Le sexe des poissons: Daniel Green s'interroge sur le travail d'Ottawa

Le président de la Société pour vaincre la pollution, Daniel Green, se demande où sont passés tous les rapports sur les «contaminants oestrogéniques» que les papetières doivent remettre à Environnement Canada et «qu'est-ce que ce ministère a fait au cours des dernières années pour réduire leurs impacts dans les cours d'eau québécois?».

Réagissant à l'étude de chercheurs de l'Institut Armand-Frappier et d'Environnement Canada sur la féminisation importante de certains poissons mâles dans le Saint-Laurent et l'Outaouais, publiée hier par Le Devoir, la SVP se demande si toutes les données soumises par les papetières en vertu des exigences fédérales sur la qualité de leurs effluents ont été compilées ou si elles dorment au fond d'une cave, car, précise Daniel Green, «on n'a pas vu Environnement Canada imposer des contraintes de rejets particulières à des papetières afin de limiter leurs rejets», comme le permet la réglementation.

Selon l'étude des chercheurs de l'Institut Armand-Frappier, les taux les plus élevés de féminisation des ménés «queues à taches noires» de sexe mâle atteignaient à certains endroits entre 30 et 50 %. Les plus hauts taux ont été relevés en aval de l'émissaire de la Ville de Montréal, ce qui amène le président de la SVP à poser une autre question: «Comment se fait-il que le règlement fédéral destiné à imposer des normes de rejet aux effluents des usines d'épuration municipales n'ait pas été adopté après avoir fait l'objet d'une consultation publique?» Ce projet de règlement avait suscité des résistances dans certaines provinces qui voyaient mal l'éventuel règlement fédéral imposer des normes de rejet à des équipements qu'elles avaient financés à des taux de 80 à 90 %, comme au Québec. À ce sujet, Daniel Green se demande si Ottawa n'a pas reculé devant la crainte que les provinces et les municipalités lui demandent d'ouvrir ses coffres pour financer la modernisation de leurs usines d'épuration, rendue nécessaire par d'éventuelles normes de rejets des «produits organiques persistants», les «POP's», comme on les appelle en anglais.

Pour Louise Vandelac, directrice du Centre interdisciplinaire sur la biologie, la santé et l'environnement (CINBIOSE), «on doit s'étonner que le problème des modulateurs endocriniens, oestrogéniques ou androgéniques, n'apparaisse pas au sommet des priorités environnementales et de santé publique de nos gouvernements. Ça fait 50 ans qu'on connaît la gravité des atteintes attribuables aux modulateurs endocriniens, et c'est encore plus surprenant d'apprendre qu'on vient tout juste de découvrir leurs impacts bien réels dans la chaîne alimentaire aux portes de Montréal. Ce retard s'explique sans doute par le fait que Québec a démembré, il y a deux ans, son équipe de spécialistes en assainissement industriel à Montréal. Et c'est sans doute aussi relié au fait que le Québec sépare la gestion de la faune et de l'environnement, que les autorités fédérales ont eu la sagesse de regrouper pour pouvoir gérer efficacement le dossier».

On n'a pas encore établi la gravité des atteintes au système reproducteur des hommes et des femmes au Québec en raison de la présence des «imposteurs» endocriniens dans l'eau et la chaîne alimentaire, des molécules chimiques dont la présence dans l'organisme induit des changements aux cellules comme s'il s'agissait de véritables signaux hormonaux.

Mais, dit-elle, les méta-analyses réalisées par Carlson en 1992 et confirmées il y a trois ans indiquent, par exemple, qu'aux États-Unis la fertilité des hommes aurait chuté de 1 % par année depuis 50 ans en raison de la présence de ces contaminants chimiques capables d'altérer les mécanismes de reproduction. Selon la première de ces grandes études, en Europe et en Amérique, la quantité moyenne de sperme produite par les hommes a chuté de 3,4 ml en 1940 à 2,5 ml au début des années 90. Et le nombre de spermatozoïdes a aussi chuté de 113 millions par millilitre dans les années à 40-60 millions aujourd'hui. Si le taux de fertilité ne s'en est pas ressenti encore, à long terme, cette réduction de la capacité de reproduction des humains pose d'importants problèmes sociaux, éthiques et environnementaux, conclut la chercheuse de l'UQAM.
1 commentaire
  • - Inscrit 17 février 2004 10 h 01

    Lorsqu'il comprendra...

    Lorsque l'homme comprendra que la fin ne justifie pas les moyens, que le marché à ses limites, qu'il est incohérent de laisser aux avares de ce monde la gestion de l'habitat, qu'il doit règlementer toute usage qui pourrait nuire à son milieu de vie, que l'effet de serre nous concernent tous, qu'il peut appeler rentabilité le principe de précaution, que nous pouvons vivre sans nous polluer à outrance, qu'une terre en santé est une richesse inestimable, que la mer est notre mère, que les rivières sont ses artères, qu'il est créateur, qu'il peut trouver des alternatives, que ses achats sont ses votes, qu'il doit dire son opinion avec honneur, qu'il peut être fier d'être un humain sur cette planète, que l'argent doit le servir et non le contraire, que le développement durable est possible et que "small is beautifull"... il prendra sa vie en main, en respectant celle des autres, pour la rendre plus pleine de sens.

    Olivier
    qui na pas tout compris!