Le Canada ratifie l'Accord de Paris

La ministre de l’Environnement Catherine McKenna a jugé mercredi que cette ratification représentait une étape majeure, après 10 ans d’<em>«inaction»</em>.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne La ministre de l’Environnement Catherine McKenna a jugé mercredi que cette ratification représentait une étape majeure, après 10 ans d’«inaction».

Le Parlement canadien a ratifié mercredi en début de soirée l’Accord de Paris sur le climat. Le pays se joint donc au mouvement international en faveur d’une lutte accrue contre les changements climatiques mis en place l’an dernier. Les conservateurs ont voté contre, même s’ils se disent en faveur de l’accord.
 

Quelque 207 députés fédéraux se sont levés pour voter en faveur de la ratification, contre 81 qui s’y sont opposés. Tous les opposants étaient des députés conservateurs.

En évoquant un « grand moment », la ministre de l’Environnement Catherine McKenna a jugé mercredi que cette ratification représentait une étape majeure, après 10 ans d’« inaction ». « Nous allons poser des gestes concrets pour contrer les changements climatiques et pour faire croître notre économie », a-t-elle répété.
 

La ministre McKenna a du même coup critiqué l’opposition des troupes conservatrices. « Je suis vraiment déçue que les conservateurs fassent de la petite politique avec l’Accord de Paris et la Déclaration de Vancouver », a-t-elle affirmé.

Le «non» conservateur

Même s’ils approuvent les principes de l’Accord, les conservateurs ont en effet voté contre la ratification après avoir présenté un amendement, rejeté, qui demandait au gouvernement fédéral de respecter les compétences des provinces et de ne pas leur imposer une taxe supplémentaire. Il s’agissait là de leur réplique à l’annonce du premier ministre Justin Trudeau d’imposer dès 2018 un prix plancher sur le carbone de 10 $ la tonne.

Le député conservateur Gérard Deltell a justifié plus tôt mercredi le point de vue conservateur en insistant sur le fait que le fédéral doit laisser plus de marge de manoeuvre aux provinces. « Nous sommes pour l’Accord de Paris. Est-ce que je peux être plus clair que ça ? Nous ne sommes pas en faveur de l’imposition d’une nouvelle taxe et ça doit se faire avec la conjonction et le travail coordonné des provinces », a-t-il tranché.

 

Accord ambitieux

En ratifiant l’Accord de Paris, le Canada se joint à un mouvement international déjà bien amorcé. Cet accord doit en effet entrer en vigueur dans 30 jours, le seuil de 55 pays ayant ratifié le texte et représentant 55 % des émissions de gaz à effet de serre ayant été dépassé, a indiqué mercredi le site de la Convention des Nations unies sur le climat.

Le site précise que 72 pays, représentant 56,75 % des émissions mondiales, ont déposé leurs « instruments de ratification » auprès du secrétariat de l’ONU, ce qui ouvre la voie à une entrée en vigueur dans 30 jours, soit avant le début de la COP 22 (7-18 novembre) au Maroc.

Ces pays s’engagent donc à mettre en oeuvre formellement l’Accord signé en décembre 2015 à Paris. À cette occasion, les 195 États présents à la COP21 se sont engagés à maintenir l’augmentation prévisible de la température « bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels », tout en promettant de « poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5 °C ». Une demande chère aux pays les plus vulnérables aux impacts des changements climatiques.

Réduire les GES

Mais quelle que soit la cible qui serait respectée, les efforts pour y parvenir seront colossaux. Il faudrait réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 à 70 % d’ici 2050 (et les faire disparaître en 2100) pour espérer rester sous 2 °C, et les baisser de 70 à 95 % pour rester sous 1,5 °C, selon le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC).

L’accord reconnaît également la responsabilité différenciée des pays, comme cela est inscrit à la Convention de l’ONU depuis 1992. Cela signifie que les pays riches, historiquement responsables des bouleversements climatiques, doivent faire davantage d’efforts pour lutter contre la crise climatique mondiale.

Sur le point très sensible des « pertes et préjudices » que subissent déjà des pays en raison des effets des bouleversements climatiques, l’accord de Paris ne prévoit pas de compensations financières pour ces États, comme plusieurs le réclament. Le texte se contente de mentionner que les parties « devraient renforcer l’entente, l’action et le soutien » sur cette question. Il exclut toute « responsabilité ou compensation » des pays du Nord pour les préjudices subis par les pays en développement.

 
Pour le réputé scientifique James Hansen, qui a travaillé au GIEC et à la NASA, l’accord international est tout simplement une « fraude », puisqu’il se contente de « promesses », mais sans « actions » suffisantes pour éviter le naufrage climatique. « Tant que les combustibles fossiles continueront d’être la source d’énergie la moins chère, ils seront brûlés », estime M. Hansen.