Les écologistes demandent à Québec de laisser de côté son projet de loi

La plateforme de forage Bourque, située en Gaspésie
Photo: Pétrolia La plateforme de forage Bourque, située en Gaspésie

Québec — Une cinquantaine de groupes citoyens et environnementaux demandent au gouvernement Couillard d’empêcher les sociétés pétrolières et gazières de devenir « maîtres chez nous ».

Selon le Front commun pour la transition énergétique, un chapitre du projet de loi 106, déposé le 7 juin dernier à l’Assemblée nationale, ouvre la porte au développement de cette filière polluante sur l’ensemble du territoire québécois.

Le regroupement d’organismes a publié une lettre ouverte adressée au premier ministre Philippe Couillard, vendredi, lui demandant de retirer le projet de loi sur les hydrocarbures du document intitulé Loi concernant la mise en oeuvre de la Politique énergétique 2030 et modifiant diverses dispositions législatives.

Les écologistes affirment que le projet de loi accorde aux entreprises titulaires de licences des droits d’accès et d’expropriation prépondérants sur ceux des citoyens qui possèdent la surface du sol. Ces entreprises auraient aussi des droits privilégiés par rapport aux schémas d’aménagement, aux règlements de zonage et aux règles des municipalités sur les puisements d’eau.

« Le volet du projet de loi 106 qui porte sur les hydrocarbures ouvre la porte, à notre avis, à l’exploitation des hydrocarbures au Québec, dit le directeur principal d’Équiterre, Steven Guilbeault, en entrevue avec La Presse canadienne. C’est un risque tant au niveau économique que social et environnemental, qui est inacceptable. »

Discours contradictoire

Le Front commun reconnaît que le projet de loi libéral contient aussi des dispositions intéressantes sur la transition énergétique, mais il estime que le chapitre sur les hydrocarbures est totalement à contre-courant. Selon Steven Guilbeault, le gouvernement dit « une chose et son contraire » et la partie sur les hydrocarbures du projet de loi 106 devrait être complètement délaissée.

« À cause du pétrole, l’Alberta a un déficit qui dépasse, cette année, les huit milliards [de dollars]. La province a des décennies d’expertise en développement des hydrocarbures et nous, au Québec, on part de rien. »

En avril, le gouvernement albertain prévoyait même un déficit de 10,4 milliards pour l’exercice financier 2016-2017.

Étant donné le contexte, l’idée que le Québec pourrait tirer profit de projets d’exploitation pétrolière et gazière est selon lui illusoire et utopique.

M. Guilbeault considère par ailleurs que la Norvège — qui exploite ses propres hydrocarbures tout en effectuant une transition énergétique — n’est pas un exemple comparable au Québec. Le virage de ce pays scandinave a été amorcé il y a des années, a-t-il souligné, alors que le Québec n’en est pas là.

Pour Martine Chatelain, de la Coalition Eau Secours !, les citoyens qui croyaient à l’existence d’un moratoire sur le gaz de schiste et la fracturation hydraulique se trompaient. Mme Chatelain ajoute que si le projet de loi sur les hydrocarbures était adopté, ce type d’exploitation serait possible, même dans la vallée du Saint-Laurent.

Le projet de loi 106 doit faire l’objet de consultations en commission parlementaire à compter du 16 août.

6 commentaires
  • Bernard Plante - Abonné 1 août 2016 08 h 37

    Toujours la même stratégie primitive

    Inclure certaines mesures intéressantes pour camoufler la véritable intention pour, par derrière ouvrir la porte bien grand à l'industrie pétrolière. Lassant à la longue de se faire prendre pour des imbéciles par des imbéciles.

  • Michele Laverdure - Abonnée 1 août 2016 09 h 05

    Besoin d une grande vigilance

    Les articles de ce projet de loi sur les hydrocarbures sont réellement consternants
    C est pas une anguille qu il y a sous roche mais un dinosaure!!
    De faire passer cela en douce au milieu d aout et enfoui au milieu d un projet de loi
    c est du machiavélisme

    Cuidado Carefull Attention

  • Gilles Théberge - Abonné 1 août 2016 09 h 57

    Je suis prêt!

    S'il y a une large mobilisation je suis prêt à y participer.

    Ce n'est pas vrai que nous allons regarder passer ce train mortifère sans mot dire.

    J'espère qu'il y a beaucoup de Québécois sensibles à cette nouvelle arnaque du gouvernement libéral.

    A n'en pas douter, c'est bien d'une arnaque qu'il s'agit. On voit vraiment le genre de lit dans lequel se couche Couillard.

    Mobilisons-nous!

    • Louise Collette - Abonnée 2 août 2016 08 h 25

      Je suis d'accord, je le dis depuis longtemps, il faut sortir en masse et manifester.

  • Daniel Bérubé - Abonné 1 août 2016 14 h 23

    Attendez... m'a vous arrager ça...

    Pssstt ! Mr. Couillard ! V'nez icitte un peu...

    Venez pas me dire que vous avez pensé à vendre Hydro-Québec afin de réinvestir tout ce revenu dans le pétrole Québécois ! Aie ! ça prend bien une lumière comme vous pour penser à ça ! Comment ?? Ah oui, de par le surplus de pétrole mondial que ça occasionnera, le pétrole chutera en prix, ce qui fait que nous pourrons avoir du pétrole à 0.85 cent du litre ! WOW ! Et ceci ne nous demandera qu'environ 100 milliards d'investissement ?!?! Plus évidemment le début de l'importation d'eau potable... oui, je comprend, mais... ah! Un pipe-line pour l'eau potable pourra s'installer pour alimenter le QUébec ? Merveilleux ! Mais vous craignez par contre que les pétrolières s'y oppose, advenant qu'un pipe-line d'eau fuirait et viendrait contaminer leur pétrole... ??

    Aie, Mr. Couillard ? Mr. Couillard ?! Comment ? Ah, tout ce travail vous a fatigué, et vous êtes brûlé ...

    Mais... n'étiez-vous pas une lumière tout à l'heure ?? Oh! oh! lumière... brûlé..., c'est pu une lumière !!!

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 2 août 2016 07 h 59

    La loi 106, une trahison

    L’article 55 du chapitre III de la loi 106 cède aux pétrolières le droit d’expropriation.

    Concrètement, ce nouveau pouvoir accordé aux pétrolières signifie que si un citoyen refuse de vendre son terrain ou s’il demande un prix jugé excessif par la compagnie, celle-ci pourra s’en emparer de force et verser à l’ancien propriétaire le prix qui lui convient.

    Il ne s’agit plus de soumettre les propriétaires de terrains à la volonté des pétrolières par le biais du pouvoir corrupteur de l’argent. Il s’agit d’anéantir toute résistance à leur volonté, même par ceux qui veulent leur tenir tête en raison de leurs convictions personnelles.

    En somme, l’article 55 de cette loi, c’est une capitulation de l’État qui, au lieu de défendre le territoire national, l’offre à la convoitise irrépressible d’intérêts étrangers.

    Comme une brebis dont on attache les pattes et qu’on soumet à la prédation d’une meute de loups.

    C’est un pouvoir absolu, accordé sans condition à des intérêts privés afin de leur permettre de faire main basse sur tout territoire convoité et d’obliger leurs propriétaires à le céder — sous la menace d’expropriation — au plus faible prix possible. En somme, il s’agit d’un pouvoir d’extorsion accordé légalement aux pétrolières.

    De mémoire d’homme, je ne rappelle pas d’avoir connu un gouvernement aussi enclin à trahir effrontément les intérêts supérieurs de la Nation.

    À mon avis, pour cette trahison du peuple québécois, ce ministre est indigne de sa fonction. Conséquemment, il doit démissionner ou, à défaut, être démis de ses fonctions.