L’OACI a deux semaines pour répondre au défi climatique

Olumuyiwa Benard Aliu, président de l’OACI
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Olumuyiwa Benard Aliu, président de l’OACI

Moins d’un an après la signature de l’Accord de Paris sur le climat, l’Organisation de l’aviation civile internationale tentera au cours des prochains jours de s’entendre sur un programme qui permettrait à l’industrie de plafonner, puis de réduire, ses émissions de gaz à effet en serre, actuellement en forte croissance. Mais les objectifs manquent d’ambition, selon les groupes environnementaux.


Le transport aérien doit être « plus responsable dans l’intérêt de toute l’humanité » et arriver à une « empreinte carbone neutre », a insisté mardi le ministre canadien des Transports, Marc Garneau, dans le cadre de l’ouverture de l’assemblée de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), à laquelle prenait part le premier ministre Philippe Couillard.


Si les propos du ministre résument en théorie l’objectif des délégués des 191 pays réunis à Montréal jusqu’au 7 octobre, la tâche qui attend l’OACI n’en demeure pas moins ardue, avec le doublement d’ici 2030 du nombre de passagers dans le monde. Ils devraient alors être près de six milliards, pour un total de 30 millions de vols annuellement.


C’est dans ce contexte de croissance soutenue du secteur du transport aérien que l’organisme onusien espère à moyen terme réduire ses émissions globales de gaz à effet de serre, qui comptent aujourd’hui pour 2 % du total mondial (soit approximativement le même taux que le Canada).


Une part qui risque cependant d’augmenter si les États réduisent leurs émissions, comme le prévoit l’Accord de Paris sur le climat, qui doit entrer en vigueur d’ici la fin de 2016, et dont le secteur aérien est exclu. En cas d’inaction, la Coalition internationale pour une aviation durable estime que le secteur pourrait représenter pas moins de 22 % des émissions mondiales en 2050.


Objectif 2020


Dans un premier temps, le plan débattu à l’OACI doit permettre de plafonner les émissions globales du secteur aérien dès 2020. On espère par la suite que les émissions pourront être réduites de moitié, et ce, d’ici 2050.


Pour y parvenir, l’assemblée de l’OACI devrait entériner formellement un mécanisme mondial de compensation des émissions carbone de l’aviation internationale. Le « panier de mesures » de cet outil « sera le premier mécanisme de marché pour faire face au changement climatique de tous les secteurs industriels », selon le Groupe d’action du transport aérien (ATAG), qui regroupe les compagnies, les principaux constructeurs aéronautiques, les motoristes et les aéroports.


Les compagnies aériennes poussent pour l’adoption de ce mécanisme, car c’est « un outil essentiel pour notre engagement de croissance neutre en carbone », selon Alexandre de Juniac, directeur général de l’Association internationale du transport aérien (IATA). Selon l’OACI, ce plan est d’ailleurs réaliste grâce au recours à des carburants moins polluants, à des moteurs d’avion moins gourmands et à l’optimisation des routes aériennes. Des transporteurs comme Air Transat appliquent déjà de telles mesures.


Près d’une soixantaine de pays, représentant 80 % du trafic aérien — dont tous les pays européens, les États-Unis, la Chine, le Canada et le Japon —, ont d’ailleurs l’intention de participer à la première phase du plan, qui a été allégé et se limite à une participation volontaire pendant ses cinq premières années. Cependant, plusieurs grands pays en développement, dont l’Inde, ont exprimé des inquiétudes.


Les délégués ont maintenant deux semaines pour tenter de s’entendre sur un programme qui doit se mettre en place sur plusieurs années, puisque la deuxième phase, obligatoire celle-là, devrait débuter seulement en 2027.


Insuffisant


Les groupes environnementaux jugent cependant que le plan proposé pour encadrer les émissions de gaz à effet de serre du secteur aérien est insuffisant pour freiner la hausse des émissions attendue. Selon ce qu’a fait valoir l’organisation Attac avant le sommet, « le secteur de l’aviation ne doit plus tarder pour se conformer à l’impératif climatique : la proposition de l’OACI, qui vise à atteindre une “croissance neutre en carbone”, manque sérieusement d’ambition, notamment parce qu’elle repose principalement sur la compensation carbone ».


Critique réitérée mardi par la Fondation David Suzuki, devant le siège de l’OACI, à Montréal. « L’industrie de l’aviation serait au septième rang despays les plus polluants si elle était un État. Et rien ne la restreint : les émissions de cette industrie sont actuellement exclues de tout traité international même si son bilan GES va tripler d’ici 2050 si la non-réglementation persiste et si sa croissance se poursuit. »


Les entreprises du secteur aérien relèvent de la responsabilité des pays membres de l’OACI. L’organisation ne peut pas imposer des mesures à ces pays, mais ces derniers s’engagent normalement à respecter les règles de l’OACI.


Un groupe de réflexion sur l’aviation

L’Université Concordia a lancé un nouveau groupe de réflexion sur l’aviation civile. Il a pour objectifs de « formuler des idées novatrices et [de] proposer des politiques fondées sur des données probantes afin de soutenir la croissance dans le secteur dynamique de l’aviation ». Il réunira chercheurs et professionnels de l’industrie dans le but de faciliter leurs échanges sur les questions clés de stratégie, de pratiques commerciales et d’élaboration de politiques qui se posent à l’industrie de l’aviation et à ses diverses parties prenantes publiques et privées. Le président et chef de la direction des Aéroports de Montréal, James Cherry, siégera à un comité consultatif international. Le comité sera présidé par Pierre J. Jeanniot, ancien directeur général et chef de la direction de l’Association internationale du transport aérien. Les autres membres du comité sont Isabelle Dostaler, professeure de management à l’École de gestion John-Molson, Graham Carr, vice-recteur à la recherche et aux études supérieures, Université Concordia, John W. Crichton, ancien président et chef de la direction de NAV Canada, Jean-François Lemay, directeur général d’Air Transat, Aaron Nsakanda, professeur agrégé à l’Université Carleton, et Michel Wachenheim, conseiller principal auprès du p.-d.g. d’Airbus, ancien ambassadeur et représentant permanent de la France au sein du conseil de l’OACI.
1 commentaire
  • André Mainguy - Inscrit 27 septembre 2016 17 h 38

    Le secteur aérien cherche à diminuer ses GES

    Il me semble que si le secteur aérien veut diminuer ses GES, les avions Bombardier de la SÉRIE-C 100 et C-300, sont des appareils de choix.

    En plus, les moteurs développé pour la SÉRIE-C répondent à moins de bruit autour des aéroports. Les habitants qui vivent dans le corridor des décollages et aterreissages de l'aéroport Trudeau obtiendraient des gains sur les décibels émis par ces appareils.