Du pétrole d’un déversement survenu en 1999 découvert en Montérégie

« L’hypothèse la plus plausible » est que ce pétrole proviendrait de « résidus » d’un déversement survenu il y a près de 17 ans à une station de pompage de l’entreprise Pipe-Lines Portland Montréal (PLPM).
Photo: Rigby27 / CC « L’hypothèse la plus plausible » est que ce pétrole proviendrait de « résidus » d’un déversement survenu il y a près de 17 ans à une station de pompage de l’entreprise Pipe-Lines Portland Montréal (PLPM).

Un déversement de pétrole provoqué par le pipeline Montreal-Portland en 1999 a laissé un héritage toxique dans le sol pendant 17 ans. Le ministère de l’Environnement du Québec vient en effet d’intervenir pour nettoyer un fossé de Saint-Césaire, après la découverte de pétrole brut laissé sur place malgré les travaux de décontamination de l’époque.

Selon les informations obtenues auprès du porte-parole du ministère de l’Environnement Daniel Messier, le ministère des Transports a découvert récemment des « mares » de pétrole « par hasard », dans le cadre de travaux de réfection d’un ponceau.

Les équipes du ministère de l’Environnement dépêchées sur place ont par la suite pompé plus de 2500 litres d’« eaux huileuses » chargées de pétrole brut, en plus d’excaver 30 tonnes de « sols contaminés ». Les opérations ont eu lieu dans un fossé du rang du Pipeline, soit la route 233, à Saint-Césaire, en Montérégie.

Daniel Messier a également précisé que « l’hypothèse la plus plausible » est que ce pétrole proviendrait de « résidus » d’un déversement survenu il y a près de 17 ans à une station de pompage de l’entreprise Pipe-Lines Portland Montréal (PLPM).

Deux pipelines

Celle-ci exploite deux pipelines, construits en 1950 et 1965, qui servent à acheminer du pétrole de la côte est américaine jusqu’à la raffinerie de Suncor, à Montréal. L’an dernier, 22 millions de barils auraient ainsi été transportés dans ces tuyaux, selon des données provenant de l’État du Maine.

Chemin faisant, ces pipelines traversent le sud du Québec, et notamment la Montérégie. C’est là, à Saint-Césaire, qu’un déversement est survenu le 10 novembre 1999. Selon les données du ministère de l’Environnement obtenues par Le Devoir par l’entremise de la Loi d’accès à l’information, 45 000 litres de pétrole brut se sont alors déversés.

À titre de comparaison, la quantité de pétrole déversé par le pipeline Montreal-Portland équivaut à la quantité de brut qui coulerait à toutes les 22 secondes dans le pipeline Énergie Est. Il s’agirait aussi d’un pipeline de 42 pouces, soit l’équivalent des deux pipelines de Pipe-Lines Portland Montréal réunis.

Inhabituel

L’entreprise a appris qu’il restait du pétrole dans le sol par l’entremise des intervenants gouvernementaux. « Ça nous a été signalé par les autorités », a indiqué son porte-parole, Robert Lupien. « Je ne dirais pas que c’est quelque chose d’habituel », a-t-il ajouté dans un bref entretien au Devoir.

Pipe-Lines Portland Montréal était par ailleurs présente sur place au moment de l’intervention, a souligné M. Lupien. Ce dernier a toutefois refusé de préciser si le pétrole brut découvert dans le sol provenait du déversement de 1999. « Je ne peux pas confirmer ou infirmer quoi que ce soit. »

Il n’a pas non plus voulu commenter la présence de ce pétrole, 17 ans après la réalisation de travaux de décontamination et de suivi environnemental. « Je ne peux pas vous dire quelles seraient les causes possibles », a-t-il dit, nous invitant plutôt à contacter le ministère de l’Environnement pour obtenir des précisions.

Expulsion

Des personnes à l’emploi de Pipe-Lines Portland Montréal ont par ailleurs expulsé un photographe de La Voix de l’Est qui tentait de prendre des photos sur le site où ont été menés les plus récents travaux de décontamination à Saint-Césaire. Le photographe aurait même été insulté et des employés auraient tenté de saisir son appareil.

Robert Lupien n’a pas nié que les employés aient pu employer un « ton ferme ». Il a toutefois fait valoir que le photographe n’avait pas reçu d’autorisation pour être présent sur place et que « la sécurité des lieux est primordiale, surtout lorsqu’il y a des travaux ».

Le pipeline Montreal-Portland a déjà été pressenti pour servir à transporter du pétrole de l’Ouest canadien vers la côte est américaine, dans le cadre du projet Trailbreaker. Ce projet aurait toutefois été abandonné.

En juillet 2014, la Ville de South Portland, dans le Maine, a aussi adopté un règlement qui ferme carrément la porte au chargement de brut à partir de son port. Cette décision visait directement à empêcher le transport de pétrole des sables bitumineux sur son territoire, en raison des risques environnementaux.



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