Après l’Ouest, le Québec ?

Le projet Énergie Saguenay augmentera la circulation maritime industrielle dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, le seul du genre au Québec.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Le projet Énergie Saguenay augmentera la circulation maritime industrielle dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, le seul du genre au Québec.

Le préjugé favorable affiché mardi par le gouvernement Trudeau envers l’exportation de gaz naturel a de quoi réjouir le promoteur d’un autre projet gazier majeur, mais qui doit s’implanter au Québec : Énergie Saguenay. L’entreprise GNL Québec prépare d’ailleurs déjà l’étude d’impact de ce projet de 7,5 milliards de dollars, qui irait de pair avec la construction d’un gazoduc de 650 kilomètres.

« Ça m’apparaît positif », a commenté mercredi la directrice des affaires publiques de l’entreprise, Marie-Claude Lavigne, quelques heures après le feu vert donné par Ottawa au projet d’exportation Pacific Northwest LNG. Ce complexe industriel de 36 milliards de dollars doit permettre d’exploiter du gaz de schiste, de le transporter par gazoduc, de le liquéfier et de l’exporter par navires, à partir de la côte ouest.

Selon Mme Lavigne, la porte ouverte par le fédéral est une bonne nouvelle pour Énergie Saguenay. « Ça m’apparaît responsable. Ça m’apparaît intéressant pour un projet qui se développe comme le nôtre », a-t-elle dit, tout en soulignant qu’elle n’avait pas pris connaissance de l’ensemble des détails de Pacific Northwest LNG et des conditions fixées par le fédéral.

650 km
La longueur du gazoduc du projet Énergie Saguenay

Il faut dire que GNL Québec, une entreprise contrôlée en partie par des intérêts américains, ambitionne elle aussi d’exporter du gaz naturel, mais à partir du Québec. Elle souhaite donc implanter des infrastructures de liquéfaction, d’entreposage et de transbordement de gaz dans la zone portuaire de Grande-Anse, située à La Baie, au Saguenay.

C’est là que serait construite l’usine qui servirait à produire chaque année 11 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié. Ce gaz serait exporté dès 2022 à bord de méthaniers de type Q-Flex, des navires qui atteignent une longueur de près de 300 mètres et une largeur de 45 mètres.

Parc marin

Selon les documents de présentation d’Énergie Saguenay, jusqu’à 160 de ces navires remonteraient chaque année la rivière Saguenay, soit trois ou quatre par semaine. Chemin faisant, ils traverseraient le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, une aire marine protégée mise en place pour protéger l’habitat du béluga du Saint-Laurent. En calculant les allers et les retours, on parle de six à huit passages par semaine.

Preuve de l’avancement du projet, GNL Québec a déjà obtenu la licence d’exportation, accordée par l’Office national de l’énergie. Mme Lavigne a aussi précisé mercredi que l’entreprise a déposé son avis de projet au gouvernement fédéral et au gouvernement provincial, comme le prévoit la loi.

L’étude d’impact est d’ailleurs déjà en cours de réalisation. Elle devrait être achevée « d’ici la fin de 2017 », a indiqué Marie-Claude Lavigne. Celle produite pour le gouvernement québécois concerne cependant uniquement l’usine de liquéfaction, les réservoirs prévus sur le site, ainsi que le quai où viendront s’amarrer les méthaniers.

L’étude exclut donc le projet de gazoduc. Celui-ci se connecterait à un gazoduc opéré par TransCanada PipeLines. Il transporterait du gaz provenant des zones exploitées en Saskatchewan, en Alberta et en Colombie-Britannique. Dans ces régions, l’exploitation de gaz naturel dit « non conventionnel », dont le gaz de schiste, est en pleine croissance.

Marchés

GNL ne sera pas le « promoteur » du gazoduc, a toutefois fait valoir Mme Lavigne. Le Devoir a donc demandé à Gaz Métro, Enbridge et TransCanada si elles aspiraient à le construire. Gaz Métro n’a pas répondu, alors qu’Enbridge et TransCanada n’ont pas voulu commenter le dossier.

La directive édictée par le ministre de l’Environnement du Québec pour l’étude d’impact ne fait pas non plus mention d’une quelconque évaluation des impacts d’Énergie Saguenay pour le parc marin, et ce, même si le projet entraîne une hausse marquée du trafic maritime industriel en plein coeur de l’habitat du béluga du Saint-Laurent.

Le gaz naturel liquéfié aux installations exploitées par GNL Québec trouverait par ailleurs preneur, a souligné mercredi sa directrice des affaires publiques. Elle a ainsi mentionné que l’Europe, l’Amérique du Sud, l’Inde et l’Asie seraient des « marchés naturels » pour le projet.

L’entreprise a déjà entamé des démarches de lobbyisme auprès du gouvernement du Québec. Les quatre membres de « l’équipe » sont inscrits au registre québécois. Leurs démarches visent notamment l’obtention de l’ensemble des permis nécessaires pour mener le projet, mais aussi l’obtention de puissance hydroélectrique et de « soutien financier » gouvernemental en vertu des programmes existants.

Les libéraux essuient des critiques

L’approbation du projet d’exportation de gaz naturel Pacific NorthWest LNG a suscité mercredi de vives critiques à Ottawa, mais aussi de la part des groupes environnementaux.

« Les libéraux disent une chose et son contraire en ce qui concerne l’environnement depuis qu’ils sont arrivés. L’approbation d’un gazoduc dans une forêt protégée est le plus récent exemple de cette hypocrisie de M. Trudeau et de son gouvernement », a lancé le chef néodémocrate, Thomas Mulcair. Selon lui, les libéraux s’éloignent de la possibilité de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) du Canada en approuvant un tel projet de l’industrie des énergies fossiles.

Même son de cloche du côté des groupes environnementaux, qui ont souligné que le projet devrait produire plus de 4,3 millions de tonnes de GES, et ce, malgré l’obligation de réduire les émissions de Pacific NorthWest.

Les conservateurs ont au contraire pressé le gouvernement à offrir un soutien au projet, de façon à ce qu’il puisse effectivement voir le jour. « Il ne s’agit pas seulement de la prospérité de la Colombie-Britannique. Il s’agit de la prospérité de tout le pays », a souligné sa chef intérimaire, Rona Ambrose.

« Le gouvernement travaille pour faire croître l’économie, créer de bons emplois et des opportunités pour les Canadiens tout en protégeant notre environnement pour les prochaines générations », selon la ministre de l’Environnement, Catherine McKenna.
5 commentaires
  • Jacques Lapointe - Abonné 29 septembre 2016 06 h 27

    Effet de serre.

    Le sauveur de la planète à Paris, ou est-ce qu'il est passé ? C'est pas avec des projets comme cela qu'ils vont réduire les gaz à effet de serre. Pas fort, nos 2 premiers ministres, ont-ils fini leurs secondaires. J'en doute, Je pense que l'on devrait les retourner à la maternelle. Ca tiens pas debout leurs affaires. À moin qu'ils en fument du super bon.

    • Jean Richard - Abonné 29 septembre 2016 10 h 20

      Là où le gaz naturel remplace le pétrole et le charbon, il y a le plus souvent diminution des émissions de GES. C'est le cas par exemple du transport routier.

      Là où le biométhane est utilisé au lieu de le laisser s'échapper dans l'atmosphère, il y a une diminution non négligeable des émissions de GES, car le méthane est un GES ayant une capacité de rétention de la chaleur dans la basse atmosphère beaucoup plus importante que celle du dioxyde de carbone.

      En ville, là où le transport lourd est majoritairement diesel, le passage au gaz naturel aurait permis à la fois une réduction des GES et une réduction des polluantes microparticules. Dans le cas du transport en commun dans les zones les plus denses, l'utilisation du gaz naturel aurait eu des effets bénéfiques, étant donné qu'on a écarté les solutions électriques efficaces (tramway et trolleybus).

      « nos 2 premiers ministres, ont-ils fini leurs secondaires » – Qu'ils l'aient fait ou non ne changerait pas grand chose car il faut savoir que la culture scientifique se porte très mal dans les écoles du Québec (et pas seulement du Québec), ce qui rend l'opinion publique fort vulnérable. La religion a tendance à s'installer là où la science échoue et hélas, la religion de l'environnement, avec ses anges et ses démons, a tendance à exclure l'esprit d'analyse et de synthèse, nécessaire pour que la connaissance remplace la croyance.

    • Daniel Grant - Abonné 29 septembre 2016 13 h 08

      @M.Jean Richard
      Écoutons les scientifiques pour éviter de se faire endoctriner par les intégristes de l’extraction et surtout ceux du pétrole extrême comme la fracturation et les sables bitumineux.

      En étudiant le cycle de vie du gaz soi-disant naturel ou de l’hydrogène on se rend compte que c’est une fumisterie qui fait bien l’affaire des pétrophiles qui ne veulent que nous maintenir dans la dépendance aux hydrocarbures le plus longtemps possible.

      La NASA ne fait pas de discours religieux à propos de notre dépendance aux hydrocarbures et s’il faut vendre notre âme il vaut mieux vendre à ceux qui font parti de la solution comme l’électrification des transports.

    • Marc Brullemans - Abonné 30 septembre 2016 02 h 22

      Monsieur Richard, vous dites que "Là où le gaz naturel remplace le pétrole et le charbon, il y a le plus souvent diminution des émissions de GES". Je vous ferai remarquer que cela n'est vrai que si l'empreinte carbone du gaz naturel est inférieure à celle du pétrole et du charbon ET si le gaz naturel remplace vraiment le pétrole ou le charbon c'est à dire si la consommation totale des hydrocarbures est constante. Or, c'est deux conditions ne sont pas réunies comme le montre des travaux comme ceux de McJeon, Hubacek, ou ceux de Shearer. Quant aux soi-disant bienfaits du gaz naturel sur la route, jetez un coup d'oeil à cet article: http://pubs.acs.org/doi/pdfplus/10.1021/acs.est.5b

  • Denis Paquette - Abonné 29 septembre 2016 06 h 43

    entre le desir et la realité il y a souvent une grande distance

    ca va être la course aux gaz les moins dommageables attendons de voir ce que les vancouverrois vont en dire de ces pipe-line qui vont traverser des territoires uniques, et surtout ce que vont en dire les amérindiens, j'ai l'impression que Justin va y perdre sa superbe, ca va vraiment être la course aux dernières richesses facilement exploitables, les lignes internètes ne sufisants pas a donner a manger, ca ne fait qu'en donner le gout, et ce a la grandeur de la planète, un petit chausson aux pommes avec ca, ma mere m'a toujours dit, entre le désir et la realité il y a souvent une grande distance