Anticosti: résilier le contrat ou pas, là est la question

Selon Jean-François Lisée, Québec devrait être «beau joueur» et verser une indemnisation de plusieurs millions de dollars notamment à Pétrolia et à Corridor Ressources pour mettre fin aux activités pétrolières et gazières sur Anticosti.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Selon Jean-François Lisée, Québec devrait être «beau joueur» et verser une indemnisation de plusieurs millions de dollars notamment à Pétrolia et à Corridor Ressources pour mettre fin aux activités pétrolières et gazières sur Anticosti.

Jean-François Lisée veut mettre fin aux activités d’exploration pétrolière et gazière sur l’île d’Anticosti, quitte à ce que le gouvernement du Québec verse une indemnisation de plusieurs millions de dollars notamment à Pétrolia et Corridor Ressources.

Le candidat à la direction du Parti québécois propose de résilier « correctement » le contrat obligeant l’État à investir au moins 57,7 millions de dollars dans des travaux d’exploration sur l’île du golfe Saint-Laurent. « Le gouvernement québécois a signé une entente avec ses partenaires. Il devrait être beau joueur et dire : “Nous avons changé de position. Nous allons vous dédommager”», a-t-il déclaré lundi.

Le député de Rosemont propose ainsi de dédommager pour rupture de contrat les entreprises Pétrolia, Corridor Resources et Maurel Prom en fonction des sommes d’argent qu’elles ont dépensées sur l’île d’Anticosti depuis la signature d’une entente avec le gouvernement Marois en février 2014.

Martine Ouellet dit être « tombée en bas de [sa] chaise » lorsqu’elle a été avisée de la volonté de M. Lisée de dédommager les compagnies pétrolières et gazières à pied d’oeuvre sur l’île d’Anticosti. « Ça n’a juste pas de bon sens. Une déclaration comme celle-là le disqualifie comme un bon gestionnaire de fonds publics, a-t-elle lancé dans une entrevue avec Le Devoir. S’il n’y a pas “business” à faire parce que ce n’est pas rentable, aucun des signataires [à l’entente de 2014] ne va vouloir continuer. Le contrat va se terminer par lui-même », a-t-elle soutenu.

L’ex-ministre des Ressources naturelles a néanmoins énuméré quelques-uns des outils à la disposition de l’État pour « suspendre tous les travaux » sur l’île d’Anticosti « sans aucune espèce de compensation » : BAPE générique, Loi sur la qualité de l’environnement, Loi affirmant le caractère collectif des ressources en eau et visant à renforcer leur protection… « En vertu de la Loi sur l’eau, il y aurait possibilité même de retirer les permis sans compensation à cause des impacts sur les rivières à saumon et l’eau souterraine », a-t-elle expliqué.

D’ailleurs, Mme Ouellet s’explique mal pourquoi le ministère de l’Environnement a donné son feu vert au printemps dernier à Hydrocarbures Anticosti pour procéder à trois forages avec fracturation hydraulique. « C’est une aberration totale des fonctionnaires du ministère de l’Environnement. Je ne sais pas s’ils ont eu une commande. »

L’avenir du pétrole québécois

À l’instar de M. Lisée, Alexandre Cloutier est d’avis qu’« [il] vaut mieux résilier le contrat et négocier », à défaut de quoi le gouvernement du Québec sera mêlé à des « procédures judiciaires inutiles ». « Un contrat bien négocié normalement a aussi des clauses de résiliation », a-t-il fait valoir lundi. « De toute évidence, il n’y a pas d’avenir au pétrole et au gaz de schiste au Québec. »

Mme Ouellet, qui promet de réduire de 40 % la consommation de pétrole d’ici 2030, estime aussi qu’« il n’y a plus d’intérêt » en 2016 à extraire le pétrole québécois. « Ce serait complètement à contre-courant. Ce serait de regarder vers le passé. »

De son côté, M. Lisée se dit favorable à l’exploitation de gisements pétroliers sur le territoire québécois, mais seulement si le pétrole qui s’y trouve est « également ou moins polluant » que celui approvisionnant en ce moment les raffineries québécoises. « Évidemment, il faut sortir du pétrole le plus vite possible, mais en attendant il faut utiliser le pétrole le moins polluant possible », a-t-il insisté.

4 commentaires
  • Pierre Desautels - Abonné 27 septembre 2016 08 h 23

    La continuité.

    « Évidemment, il faut sortir du pétrole le plus vite possible, mais en attendant il faut utiliser le pétrole le moins polluant possible ».

    Voilà. Le candidat Lisée poursuit l'oeuvre des Lucien Bouchard, André Boisclair et Pauline Marois. Les lobbyistes du pétrole n'ont rien à craindre. S'il est élu, ils continueront à avoir leurs entrées...

  • Bernard Terreault - Abonné 27 septembre 2016 09 h 53

    Il n'y a que deux positions logiques

    1) On donne un example au monde en arrêtant tout développpement relié aux hydrocarbures au Québec, quitte à retrancher quelques millions ou quelques milliards à notre PIB (on s'en fout, on est déjà trop riche par rapport au Tiers Monde).
    2) Au contraire, on laisse faire l'entreprise privée mais, de grâce, sans la subventionner ; à elle de décider selon son estimation de la rentabililité financière du projet.

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 27 septembre 2016 18 h 30

    Un contrat...

    c'est comme un coeur....ça peut se briser! disait le fondateur de Mc Donald.(bande annonce du film hyponyme)

  • Daniel Grant - Abonné 27 septembre 2016 20 h 52

    Noé nous avait bien prévenu, ne manquez pas le bateau

    S’il y a/avait vraiment du pétrole au Québec et bien nous avons manqué le bateau quand autrefois les pétrolières jouissaient encore d’un certain bénéfice du doute et que la population était prête à embarquer dans leur bateau les yeux fermés, mais aujourd’hui les gens savent que l’industrie du pétrole / gaz n’a aucune crédibilité et comporte de très grands risques pour l’humanité.

    Le prochain bateau s’appel “les énergies propres renouvelables” (soleil, vent, marée, géothermie) qui ne détruisent pas l’environnement, qui sont performant, disponibles maintenant et à un prix qui diminue de jour en jour.

    Au Québec nous avons une longueur d’avance sur beaucoup d’autre provinces/pays avec notre expertise en énergie hydraulique propre, mais au lieu d’en profiter pour se propulser dans le futur et de se sortir de notre dépendance au pétrole (HQ peut déjà alimenter 1 million de Véhicules Electriques aujourd’hui sans investissement significatif), je crains que nous allons laisser nous dépasser ceux qui en ont assez de produire leur électricité avec les hydrocarbures sales (charbon, gaz pas si naturel qu’on laisse croire, le mazout, diésel)

    Je peux comprendre les politiciens qui ont pris de mauvaises décisions sur les hydrocarbures dans le passé, mais aujourd’hui ce n’est plus pardonnable.

    Les faits scientifiques sont très clairs et si on laisse nos élus se faire enfumer par les départements de publicité des pétrolières nous risquons de manquer l’autre bateau.