Les États-Unis signeront Kyoto, croit Anderson

Ottawa — Le ministre de l'Environnement, David Anderson, croit dur comme fer que les États-Unis changeront bientôt leur position au sujet des changements climatiques et du protocole de Kyoto. Il s'appuie sur un récent rapport interne du Pentagone indiquant que les changements climatiques pourraient devenir le nouveau fléau de «destruction massive» de l'avenir.

«Je crois que, bientôt, nous verrons un changement substantiel de la politique américaine, indépendamment de qui devient — ou reste — président», a prédit M. Anderson hier au terme d'une conférence avec des étudiants de l'Université d'Ottawa.

M. Anderson en veut pour preuve, d'une part, la science qui se fait plus précise sur les changements climatiques et, d'autre part, une évaluation interne du Pentagone indiquant que le phénomène météorologique pourrait avoir des conséquences graves sur la stabilité mondiale.

«Quand [George W.] Bush a changé sa position sur Kyoto, il a donné deux raisons: la science incertaine et les coûts énormes pour l'économie. [...] La science est infiniment plus claire qu'il y a trois ans. Je n'avais moi-même pas de raison de douter de la science il y a trois ans, mais je pouvais comprendre pourquoi un président américain sceptique pouvait changer d'idée, ce qu'il a fait», a indiqué M. Anderson.

Des allusions qui font rire

Le discours du ministre de l'Environnement était parfois lourd de sous-entendu à l'endroit de l'administration américaine. M. Anderson a longuement rappelé que le milieu scientifique était rarement unanime sur quelque sujet que ce soit, même lorsque un consensus généralisé se développait. «Il y a encore des gens aujourd'hui, près de 150 ans après la théorie de Darwin sur l'évolution [des espèces], qui débattent de certains aspects de cette théorie», a illustré le ministre faisant rire son auditoire. Le président Bush est connu pour être un de ceux qui refusent d'appuyer cette théorie de l'évolution, accordant un certain crédit à la thèse créationniste.

Quant au Pentagone, M. Anderson fait référence à un avis émis par quelques éminences grises internes voulant que les changements climatiques, en déstabilisant plusieurs régions du monde, inondent les États-Unis de réfugiés. Ces éminences grises invitent donc le Pentagone à se pencher sur la question non pas dans un souci environnemental, mais dans une perspective sécuritaire.

Dans une volte-face lourde de conséquences, les États-Unis ont décidé en 2001 de ne pas ratifier le protocole de Kyoto. Ainsi, si la Russie décidait de même, un nombre insuffisant de pays l'auraient ratifié pour le faire entrer en vigueur.