Le train électrique nuira à des espèces menacées

Une maquette du projet. Il pourrait forcer l’expropriation d’une trentaine de propriétés.
Photo: CDPQ Infra Une maquette du projet. Il pourrait forcer l’expropriation d’une trentaine de propriétés.

Le grand projet de train électrique de la Caisse de dépôt et placement du Québec ne se fera pas sans heurts : il pourrait entraîner l’expropriation d’une trentaine de ménages, perturber l’habitat de certaines espèces et forcer la démolition partielle d’un édifice patrimonial de Montréal.

Même si la Caisse dit souhaiter minimiser les impacts négatifs de son Réseau électrique métropolitain (REM), il reste que son tracé de 67 km aura nécessairement des conséquences sur les quelque 150 terrains qu’il devra traverser, de la Rive-Sud de Montréal à Deux-Montagnes, en passant par le secteur de l’aéroport et l’Ouest-de-l’Île.

Les travaux auront notamment des impacts sur la couleuvre brune, dont l’habitat sera perturbé par le bruit et la vibration. « Mortalité accidentelle de spécimens », lit-on à propos du serpent dans le document que CDPQ Infra, la filiale de la Caisse menant à bien le projet, a préparé en vue d’une possible audience sur le projet de train électrique par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement [BAPE]. Situation moins dramatique pour le petit blongios, un oiseau dont l’habitat serait temporairement affecté par les travaux de construction.

80 % du tracé passe par des lignes de train ou des axes routiers existants. On voulait un tracé qui avait le moins d’impact possible sur les propriétés.

La rainette faux-grillon, cette espèce menacée protégée par le gouvernement fédéral, ne sera finalement pas affectée par le trajet du train. Mais puisque les zones d’habitat de la grenouille sont situées à proximité du tracé envisagé, des « mesures » seront prises durant la période des travaux afin que le chantier n’ait aucune incidence sur celles-ci, promet l’étude.

Par contre, « une trentaine de propriétés résidentielles sur l’ensemble du tracé pourrait devoir subir un déménagement ou une démolition partielle », est-il écrit dans l’étude d’impact sur l’environnement. Selon le porte-parole Jean-Vincent Lacroix, ces maisons sont en majorité aux abords de la ligne Deux-Montagnes, au nord de Roxboro, et dans l’Ouest de l’Île. En revanche, « 80 % du tracé passe par des lignes de train ou des axes routiers existants. On voulait un tracé qui avait le moins d’impact possible sur les propriétés », a-t-il expliqué.

 
Achalandage

Et puis le projet de REM, évalué à 5,5 milliards de dollars, n’a pas que des impacts négatifs, a rappelé M. Lacroix. L’étude d’impact du système, qui serait en service tous les jours, 20 heures par jour, projette des données d’achalandage qui laissent entrevoir le caractère rentable du projet, financé en partie par l’épargne des Québécois. De 22,4 millions en 2013, le nombre de passages dans les services de transports collectifs de la région métropolitaine passerait à 35,3 millions en 2021, puis à 42,2 millions en 2031, selon les prévisions des firmes indépendantes Hatch et CIMA +, qui ont réalisé l’étude.

Léger désagrément en vue pour les utilisateurs de la ligne Mascouche : ceux-ci n’auraient plus accès directement au centre-ville, car ils auraient à sortir du train dans une nouvelle gare située à la hauteur de l’autoroute 40, pour ensuite prendre place dans le REM.

« En raison du transfert modal des usagers de la route vers le transport collectif, ainsi que son alimentation électrique, le projet permettrait de réduire les émissions de gaz à effet de serre de l’ordre de 16 800 tonnes par année à la mise en service », indique aussi le document. « À Montréal, le projet permettrait également de réduire de manière significative les nuisances sonores, visuelles et atmosphériques liées au passage des autobus dans le quartier Griffintown », y note-t-on également.

Griffintown épargné

Au sujet de ce quartier, Jean-Vincent Lacroix estime que l’équipe de 400 experts affectés à la préparation du projet a « travaillé très fort ». Le tracé révisé du REM ne menace plus les édifices du New City Gas et Drummon-McCall, pas plus qu’il ne met en péril la survie des bâtiments du quadrilatère formé par les rues Wellington-Ann-Brennan. Des travaux pourraient cependant entraîner la démolition partielle de l’arrière de l’édifice Rodier. « D’autres options sont toutefois encore analysées pour éviter complètement de toucher à cet édifice à caractère patrimonial », fait savoir l’étude.

Les documents produits par CDPQ Infra, qui totalisent des milliers de pages, sont accessibles au public pendant toute la période d’information et de consultation prévue par le BAPE. C’est au cours de cette période, qui dure 45 jours, qu’une personne ou un groupe pourra exiger la tenue d’une audience publique sur le projet. La responsabilité incombe ensuite au ministre de l’Environnement de fournir au BAPE un mandat d’enquête et d’audience publique. Au moment de déposer son étude d’impact, CDPQ Infra a manifesté son désir de participer à une audience publique. Le processus d’évaluation environnemental n’aura aucun impact sur l’échéancier de construction du REM, qui doit entrer en service en 2020.

10 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 29 juillet 2016 07 h 22

    Pas le pire

    Le principal défaut environnemental du projet REM est qu'il va trop loin en banlieue, jusqu'à Sainte-Marthe au Nord-Ouest et jusqu'au Dix-30 au Sud-Ouest, et encouragera ainsi l'étalement urbain. La priorité devrait être de soulager le métro surchargé aux heures de pointe, et desservir la banlieue proche, où il y a encore plein de terrains vagues à bâtir -- au lieu de dézoner les meilleures terres agricoles du Québec ou de raser des boisés ou de combler des marécages ou d'empiéter sur nos collines montérégiennes.

  • Salah-Eddine Khalfi - Inscrit 29 juillet 2016 08 h 07

    Le train électrique: un mal nécessaire.

    s'il fallait choisir entre le pétrole de shiste qui va inéxorablement empoisonner nos cours d'eau et détruire des habitats fragiles tels ceux présents sur l'Île d'Anticosti (dorénavant sous silence médiatique) et le train électrique, sans hésiter j'opterais pour ce dernier. Tôt ou tard il faudra s'y résigner. L'avenir n'appatient plus au pétrole mais à des énergies propres et renouvelables.

  • Jean Richard - Abonné 29 juillet 2016 08 h 12

    Et si c'était le contraire ?

    « En raison du transfert modal des usagers de la route vers le transport collectif, ainsi que son alimentation électrique, le projet permettrait de réduire les émissions de gaz à effet de serre de l’ordre de 16 800 tonnes par année à la mise en service »

    En ouvrant plus grand les portes de la banlieue et en incitant à l'étalement urbain, c'est peut-être le contraire qui va se produire : une augmentation de l'usage de véhicules routiers. Car il faut savoir que ce RÉM, c'est d'abord et avant tout un projet de banlieue. Et ce n'est pas demain la veille que la banlieue va sortir de sa dépendance (toujours croissante) à l'automobile.

    Et comme les projets de mobilité urbaine sont remisés pour encore longtemps, un centre-ville délaissé ne sera plus prisé par l'activité économique.

  • Christian Montmarquette - Abonné 29 juillet 2016 08 h 39

    Trop de monde c'est comme pas assez


    Je vais sans doute plaire aux nationalistes identitaires ce matin même si ce n'est pas pour les mêmes raisons, parce que je crois que l'incessante augmentation de la démographie n'est pas étrangère à surcharge du réseau routier et à l'agression écologique du territoire au Québec

    Je ne suis pas spécialiste en la matière. Mais à raison de 50,000 immigrants par année, c'est plus de un million de personnes de plus que le Québec accueille depuis 20 ans sous les gouvernements péquistes et libéral confondus. Ce qui doit faire un bon paquet de voitures sur la route de plus. Et ce, c'est sans compter tous le développement sauvage du parc immobilier et l'étalement urbain souvent dans des zones sensibles écologiquement.

    Je ne sais pas pourquoi on s'entête à faire entrer autant de monde au Québec, alors qu'autant le système social que le système routier ne parviennent déjà plus depuis longtemps pas à répondre adéquatement aux besoins de population en place.

    Un ami à moi mets parfois presque deux heures allé et deux heures retour pour se rendre de la banlieue Nord à son emploi à Montréal, alors que le même trajet prend normalement 30 minutes en dehors des heures de pointes sur l'autoroute 15.

    Pour dire les choses simplement, je crois que nous lorsqu'on aborde la question de l'environnement, nous devrions penser la chose prioritairement, non pas en termes de CO2, de pétrole, de produits chimiques ou que sais-je, mais en termes d'une augmentation exagérée de la population et toute la consommation polluante qu'elle entraine.

    Ici comme ailleurs, en haut de la chaine des problèmes, ce sont les êtres humains qui devraient être dans la mire des écolos. S'il y avait moins de monde, il y aurait, moins de voitures; moins de consommation de pétrole; moins de sacs de plastics partout; moins de pollutions dans l'air et dans l'eau; moins de destruction des zones humides et moins d'abus des ressources de la Terre en général.

    Christian Montmarquette

  • Michel Duval - Abonné 29 juillet 2016 09 h 02

    Espèces menacées

    Train électrique espèces menacées, voitures toutes les espèces menacées... Que de faux dilemmes quand on se place dans la perspective d'une écologie militante plutôt qu'agissante. Il faut limiter l'impact, pas l'audace du projet!