Hydro-Québec a choisi de traverser un des rares milieux naturels protégés de l’Estrie

Un porte-parole d’Hydro-Québec souligne que la largeur de la bande de terre qui sera entièrement déboisée en plein cœur de l’un des rares territoires naturels protégés en Estrie a été réduite.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Un porte-parole d’Hydro-Québec souligne que la largeur de la bande de terre qui sera entièrement déboisée en plein cœur de l’un des rares territoires naturels protégés en Estrie a été réduite.

La future ligne d’exportation d’Hydro-Québec vers le New Hampshire traversera en plein coeur l’un des rares territoires naturels protégés en Estrie. Une situation que dénonce l’organisme Corridor appalachien. Dans son mémoire au BAPE, dont Le Devoir a obtenu copie, il déplore le manque de considération pour ce massif forestier légué par son ancien propriétaire précisément pour en assurer la conservation.

Le secteur de la forêt Hereford est situé au sud-est de Sherbrooke, tout près de la frontière américaine. Ce massif forestier couvre une superficie de 53 km2, y compris le mont Hereford. Il a été légué par son ancien propriétaire, feu Neil Tillotson, dans le but d’en préserver la richesse écologique « pour les générations futures. »



 

Tout ce secteur boisé est d’ailleurs administré par une entreprise de bienfaisance qui est responsable de sa conservation et de son développement dans le « respect de l’environnement. »

Or, le tracé retenu par Hydro-Québec pour son projet Interconnexion Québec-New Hampshire doit traverser en plein coeur ce milieu naturel afin de rejoindre la frontière américaine, où la ligne de 320 kilovolts doit se connecter à la ligne Northern Pass.

Inacceptable

Pour l’organisme de conservation Corridor appalachien, la décision de la société d’État est tout simplement inacceptable. « Qu’elle soit ou non inscrite au registre des aires protégées du gouvernement du Québec, la servitude réelle et perpétuelle de conservation forestière en vigueur sur la forêt Hereford n’en demeure pas moins une aire protégée à part entière et qui mérite de demeurer entière, intacte et inviolée », souligne leur mémoire, qui doit être présenté jeudi au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

L’organisme, qui se consacre à la protection de milieux naturels depuis une quinzaine d’années, juge aussi qu’Hydro-Québec « a minimisé de façon importante la valeur et la portée de la réserve naturelle et de la servitude de conservation dans son étude d’impacts […] ». Sa directrice générale, Mélanie Lelièvre, rappelle d’ailleurs que l’Estrie compte peu de secteurs protégés. À l’heure actuelle, à peine 3,2 % du territoire de la région est dédié à la conservation, dont une bonne part sur des terrains privés.

Corridor appalachien, qui a reçu l’appui d’autres groupes environnementaux, redoute par ailleurs le « message » envoyé par un promoteur comme Hydro-Québec aux propriétaires qui voudraient céder un terrain privé à des fins de protection de milieux naturels. « Il serait plus que désolant que les servitudes réelles et perpétuelles à des fins de conservation ne passent pas ce test, et que la protection même de la vocation de tels territoires soit mise en péril », prévient l’organisme.

Réduire les impacts

Le porte-parole d’Hydro-Québec, Serge Abergel, souligne pour sa part que la société d’État travaille avec « Forêt Hereford », qui administre ce territoire, afin de réduire les impacts du tracé de la future ligne destinée à l’exportation d’électricité. Par exemple, la largeur de la bande de terre qui sera entièrement déboisée a été réduite.

« On comprend que ce n’est pas une ligne invisible », a-t-il toutefois admis, dans le cadre d’un entretien mardi en début de soirée. Hydro-Québec a étudié d’autres tracés, mais ceux-ci auraient eu des impacts visuels plus importants, selon M. Abergel. Quant à l’idée d’enfouir la ligne de transport, celle-ci serait techniquement et financièrement impossible à réaliser, a-t-il affirmé.

14 commentaires
  • Gilles Quintal - Abonné 26 octobre 2016 08 h 55

    Impacts prévisibles.

    Cette cicatrice ouvrira la voie aux Quads et motoneiges qui continueront à défigurer ces milieux fragiles. Révoltant!

    • Gilles Gagné - Abonné 26 octobre 2016 16 h 33

      Effectivement et ces amateurs de "plein air" se fouteront du droit de passage requis pour accéder à ce corridor, ils sont chez eux partout comme Hydro d'ailleurs qui n'a pas ce détail dans ses préoccupations.

  • Jean Richard - Abonné 26 octobre 2016 10 h 18

    Émission et capture du carbone

    Dans ce coin de pays où l'on tente de béatifier l'électricité à tout prix, on aime bien diaboliser les émissions de GES tout en passant sous silence la capture de ces derniers.

    Si on plantait un arbre chaque fois qu'une voiture parcourt 10 000 kilomètres, on aurait, semble-t-il un bilan carbone à peu près neutre. Mais ces arbres, il faudrait un territoire pour les accueillir. Or, quand on inonde un territoire pour produire de l'électricité, quand on déboise de larges couloirs sur des milliers de kilomètres pour acheminer cette électricité, c'est autant d'interventions qui contribuent à réduire la capture du carbone (en plus des émissions de méthane lors de la décomposition de la matière végétale enfouie sous l'eau – et le méthane est un GES nettement plus efficace que le dioxyde de carbone).

    Le modèle de production-acheminement-consommation de l'électricité ressemble à s'y méprendre à celui du pétrole. On produit, produit et produit comme si la ressource était inépuisable, et pour acheminer cette énergie produite, la ligne droite à moindre coût est la solution retenue, peu importe les dommages à l'environnement.

    Si on plantait un arbre pour chaque arbre que l'on abat ? Et plus, si on plantait 20 arbres pour chaque arbre que l'on condamne à pourrir au fond d'un réservoir d'eau. On pourrait alors parler d'un bilan carbone neutre. Mais ce n'est probablement pas le cas.

    Et qu'on se le dise, il y a bien plus qu'une cicatrice de carte postale dans la déforestation du territoire à des fins de production et de transport d'électricité. Il y a la partie invisible, qu'on nous cache et qu'on finira par voir un jour.

    • Sylvain Auclair - Abonné 26 octobre 2016 13 h 13

      Planter un arbre, c'est stocker du carbone de manière temporaire. Un jour, dans un an, dans dix ans, dans cent ans, dans mille ans, cet arbre va mourir ou bruler. Et le carbone retournera dans l'atmosphère et/ou l'océan.

  • Hélène Paulette - Abonnée 26 octobre 2016 10 h 39

    Une seule solution.

    Il faut enfouir les lignes électriques!

    • Sylvain Auclair - Abonné 26 octobre 2016 13 h 18

      Il faut quand avoir un corridor pour y accéder...

    • Gilles Théberge - Abonné 26 octobre 2016 13 h 25

      C'est la seule solution acceptable.

      Je ne vois pas qu'HQ se défile d'autant que cela met en péril le conservation à long terme de ce territoire.

    • Carmen Labelle - Abonnée 26 octobre 2016 14 h 45

      Très juste, on a des milliards à jeter à l'eau en les donnant à Bombardier, mais on a pas le moindre sous pour protéger notre environenment!

    • Carmen Labelle - Abonnée 26 octobre 2016 14 h 47

      Sylvain Auclair: oui mais une fois les fils enfouis, on peut laisser repousser les arbres

    • Hélène Paulette - Abonnée 26 octobre 2016 15 h 04

      Monsieur Auclair, le corridor sera beaucoup moins important que pour des pilones...

  • Francois Cossette - Inscrit 26 octobre 2016 11 h 05

    Ras de bol de la magouille !!!

    On finit vraiment par etre ecoeuré de ce gouvernement, de ces petits royaumes dans l'état que son les hydro / loto / revenu quebec. On a juste a voir avec quel mepris on traite la population qui ne sont pas les beni oui oui de leurs magouilles. Dans ce cas-ci il est pathetique de voir hydro se cacher derriere des regles qu'elle a elle-meme etablie pour ne pas avoir a n'en respecter aucune.

    Et que dire de ce gouvernement qui parlent des deux cotes de la bouche. Protegez la nature et la saccagé, contre les gaz a effet de serre mais pour un oleoduc de petrole.

    On essaie de nous vendre toute cette m.. a coup de publicité, de mensonges, de démagogies et meme plus. Comme la majorité de la population est trop idiote pour comprendre ne serais-ce que 1% des enjeux et qu'elle est prette a donner le bon dieu sans confession a n'importe quel député qui ne prononcera pas le mot maudit, referendum, on se retrouve donc dans une société malade. Malade sur le plan politique, malade sur le plan des valeurs.

    On regarde ce qui se passe au sud de la frontiere mais franchement, quand on regarde nos polticiens, on a vraiment pas de lecon a faire a personne. La démocratie est morte au quebec, ne reste que la peur et la betise.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 26 octobre 2016 11 h 25

    De la nécessité d'envisager des atténuations

    J'ignore s'il faut un BAPE pour que se projet de réalise comme tel. Cela écrit, Hydro-Québec devrait nous renseigner sur la possibilité de faire passer ailleurs sa ligne de haute tension et sur les mesures d'atténuation envisagées. Ce débat devrait se faire publiquement et mettre en cause les organismes environnementaux intéressés à cette portion du territoire québécois.