Les écologistes rejettent les explications d'Hydro

Gestion secrète des barrages, exportations irresponsables et manipulations répétées de l'opinion publique seraient les trois causes de la pénurie d'eau dans les grands réservoirs hydroélectriques et de la solution qu'Hydro-Québec avance, soit la construction du Suroît.

Telles sont les réactions d'organismes écologistes et sociaux comme Greenpeace, le mouvement Au Courant et même le Conseil de la souverainté, qui blâme indirectement l'ancien gouvernement péquiste pour avoir laissé Hydro-Québec couvrir du voile du secret, pendant des années, sa gestion des grands barrages.

Hydro-Québec garde toutefois un allié inconditionnel dans la saga de la centrale thermique du Suroît. Pour les Manufacturiers et exportateurs du Québec, «les risques de déficit énergétique sont bien réels», et, pour éviter les «conséquences négatives», pour les entreprises, de l'épuisement des réserves d'eau, Québec doit aller de l'avant avec la centrale thermique du Suroît.

Mais, pour Greenpeace, invoquer la pénurie d'eau dans les grands barrages devrait plutôt commander un examen de la responsabilité de la direction actuelle d'Hydro-Québec, car il s'agirait d'une autre de ses nombreuses «manipulations désespérées et ratoureuses» pour faire passer des projets à la faveur de crises ou de situations exceptionnelles et d'un discours sans cesse changeant.

«André Caillé ne sait plus quoi inventer, explique le porte-parole de Greenpeace, Steven Guilbeault. L'année dernière, le Suroît devait servir pour l'exportation vers les États-Unis. Au début de l'année en cours, c'était pour les besoins du Québec, et maintenant cette centrale doit compenser pour les faibles niveaux d'eau dans les barrages. Je suis impatient de voir qu'est-ce que M. Caillé trouvera le mois prochain pour tenter de justifier l'injustifiable.» Le porte-parole écologiste s'en prend par ailleurs à la volonté d'Hydro-Québec de replacer à terme tout le dossier sous le signe du secret pour ne pas se nuire sur le marché de l'électricité, alors que la Colombie-Britannique, par exemple, donne d'heure en heure, sur son site Internet, toutes les informations sur l'exploitation de ses barrages sans en subir les sévices appréhendés par notre société d'État.

«Abrogez la loi 116», qui a réduit les pouvoirs d'examen des activités d'Hydro-Québec par la Régie de l'énergie, demande de son côté le mouvement Au Courant, à Québec. En confirmant l'état précaire de ses réserves hydroélectriques, explique John Burcombe, Hydro-Québec «démontre que dorénavant toutes les opérations de cette société d'État devraient être scrutées publiquement».

Quant au Conseil de la souveraineté, qui s'en prend lui aussi à la gestion secrète des grands réservoirs, il accuse Hydro-Québec d'avoir suscité le besoin du Suroît par son «délire d'exportations» des dernières années.

«André Caillé ne peut invoquer les faibles précipitations des dernières années pour justifier le niveau des réservoirs, explique Gaétan Breton, le président du Conseil. En 1997, la commission Doyon relevait déjà la longue période de faible hydraulicité que le Québec traverse depuis déjà une vingtaine d'années. En 1998, plusieurs spécialistes s'inquiétaient, lors des audiences de la Régie, du niveau des réservoirs et des effets des exportations sur la vitesse inquiétante à laquelle ils se vidaient. La réaction d'Hydro a alors été de déclarer que ces informations seraient désormais classées secrètes.»