Hydro-Québec est accusée de lésiner sur les solutions de rechange

L'Association québécoise de lutte à la pollution atmosphérique (AQLPA) et le petit groupe environnemental, Stratégies énergétiques, accusent Québec et sa première société d'État, Hydro-Québec, de reporter constamment les échéances dès qu'il s'agit des solutions de rechange aux moyens de production dont on facilite pourtant le développement, même les filières polluantes comme le thermique.

Dans une lettre adressée hier au ministre des Ressources naturelles, Sam Hamad, les deux organismes, membres fondateurs de la coalition Québec-vert-Kyoto, réclament un réel et immédiat «déblocage» des différents dossiers de solutions de rechange au projet de centrale thermique du Suroît.

Devant l'opposition généralisée à ce projet, Québec l'a envoyé à la Régie de l'énergie pour qu'on détermine si on peut le remplacer par des solutions plus acceptables, comme l'économie d'énergie ou des types de production moins dommageables pour l'environnement. Mais l'AQLPA demande au ministre de mettre Hydro-Québec au pas devant sa résistance à faire évoluer le dossier des énergies alternatives.

Dans leur lettre adressée au ministre Hamad, les deux groupes rappellent qu'Hydro-Québec vient de demander à la Régie de reporter en 2005, soit après l'étude du dossier Suroît, la révision de son plan d'efficacité énergétique. Or, l'an dernier, la Régie a demandé à Hydro-Québec de préparer un plan contenant «des objectifs plus ambitieux».

En 1993, Hydro-Québec estimait pouvoir économiser 27,6 TWh au Québec. Dix ans plus tard, explique André Bélisle de l'AQLPA, elle a réduit ce potentiel à 8,5 TWh, un objectif néanmoins supérieur aux 6,5 TWh que doit produire le Suroît. Or Hydro-Québec ne cible maintenant que des économies annuelles de 0,75 TWh, ce qui correspond à 9 % du potentiel déterminé par ses services.

D'autre part, Hydro vient tout juste de demander à la Régie de reporter le plan qu'elle est censée présenter en 2004 pour réformer ses structures tarifaires afin d'encourager l'économie d'énergie et la gestion de la demande, y compris une réforme de ses tarifs d'énergie interruptible et de bi-énergie, réclamée par la Régie depuis... 2002.

De plus, à deux reprises en 2000 et en 2002, Hydro-Québec a obtenu de la Régie de pouvoir remettre l'examen de propositions déposées par des groupes environnementaux pour légaliser au Québec, comme dans plus de

30 États américains, la production domestique d'électricité. Ces petits autoproducteurs, comme on les appelle (comprenant de petits commerces), produisent avec du photovoltaïque ou de l'éolien pour leurs besoins, mais écoulent leur surplus de production dans le réseau, ce qui inverse le fonctionnement du compteur domestique.

Enfin, notent l'AQLPA et Stratégies Environnement, Québec «retarde» l'adoption des codes de construction, ce qui permettrait de réduire de 25 % la consommation énergétique des nouvelles maisons et d'économiser 1 TWh par an d'ici à 2010. Les deux groupes soulignent enfin l'opposition d'Hydro-Québec au développement de la filière éolienne par ses services, ce qui permettrait d'optimiser cette production en la jumelant avec la gestion des barrages.
1 commentaire
  • Daniel Henry - Abonné 20 février 2004 06 h 34

    et les autres impacts de la filière économie?

    Je ne reviens pas sur la nécessité de penser économie pour ses effets positifs sur de l'environnement. En fait, en toute conscience, on a déjà même plus le choix à ce niveau et notres responsabilité «générationnelle» est grande. Surtout qu'il ne s'agit pas d'une quesiton de vie ou de mort, mais d'augmenter encore la liberté de consommer dans une société déjà marquée par l'abondance!

    Mais regardons plutôt les choses d'une façon positive: l'économie d'énergie exige des connaissances et un savoir-faire, et on est loin d'avoir fait le tour de la question. Cette «filière» est potentiellement génératrice d'emplois et de valeur ajoutée: la recherche pour de nouveaux procédés, la production des biens et services pour la mise en oeuvre, et la mise en oeuvre elle-même et l'expertise à proposer à l'exportation. Tout cela aura une valeur sur les marchés pour les générations montantes. Au lieu de penser «plus» de production, penser «mieux» de production est un défi beaucoup plus prometteur pour l'avenir.

    Apprenons de l'histoire. Quand la lutte contre la pollution a pris son essort il y a 30 à 40 ans, l'industrie papetière devait mourrir face à la concurrence qui n'aurait à supporter ces coûts; c'est du moins ce que prédisaient certains. 30 ans plus tard le bilan est tout autre: il a certes fallu investir assez lourdement, en recherche d'abord, puis dans la mise en oeuvre, mais les coûts de production ont baissé,,la qualité s'est améliorée et la concurrence a été plus facile à soutenir. Au passage on a généré des nouveaux produits, et une expertise qui se vendent bien et sont de nouvelles sources de profit et d'emploi. Et l'aventure continue. En prime la nature a non seulement été sauvagardée, mais même restaurée. Au total, on pourrait presque dire que nous avons eu de la chance d'avoir à lutter contre la pollution!

    Cette approche apportera des changements avec peut-être des inconvénient pour certains, des contraintes pour d'autres, il faudra trouver des ressources pour investir, mais je ne vois là rien d'insurmontable si vision et volonté sont là.

    Pourquoi ne pas répéter l'expérience avec les économies d'énergie?