, n’occupent pas le plus gros du propos dans ce documentaire d’une heure et trente minutes.

Avant le déluge démontre toutefois clairement que l’humanité est en train de détruire à tout jamais des joyaux naturels qui ont historiquement contribué à stabiliser le climat terrestre. C’est que le cas des océans, qui absorbent plus du tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais qui ne peuvent plus suffire à la tâche en raison de la croissance effrénée des émissions issues de l’activité humaine.

La caméra du réalisateur Fisher Stevens (The Cove) met aussi en lumière la déforestation critique que subissent les écosystèmes forestiers les plus riches de la planète, notamment en Amazonie, mais aussi à Sumatra et en Indonésie. Dans ce dernier cas, la production agricole intensive d’huile de palme se fait à un coût environnemental exorbitant.

Dans un discours aux Nations Unies, Leonardo DiCaprio résume ainsi les deux années de travail sur son documentaire Avant le déluge : « tout ce que j’ai vu et appris au cours de mon voyage m’a terrifié ».

Évolution de la diffusion oblige, Avant le déluge est disponible gratuitement sur le Web jusqu’au 6 novembre. Et la réponse publique semble déjà au rendez-vous. Sur YouTube, on comptait déjà 4,2 millions de visionnements mardi soir, soit en seulement deux jours depuis sa mise en ligne.
 

4 commentaires
  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 2 novembre 2016 12 h 00

    Il serait bon de ...

    1) jumeler "Après le déluge" avec "Demain" afin que "les solutions", apportées par ce dernier, soient partie intégrante du renouveau mondial.

    2) en faire un projet scolaire...adapté à chaque niveau scolaire (primaire, secondaire et collégial)

    • Brigitte Garneau - Abonnée 2 novembre 2016 17 h 43

      Tout à fait! Vous avez raison. "Avant le déluge" nous met en face des problèmes, alors que "Demain" nous apporte des pistes de solutions...

    • Hélène Boily - Abonnée 2 novembre 2016 17 h 51

      À jumeler aussi avec "Sans lendemain" d'une durée de 35 minutes, peu optimiste mais extrêmement informatif. Il y a des choses à faire même au primaire, bien qu'on se heurte parfois aux valeurs des parents (mais non mon fils, tout va bien dans le meilleur des mondes et si papa a une grosse auto c'est pour ton bien).

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 2 novembre 2016 13 h 32

    On aurait dû lire...

    avant le déluge...OUPS