Pas d’étude fédérale pour le projet de transport de brut vers Belledune

Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, a rappelé mercredi que de nouvelles «règles» ont été mises en place depuis la tragédie de Lac-Mégantic.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, a rappelé mercredi que de nouvelles «règles» ont été mises en place depuis la tragédie de Lac-Mégantic.

Le gouvernement Trudeau n’entend pas mener d’évaluation des risques du projet de transport ferroviaire de pétrole vers le futur port de Belledune, au Nouveau-Brunswick. Selon le scénario de l’entreprise Chaleurs Terminal, 220 wagons chargés de brut doivent traverser chaque jour plusieurs municipalités du Québec, afin d’acheminer ce pétrole en vue de son exportation.

Est-ce que le gouvernement fédéral prévoit une étude ou une évaluation de ce projet, qui suscite des inquiétudes dans plusieurs municipalités du Québec ? « J’ai eu des interactions avec des municipalités qui ont exprimé leurs inquiétudes. J’essaie de leur prouver que c’est ma première priorité et nous avons mis des mesures en place depuis Lac-Mégantic, et qu’il y en aura d’autres qui seront mises en place », a simplement répondu mercredi au Devoir le ministre des Transports Marc Garneau.

« Je pense que c’est important de rassurer les gens : la situation a bel et bien changé depuis Lac-Mégantic », a-t-il ajouté, dans le cadre d’un point de presse tenu à Montréal pour annoncer un nouveau programme de 55 millions de dollars destiné à améliorer la « sécurité » ferroviaire au Canada, qu’il qualifie de « priorité absolue ».

Nouvelles règles

Le ministre a ainsi rappelé que de nouvelles « règles » ont été mises en place depuis le déraillement et l’explosion d’un convoi pétrolier en plein coeur de Lac-Mégantic, une tragédie qui a tué 47 personnes, en plus de provoquer un important déversement pétrolier.

M. Garneau a notamment mentionné la réduction de la vitesse des convois, mais aussi un retrait des anciens wagons-citernes DOT-111, qui ne pourront plus transporter de pétrole brut à partir du 1er novembre prochain. « J’aurai d’autres mesures à venir dans les prochains mois pour augmenter la sécurité du transport ferroviaire », a-t-il également indiqué, sans plus de précision.

Convois vers Belledune

Ce projet d’exportation, développé par l’entreprise Chaleurs Terminal, nécessitera le passage quotidien de deux convois totalisant 220 wagons sur le réseau ferroviaire au Québec. Cela équivaut à trois fois le nombre de wagons que comptait le convoi qui a déraillé et explosé à Lac-Mégantic. Au total, les livraisons expédiées chaque jour vers un port situé sur les rives de la baie des Chaleurs atteindront près de 160 000 barils.

En empruntant les voies du Canadien National, tout ce pétrole devra parcourir le territoire québécois sur des centaines de kilomètres. Selon les recherches effectuées par Le Devoir, tout indique que les convois passeront par l’île de Montréal, avant de poursuivre leur route vers Saint-Bruno-de-Montarville, puis au coeur de Mont-Saint-Hilaire, Saint-Hyacinthe et Drummondville. Ils longeront en partie l’autoroute 20, puis Lévis.

Les convois comptant 110 wagons chacun passeront, deux fois par jour, en plein coeur de Rivière-du-Loup, mais aussi Trois-Pistoles et Rimouski. Plusieurs autres municipalités du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie verront aussi défiler quotidiennement les wagons chargés de pétrole des sables bitumineux.

Municipalités inquiètes

La perspective de voir de tels convois traverser le coeur des municipalités suscite de vives inquiétudes. La MRC de la Matapédia, qui regroupe 18 municipalités, a adopté une résolution afin de manifester son opposition. La Ville de Rimouski a aussi réclamé, en vain, une étude du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement.

L’entreprise Chaleurs Terminal a déjà reçu le permis de construction du futur port d’exportation. Elle souhaitait au départ que les travaux soient complétés en 2017. Selon ce que précise la présentation la plus récente de son projet, l’entreprise serait toutefois encore à la recherche de financement.
 

Consultez la carte de la route des convois pétroliers qui sillonneront le Québec
3 commentaires
  • André Mainguy - Inscrit 12 octobre 2016 19 h 59

    Transport de pétrole à travers le Québec

    Si le Canada que l'on connait existe, c'est par la volonté des chefs des gouvernements du Bas et du Haut Canada, d'accorder des droits à l'une des 2 compagnies ferroviaires qui voulaient construire un lien, de l'Atlantique au Pacifique.

    La population du Bas et du Haut Canada n'a jamais été consultée contrairement aux gouvernements du Parti Québécois qui l'on consulté à 2 reprises pour reprendre le contrôle de tous nos droits » Québec ».

    Si le Canada n'entend pas consulter la population pour la circulation de 220 wagons par jours, à raison de 110 wagons à chaque passage, à travers le Québec jusqu'au Port de Belledune au Nouveau-Brunswick, c'est à cause de la grande indépendance accordée aux Compagnies de chemin de fer, lors de la création du Canada.

  • Pierre Lincourt - Abonné 12 octobre 2016 20 h 33

    Compter les wagons de pétrole

    En comptant les 220 wagons de pétrole qui passeront chaque jour dans leur municipalité, les citoyens qui ne voient pas pour quelle raison ils s'intéresseraient à la politique en trouveront peut-être une à ce moment-là.
    Pierre Lincourt

  • Andrée Chartier - Abonnée 13 octobre 2016 07 h 24

    Un train de discorde

    Le transport du pétrole de l'ouest démontre la fermeture du gouvernement à vouloir s'engager vers les énergies vertes. Ce projet est aux antipodes du DD! En plus d'être économiquement non rentable, il n'est pas écologique (l'un des plus sales au monde) et n'est pas accepté socialement. Parlez-en à ceux qui subissent déjà le passage des trains dans le secteur de Sorel! En passant, la carte fournie dans cet article ne fait pas mention du tronçon Montréal - Sorel déjà en place depuis plus de 2 ans.