L’industrie automobile réfractaire aux quotas

Des quotas de 3 % de vente de voitures « zéro émission » sont prévus pour 2018.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des quotas de 3 % de vente de voitures « zéro émission » sont prévus pour 2018.

Les consommateurs québécois n’ont pas d’appétit pour plus de véhicules électriques, croient les principaux acteurs de l’industrie automobile, opposés au système de quotas envisagé par le gouvernement du Québec.

Le projet de loi 104, présenté par le ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, David Heurtel, envisage d’imposer un système de « crédits » pour les manufacturiers automobiles, lesquels seraient forcés de vendre une part croissante de véhicules « zéro émission » au Québec.

Invités à se prononcer dans le cadre de consultations particulières à l’Assemblée nationale mardi, les constructeurs et concessionnaires automobiles n’ont pas caché leur scepticisme. Dans sa forme actuelle, le projet de loi 104 prévoit que les manufacturiers devront payer pour les crédits manquants s’ils échouent à atteindre la cible de 3 % de vente de véhicules électriques au Québec pour 2018, augmentant progressivement jusqu’à atteindre 15,5 % en 2025.

L’industrie souhaiterait que le gouvernement ne se mêle pas des modèles de voiture qu’elle décide d’offrir, ou non, sur le marché québécois. Mark Nantais, le président de l’Association canadienne des constructeurs de véhicules, qui représente Fiat-Chrysler, Ford et General Motors au Canada, a été invité à expliquer ses réserves sur le projet de loi 104 devant le ministre Heurtel et des députés de l’opposition. Selon lui, exiger un quota de vente de véhicules électriques reviendrait à « priver entre 100 000 et 200 000 consommateurs québécois qui ne pourront avoir accès à un véhicule [à essence] dont ils ont besoin ».

Un marché

Si Québec allait de l’avant avec ce projet de loi, l’industrie aurait besoin de plus de temps pour s’adapter, note M. Nantais, prévenant aussi les parlementaires d’une « pression à la hausse sur les prix » des voitures.

Les concessionnaires automobiles sont tout aussi critiques du projet de loi. « Nos consommateurs québécois ne sont pas prêts à acquérir suffisamment de véhicules zéro émission », selon Jacques Béchard, p.-d.g. de la Corporation des concessionnaires automobiles du Québec. « Les concessionnaires risquent d’être les plus affectés par le projet de loi 104 », avance-t-il, brandissant le spectre de l’achat de véhicules traditionnels en Ontario ou aux États-Unis. Sur les 450 000 véhicules vendus l’an dernier au Québec, seuls 3000 sont électriques.

« Des milliers de personnes se sont inscrites sur des listes d’attente pour la Nissan Leaf, pour la Tesla 3… Ce n’est pas qu’il n’y a pas de demande, c’est qu’il n’y a pas d’offre », affirme pour sa part Yvon Bergeron, porte-parole de Coalition zéro émission Québec (CZEQ). Il dresse la liste des modèles disponibles seulement au sud de la frontière, mais pas au Québec : Volkswagen e-Golf, Mercedes B200 ED, Honda Fit EV, Fiat 500 E, notamment. « Là où une loi zéro émission a été adoptée, les manufacturiers ont été forcés d’inventer et d’offrir de nouveaux modèles de voitures électriques », analyse-t-il.

Déjà, une dizaine d’États américains ont adopté des lois similaires à celle étudiée à Québec, dont la Californie et l’État de New York. Au total, c’est le tiers du marché américain qui est soumis aux quotas de véhicules électriques ou hybrides vendus par les constructeurs automobiles, sans quoi ceux-ci subissent de lourdes pénalités financières.

Une loi « zéro émission » était aussi dans les plans de l’ex-ministre et aspirante chef du Parti québécois Martine Ouellet, qui croit que cette mesure devrait s’appliquer avant 2018. Mathieu Lemay, député de Masson et porte-parole de la CAQ en matière d’environnement, a dit pour sa part souhaiter que cette mesure n’entraîne pas de hausse des coûts pour les consommateurs.

Le ministre David Heurtel a martelé, devant les participants sceptiques à la consultation de mardi, l’importance pour le Québec de trouver des moyens pour réduire de 20 % ses émissions de gaz à effet de serre sous le niveau de 1990 d’ici à l’année 2020, conformément à son engagement pris peu avant la Conférence de Paris sur le climat.

7 commentaires
  • Alain Lavallée - Abonné 17 août 2016 08 h 22

    Paresse ou mauvaise foi ?

    Une loi zéro-émission est essentielle pour que le Québec puisse avoir accès à des VÉ, À l'heure actuelle il est impossible d'acheter une e-Golf, et bien d'autres, car toute la production est vendue en Europe et dans quelques États qui ont des lois zéros émission... Le Maine, le Vermont , le Mass et NY ont de telles lois zero-emission, ce n'est pas un problème. Le problème, ce sont les concessionnaires qui ne veulent pas former leurs employés et qui refusent de vendre des VÉ (pas de frais d'entretien sur un VÉ ou presque)"

    Ils donnent raison à TESLA qui vend ses autos directement au consommateur et qui a une liste de pré-achat de 400 000 Tesla 3.... pas de demande mon oeil.... J'ai acheté un VÉ et j'ai dû attendre 3 mois... les concessionnaires n'en ont pas en cour... c'est inacceptable. Il y a nécessité d'une telle loi

    • Jean Santerre - Abonné 17 août 2016 11 h 27

      C'est exactement cela.
      Tout comme les manufacturiers ne voulaient pas installer de ceinture de sécurité, de système anti pollution ou trouvait normal d'utiliser de l'essence au plomb.
      Le fait est que les véhicules sans émissions sont moins chers et surtout disponibles dans les états ou les lois sans émissions ont cours.
      Qu’attendons-nous devant cette évidence.
      En plus, les gaz à effet de serre sont la moindre des nuisances si on considère les autres nombreux polluants émis par la combustion fossile.
      Et que dire du bruit des échappements des véhicules thermique qui dépasse souvent « l’entendement »

  • Jean Richard - Abonné 17 août 2016 08 h 28

    Zéro émission ?

    L'industrie automobile pourrait contester ce projet de loi simplement en avançant que des véhicules zéro émission, ça n'existe pas encore. Quand une Leaf ou une Tesla arrive dans la cour d'un vendeur de voitures, elle a déjà consommé beaucoup de combustibles fossiles et sorti du sous-sol quelques tonnes de carbone.

    La lutte contre les changements climatiques est un faux prétexte. Si le gouvernement québécois voulait vraiment diminuer les émissions de gaz à effet de serre, c'est clair qu'il s'y prendrait d'une autre façon car ce n'est pas en forçant l'industrie à vendre des voitures pleines de batteries qu'il va y arriver. Et ce n'est pas en perpétuant le modèle automobile, à pétrole ou à batteries, qu'on va y arriver.

    On aime bien penser qu'il y a, derrière la politique, de puissants lobbies reliés à l'industrie du pétrole et à celle de l'automobile. C'était vrai. Mais ils ne sont pas seuls. Derrière les pouvoirs politiques régionaux, le gouvernement du Québec en est un, il y a d'autres lobbies industriels qui salivent à l'idée de tirer profit d'un réseau de distribution parallèle d'électricité, réseau privatisé on s'entend, mais dont la mise en place aura été en grande partie payée par les contribuables. Il y a aussi les industriels de la batterie, qui voient flotter les profits – car les batteries des voitures rechargeables représentent une proportion considérable du coût de ces voitures, et contrairement à la croyance influencée par la publicité, ces batteries ne sont pas éternelles.

    La vertueuse voiture électrique que le Québec veut imposer par le biais de lois, c'est une troisième voiture, faible autonomie oblige. Si les Québécois ne veulent pas de troisième voiture, c'est tant mieux. C'est plus sain pour l'environnement – et pour l'économie.

    • Jean Santerre - Abonné 17 août 2016 11 h 21

      Personne ne prétend que la voiture électrique est LA seule et unique solution aux problèmes environnementaux ni qu’elle n’a pas d’empreinte écologique.
      Le transport collectif est effectivement trop peu valorisé, mais la voiture électrique est une meilleure alternative que de perpétuer la combustion fossile, ce qui fait partie de la lutte contre le changement climatique.
      Les batteries ne sont pas éternelles, mais semblent être extrêmement durables.
      http://roulezelectrique.com/aucune-batterie-volt-r

      La question à se poser n’est-elle pas : Combiens de temps garde-t-on un litre d'essence et quel est son taux de récupération ou de recyclage?
      Chaque litre d'essence sera brûlé le plus rapidement possible en laissant dans l'atmosphère des résidus nocifs non recyclables.
      Les batteries de voiture électrique trouvent aussi d’autres usages éventuels.

      Nissan http://insideevs.com/larger-energy-storage-build-f
      BMW: http://insideevs.com/bmw-rolls-i3-powered-energy-s
      Daimler: http://insideevs.com/daimler-establishes-mercedes-

      Combien de moteur ou de transmission de véhicule traditionnel ont dû être remplacés pendant cette durée?
      Ensuite elles peuvent encore être récupérées : http://insideevs.com/bmw-group-france-commissioned
      Il suffit de peu de recherche pour éviter de tomber dans le piège de conclusion hâtive.

  • Bernard Terreault - Abonné 17 août 2016 08 h 49

    Idiot

    "Forcer" les gens à acheter des autos électriques est débile. Taxez plutôt les véhicules géants genre VUS, 4X4, pickups, taxez plus l'essence, investissez dans le transport public.

  • Jacques Morissette - Abonné 17 août 2016 09 h 40

    Le gouvernement s'y prend mal de poser ce genre de geste, si son intention est de peaufiner son image dans sa lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. La population n'est ou ne sera pas dupe de pareil stratagème si rien n'est amélioré avec le temps, même en cherchant à faire croire le contraire.

  • André Mongrain - Abonné 17 août 2016 21 h 30

    Chercher l'erreur !!

    Vouloir obliger les compagnies à offrir un plus grand choix de modèle, et en même temps investir dans l'exploration et sûrement l'exploitation de pétrole de schiste fort probablement à Anticosti, incomprehensible mais avec le gouvernement qu'on as on ne peux s,attendre à mieux.