Québec ne fera pas la «promotion» de l’exploitation, assure Pierre Arcand

Le ministre Pierre Arcand  a répété que le gouvernement ne fera pas « la promotion » des hydrocarbures.
Photo: Jacques Boissinot La Presse Canadienne Le ministre Pierre Arcand  a répété que le gouvernement ne fera pas « la promotion » des hydrocarbures.

Même s’il a rédigé un projet de loi pour encadrer l’exploitation des hydrocarbures, le gouvernement Couillard n’entend pas en faire « la promotion », a assuré jeudi le ministre Pierre Arcand. L’un des projets les plus avancés au Québec, celui de Haldimand à Gaspé, n’aurait d’ailleurs peut-être jamais été possible si le projet de loi 106 avait déjà été en vigueur.

Interpellé en commission parlementaire jeudi par le groupe Équiterre, qui lui suggérait de présenter un projet de loi « pour sortir des hydrocarbures », le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles a dit en substance que le gouvernement n’avait pas vraiment le choix d’« encadrer » l’industrie des énergies fossiles.

« On doit vivre avec plusieurs permis [d’exploration délivrés] au cours des 20 dernières années », a ainsi rappelé M. Arcand. Ces permis, a-t-il ajouté, confèrent « un certain nombre de droits » à leurs titulaires. « Plutôt que rien, il vaut mieux encadrer ce qui existe déjà », a conclu le ministre, qui a déposé en juin le projet de loi étudié cette semaine en commission parlementaire.

Il faut dire que la seule fois où le gouvernement du Québec a révoqué des permis d’exploration pétrolière et gazière, cela lui a valu une poursuite. En effet, à la suite de l’annulation en 2011 de tous les permis en vigueur sur les îles de l’estuaire du Saint-Laurent (dont l’île Verte, l’île d’Orléans et l’île aux Coudres), l’entreprise Lone Pine Resources a intenté une poursuite de 250 millions de dollars contre le gouvernement fédéral.

Cette entreprise évoque les dispositions du chapitre 11 de l’Accord de libre-échange nord-américain. Aucune décision n’a encore été rendue dans ce dossier. Cependant, Lone Pine Resources, membre de l’Association pétrolière et gazière du Québec, détient toujours des permis d’exploration dans la province.

Atteindre les objectifs

Tout en défendant l’idée d’une législation pour encadrer l’exploration et l’exploitation des énergies fossiles au Québec, le ministre Arcand a répété que le gouvernement ne fera pas « la promotion » des hydrocarbures. Il a aussi rappelé que le Québec s’est fixé comme objectif de réduire de 40 % sa consommation de « produits pétroliers » d’ici 2030, dans le cadre de la politique énergétique présentée au printemps dernier. Et pour 2050, l’objectif de réduction des gaz à effet de serre est de 80 % à 95 %, objectif qui suppose pour ainsi dire la fin du recours au pétrole et au gaz naturel.

Les porte-parole d’Équiterre ont néanmoins réaffirmé que « les hydrocarbures ne sont pas la voie de l’avenir pour le Québec ». Dans ce contexte, a souligné Steven Guilbeault, se lancer dans l’aventure pétrolière et gazière est un « anachronisme ».

Gaspé inquiète

Aux prises avec un projet pétrolier très avancé et controversé sur le territoire de sa municipalité, le maire de Gaspé, Daniel Côté, est pour sa part venu réitérer son souhait de voir le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) étudier le projet Haldimand, de Pétrolia. Selon M. Côté, le projet d’exploration se trouve « dans un milieu habité, à deux pas d’un quartier résidentiel et à trois pas du centre-ville ». Difficile, dans ce contexte, « d’obtenir l’acceptabilité sociale ».

Le ministre Pierre Arcand ne s’est pas avancé sur la possibilité d’une évaluation du BAPE, jugeant que cette décision revient au ministre de l’Environnement. Il a toutefois admis que la situation particulière des forages à 350 mètres d’un quartier résidentiel constitue « une espèce de problématique ». M. Arcand a ajouté que le projet n’aurait peut-être pas vu le jour si les dispositions prévues dans le projet de loi 106 avaient déjà été en vigueur depuis quelques années. Mais dans les circonstances, Pétrolia bénéficie d’un « droit acquis ». « Ils ont déjà été présents. Ça pose un certain nombre de problèmes », a-t-il dit.

Pétrolia mène présentement des tests de production sur le site de forage du projet Haldimand. Ces tests pourraient permettre de confirmer s’il existe un potentiel d’exploitation commerciale de pétrole dans le secteur.
 

Consultez la carte des permis d'exploration pétrolière et gazière en vigueur au Québec
 

15 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 19 août 2016 03 h 52

    un gouvernement qui n'entend rien

    quel hypocrite faire comme si ce n'était pas le gouvernement qui avait émis ces permis pour ensuite s'en désister, il faut vraiment nous prendre pour des imbeciles et surtout croire que l'on ne les voit pas agir, que va-t-falloir faire marcher contre le gouvernement comme ca ce fait quand c'est le seul moyen d'arreter un gouvernement qui n'entend rien

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 19 août 2016 09 h 10

      Si vous lisez plus attentivement l'article, vous constaterez que « le gouvernement » ne dispose pas de beaucoup de marge de manoeuvre dans ce dossier. Bien sûr, on peut toujours déchirer sa chemise sur le compte de l'adversaire politique, mais il ne faut jamais oublier que le PQ de madame Marois salivait à la perpective d'exploiter les gisements de Old Harry. L'un n'excuse pas l'autre, bien sûr. Mais si on veut vraiment ouvrir des perspectives de sortie du pétrolier et du gazier, il faudra un jour ou l'autre renoncer aux litanies des bons sentiments et de la partisanerie paroissiale. Les gouvernements du Québec n'ont hélas pas le pouvoir de modifier les tendances lourdes de l'économie mondiale. C'est cela qui est en cause, pas «l'hypocrisie» du «gouvernement». Grandir, un peu.

    • Pierre Fortin - Abonné 19 août 2016 09 h 34

      Monsieur Maltais Desjardins,

      Quelles que soient les tendances lourdes de l'économie mondiale, le Québec n'a pas besoin se lancer lui-même dans l'extraction pour satisfaire ses besoins énergétiques.

      Ce qui lui manque surtout c'est une véritable volonté politique de développer des énergies vertes et innovantes, l'audace d'entreprendre que nous avons déjà connue et qui a propulsé le Québec sur la scène internationale où il est reconnu pour ses initiatives créatrices.

    • Jean Santerre - Abonné 19 août 2016 09 h 58

      M. Maltais que proposé-vous alors.
      C'est vrai, la partisanerie est peu productive, mais pour en sortir il faut voir très large et notre système politique en est-il capable?
      À moins de changement constitutionnel, c’est peu probable.
      Il faut sortir des hydrocarbures et le fait que cette ressource soit verrouillée dans une économie moribonde ne fait qu'aggraver le problème.
      Tous les essors économiques importants de l'histoire du capitalisme sont liés à l'introduction de nouvelle méthode de production des biens et services.
      Perpétuer une méthode archaïque de faire ne peut en aucun cas apporter cette bouffée d'air frais indispensable à une économie prospère.
      Le problème politique est que les gens au pouvoir ont pour tache de conserver les structures en place afin d’assurer une stabilité alors qu’il faut absolument les transformer pour progresser, principalement lorsque le statu quo est une lente, mais inévitable asphyxie.
      Il faut donc des élus avec de la vision et du courage pour mettre en place des mesures controversées.
      Peu importe le parti au pouvoir, on en est très éloigné présentement avec toutes ces marionnettes qui disent tout et son contraire, c’est du grand mensonge.
      "L'avenir est plus proche qu'avant" et appartient a de nouvelle forme de production d'énergie et non à la survie de méthode dépassée et intoxicante.

    • Jean Santerre - Abonné 19 août 2016 09 h 59

      Et à quoi sert un gouvernement, s'il n'a pas de marge de manoeuvre?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 19 août 2016 13 h 57

      Jean Santerre. Vous semblez croire que les gouvernements sont des forces de changement dont le capitalisme a besoin. D'accord, mais ils ne réussissent jamais qu'à l'empêcher de courir à sa perte. Devrait-il en être autrement? Bien sûr, mais pour cela, il faudrait que des partis de gauche comme QS reçoivent un acquis plus conséquent de la part des citoyens.

    • Jean Santerre - Abonné 19 août 2016 16 h 39

      M. Maltais, bien sûr c'est la raison pour laquelle on élit un nouveau gouvernement.
      Sinon on laisse l'autre en place, mais le jeu politique actuel met toujours cela en opposition.
      Ce qui fait que l'on est perpétuellement déçu par l'un et par l'autre.
      Car ni l’un ni l’autre n’arrive à tenir leur mandat.
      Il faut donc d’autres forces de changement et je ne crois pas que le capitalisme soit celle-ci.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 20 août 2016 08 h 39

      M. Santerre, tout à fait d'accord avec vous.

  • Julien Thériault - Abonné 19 août 2016 08 h 03

    Quartier résidentiel ou résidence isolée,où est la différence

    Comment peut-on penser qu'il est plus acceptable de faire de la fracturation à 500 mètres d'une résidence isolée en campagne qu'à 500 mètres d'un quartier résidentiel ?
    Bien sûr, dans le deuxième cas, il y a plus de personne de dérangées, mais chaque personne n'est pas plus dérangée. Alors, pourquoi faire une différence ?

  • Pierre Fortin - Abonné 19 août 2016 09 h 22

    La manière d'agir fait aussi partie du message


    Il ne manquerait plus que ça, que le PLQ fasse la promotion ouverte des hydrocarbures. Après avoir concocté un projet de loi qui accorde autant de droits à l'industrie au mépris des citoyens et des municipalités, après avoir maintenu un silence opaque sur les véritables intentions de son gouvernement dans ce dossier, après les rencontres à huis clos avec les lobbyistes des pétrolières, la présentation du projet de loi en début d'été et la tenue de la commission en plein mois d'août, le ministre n'a plus vraiment besoin de faire la promotion des hydrocarbures.

    Le projet de loi élaboré par le ministre Arcand fait déjà le travail de promotion le plus important. Même si le ministre n'a pas la personnalité "bully" du docteur Barrette, sa manière d'agir en imposant ses volontés de manière trompeuse et sans tenir compte d'une véritable acceptabilité sociale est un coup de force et une honte.

    Le comportement du ministre depuis l'élection de 2014 est déjà très éloquent et il a montré maintes fois son préjugé favorable à l'exploitation des hydrocarbures. Pierre Arcand aura beau montrer patte blanche, il ne doit pas oublier que sa manière d'agir dans ce dossier est toute aussi éloquente et tendancieuse que son projet de loi.

    • Gilbert Turp - Abonné 19 août 2016 11 h 47

      Pierre Arcand n'a plus aucune espèce de crédibilité. Il est trop compromis. C'en est gênant.

  • Andrée Phoénix-Baril - Abonnée 19 août 2016 10 h 52

    "L'un n'excuse pas l'autre"

    Vous avez tout a fait raison, Bravo et merci de faire une bonne mise au point!

    APB.

  • Julien Thériault - Abonné 19 août 2016 12 h 15

    Bar ouvert

    On a l'impression qu'on installe une grande affiche « Bar ouvert » à la porte de l'hôtel tout en affirmant qu'on ne fait pas la prévention de la consommation d'alcool. Quelle hypocrisie ! Ce gouvernement prend vraiment la population pour des imbéciles.