La FTQ s’oppose malgré les dissensions

La FTQ, qui compte plusieurs membres dans le secteur industriel, déplore notamment la faible création d’emplois associée au pipeline de TransCanada.
Photo: iStock La FTQ, qui compte plusieurs membres dans le secteur industriel, déplore notamment la faible création d’emplois associée au pipeline de TransCanada.

Le projet de pipeline Énergie Est créera peu d’emplois à long terme, n’améliorera pas la sécurité énergétique du Québec, nuira à la lutte contre les changements climatiques et n’obtiendra jamais l’acceptabilité sociale nécessaire. C’est ce que conclut la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) dans le mémoire préparé en vue des audiences du BAPE qui ont été annulées au printemps dernier. Une position qui ne fait pas l’unanimité au sein de la centrale syndicale.

Le mémoire d’une vingtaine de pages obtenu par Le Devoir présente un verdict sans appel contre le projet de transport de pétrole des sables bitumineux. « Pour la FTQ, la pertinence du projet Énergie Est doit être remise en question en raison du grand nombre d’inconvénients et du peu d’avantages qu’il comporte pour le Québec », souligne l’organisation représentant 600 000 membres dans ce document achevé en avril 2016. Il devait être présenté au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement, mais l’évaluation a été suspendue avant la présentation des mémoires.

La centrale, qui compte plusieurs membres dans le secteur industriel, déplore notamment la faible création d’emplois associée au pipeline de TransCanada. « Le projet ne contribuera que marginalement à l’emploi, mis à part durant la phase de construction », affirme ainsi la FTQ, en soulignant que, une fois construit, Énergie Est devrait générer 33 emplois directs durant la phase d’exploitation. Selon la pétrolière, le pipeline pourrait être exploité dès 2021, après avoir été approuvé en 2018.

Pour un même investissement, beaucoup plus d’emplois sont créés dans les secteurs verts

 

La FTQ reconnaît que le projet entraînera des retombées économiques, mais elle estime que le gouvernement Couillard devrait évaluer si le fait de favoriser ainsi la croissance du secteur pétrolier aura des conséquences néfastes sur d’autres secteurs « plus vulnérables » aux changements climatiques, dont le tourisme, l’agriculture et la foresterie. La centrale juge aussi qu’il faudrait chiffrer les impacts sur l’emploi dans le secteur manufacturier, défavorisé par un dollar canadien poussé à la hausse par la flambée des prix du pétrole au cours des dernières années.

Ce rejet pur et simple de la FTQ n’est pas partagé par tous les syndicats affiliés à la centrale, puisque la FTQ-Construction a appuyé à plusieurs reprises la construction du pipeline de TransCanada. Pour ce syndicat représentant 77 000 travailleurs, le projet Énergie Est serait bénéfique pour « le développement économique de plusieurs régions du Québec », en plus de créer des milliers d’emplois.

Croissance insoutenable

« Pour la FTQ, l’avenir de l’emploi ne passe pas par les projets visant à exporter le pétrole des sables bitumineux, insiste en outre le mémoire. Nous ne voulons pas d’une croissance économique insoutenable qui ne s’inscrit pas dans une logique de développement durable. »

L’organisation juge du même souffle que « pour un même investissement, beaucoup plus d’emplois sont créés dans les secteurs verts de l’économie — comme l’efficacité énergétique, les énergies propres et le transport collectif — que dans le secteur des combustibles fossiles, ce qui comprend la construction de pipeline ». Qui plus est, la « transition vers une économie plus propre présente un potentiel très intéressant » pour le secteur de la construction, selon la FTQ.

Ce rejet très net du projet de la multinationale albertaine ne signifie pas que la centrale syndicale s’oppose à tous les projets de pipelines. Elle avait d’ailleurs appuyé l’inversion de la ligne 9B d’Enbridge, qui transporte du pétrole de l’ouest vers Montréal. Le projet permettait d’accroître la « sécurité énergétique » du Québec, affirme la FTQ. Or, ce ne serait pas le cas d’Énergie Est.

Le mémoire rappelle ainsi que ce pipeline « est d’abord et avant tout » conçu pour faciliter l’exportation de pétrole des sables bitumineux, dans un contexte de croissance de l’industrie et alors que les projets de pipelines vers la côte ouest sont bloqués. « Son objectif principal n’est pas d’améliorer la sécurité énergétique du Québec, contrairement à ce que prétendent les partisans du projet. »

Dans le meilleur des scénarios actuellement sur la table, pas moins de 900 000 barils transportés chaque jour par le pipeline seraient destinés à l’exportation, soit plus de 80 % du pétrole. Et jusqu’à 300 000 barils transportés chaque jour à travers le territoire québécois seraient importés des États-Unis.

Climat ou pipeline

À l’instar de nombreuses autres organisations, la FTQ souligne aussi les impacts climatiques liés à un tel projet. « La construction de cet oléoduc est profondément irréconciliable avec la lutte contre les changements climatiques et la protection de l’environnement », peut-on lire dans le mémoire.

Alors que la science plaide clairement pour une réduction majeure des émissions de gaz à effet de serre au cours des prochaines années, l’organisation syndicale juge qu’il est insensé de construire un pipeline dont l’exploitation est prévue pour plusieurs décennies. Selon la FTQ, une telle infrastructure ne peut qu’accentuer la crise climatique, et ce, au détriment des « générations futures ».

Enfin, conclut la centrale, « il n’y a pas d’acceptabilité sociale pour ce projet et elle sera vraisemblablement très difficile, voire impossible, à obtenir ».

 

10 commentaires
  • Salah-Eddine Khalfi - Inscrit 11 août 2016 05 h 16

    La FTQ a tout à fait raison.

    Et je défie n'importe quelle instance gouvernementale ou les nombreux lobbyistes de nous démontrer le contraire.

  • Yves Petit - Inscrit 11 août 2016 07 h 21

    De la vision

    Bravo à la FTQ pour cette prise de position contre Énergie Est. On aimerait que nos dirigeants politiques fassent preuve d'une vision de l'avenir aussi grande que cette centrale syndicale.

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 11 août 2016 08 h 23

    Bravo à la FTQ

    J'aimerais ajouter que:

    La dissension...en démocratie, c'est en pourcentage des voix que ça se règle!
    et
    Il n'y a pas d'acceptabilité sociale pour l'oléoduc de Trans Canada/Énergie Est....

    TCEE c'est aussi : Tous Contre Énergie Est...

    Bon retour de vacances M. Shields...

  • Gilles Théberge - Abonné 11 août 2016 10 h 12

    C'est le ministre de l'environnement du Québec qui devrait tenir un tel discours!

  • Yvon Pesant - Abonné 11 août 2016 10 h 13

    Discours TransCanada vs analyse FTQ

    Emplois nombreux, retombées économiques impressionnantes, sécurité énergétique améliorée, etc., dans le discours de TransCanada.
    Peu d'emplois, peu de retombées et exportation du pétrole sale de l'Ouest canadien vers l'étranger, problèmes environnementaux, etc., dans l'analyse de la FTQ.

    Quand une centrale syndicale d'importance comme la FTQ, qui représente le monde du travail à toutes sortes d'enseignes, en arrive à semblable conclusion....
    ....Ben! il serait bien, effectivement, que nos élus en prennent acte et se disent qu'il y a plus à perdre collectivement et globalement parlant qu'à gagner pour trop peu de gens dans cette histoire d'or noir très noire.