Montréal exhorte les propriétaires à collaborer

«On recommande aux propriétaires de faire les travaux. On n’oblige pas», précise Chantal Morissette, directrice du service de l’eau à la Ville de Montréal.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir «On recommande aux propriétaires de faire les travaux. On n’oblige pas», précise Chantal Morissette, directrice du service de l’eau à la Ville de Montréal.

Dans son effort pour éliminer les vieux tuyaux de plomb du réseau d’aqueduc, la Ville de Montréal tente de faire bouger les propriétaires d’immeuble à l’aide d’un dépliant d’information... distribué aussi aux locataires.

Si vous habitez Montréal, vous faites peut-être partie des 360 000 foyers qui ont reçu une lettre de la Ville demandant de vérifier si votre entrée de service d’eau potable est en plomb. Tout en notant qu’il n’y a « aucun danger immédiat », l’administration municipale met les bouchées doubles pour changer les dizaines de milliers de tuyaux de plomb qui se trouvent toujours sous nos pieds. Avec ces dépliants, la Ville suggère aux propriétaires de mettre la main à la pâte, sans toutefois les y obliger.

Les bâtiments de huit logements et moins construits avant 1970 pourraient être liés à l’aqueduc municipal avec un tuyau d’eau potable composé de plomb, métal lourd toxique qui a la fâcheuse propriété de se dissoudre dans l’eau stagnante quand il fait chaud.

La Ville de Montréal s’est engagée, en 2006, à remplacer l’ensemble des 60 000 conduites faites de plomb de son réseau pour 2026. À mi-chemin dans l’échéancier, voilà que seulement 9000 remplacements ont été effectués. Pour rattraper le retard, la Ville doit donc passer en seconde vitesse.

Collaboration demandée

Montréal ne souhaite pas faire cavalier seul dans l’aventure de déplombage, puisqu’elle n’est responsable que d’une partie de chaque tuyau de raccordement. À partir de la rue, le tuyau public se raccorde à une section privée, de la responsabilité du propriétaire, comme la tuyauterie à l’intérieur du bâtiment. La collaboration des propriétaires de Montréal est donc essentielle pour retirer tout le plomb, mais la Ville ne peut la forcer. « On recommande aux propriétaires de faire les travaux. On n’oblige pas », précise Chantal Morissette, directrice du service de l’eau à la Ville de Montréal.

Le dépliant « L’eau de votre robinet répond-elle aux normes ? », distribué la semaine dernière par la Ville de Montréal, demande aux locataires de communiquer avec leur propriétaire ou un plombier pour s’assurer que leur entrée de service n’est pas faite de plomb. Aux propriétaires, il suggère de remplacer son bout de tuyau au moment où la ville procède à des travaux. « Si un propriétaire décide de remplacer son côté, même s’il n’y a pas de travaux prévus, la Ville s’engage à faire le sien », précise Chantal Morissette.

Cette offre ne plaît pas aux propriétaires, selon la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ). « Je ne peux pas m’imaginer que des propriétaires vont se lancer dans des travaux sans savoir quand la ville va procéder pour son bout », lâche le porte-parole Hans Brouillette. Selon lui, le dépliant distribué par la Ville inquiète les locataires, et met de la pression sur les propriétaires pour effectuer des travaux non urgents. « Les propriétaires attendent déjà après la Ville pour plein d’autres problèmes. On a des aqueducs en mauvais état, il y a des rues avec des fuites. La Ville a un problème de coordination », croit-il.

Les propriétaires qui veulent se débarrasser de leur tuyau en plomb devront débourser, selon les estimations municipales, environ 2000 $ pour une résidence située à environ 6 mètres de la rue. Alors que Toronto offre aux propriétaires une trousse pour tester chez soi la présence de plomb, Montréal suggère aux propriétaires de payer un laboratoire pour évaluer la présence du métal.

Niveaux en diminution

La Ville de Montréal se défend de vouloir inquiéter la population. « L’eau à Montréal demeure d’excellente qualité », précise Chantal Morissette.

L’eau du robinet n’a jamais provoqué d’intoxication au plomb, malgré la présence de ces tuyaux. À la Direction de santé publique de Montréal (DSP), on précise que les principaux dangers pour les enfants demeurent la peinture au plomb, toujours présente dans certaines vieilles maisons, ou encore les jouets importés d’Asie contaminés à ce métal.

Pour l’eau potable, « il n’y a pas d’urgence de santé publique, précise Julie Brodeur, toxicologue à la DSP. Quand j’étais jeune, il y avait beaucoup plus de plomb dans notre sang que dans celui des enfants aujourd’hui ».

Il demeure que certaines résidences montréalaises dépassent la norme québécoise de 0,010 milligramme de plomb par litre, après cinq minutes d’écoulement. En particulier les « maisons d’après-guerre » («Wartime Housing») construites dans les années 1940 et 1950, dont la Ville veut remplacer les entrées d’eau en priorité.

Malgré la présence de tuyaux de plomb, l’eau demeure potable. Il est recommandé aux femmes enceintes et aux enfants de moins de 6 ans de consommer de l’eau filtrée ou de l’eau embouteillée.

Selon Santé Canada, l’absorption de très petites quantités de plomb dans le sang peut avoir des effets néfastes sur le développement intellectuel et comportemental des jeunes enfants.

3 commentaires
  • André-Bernard Guévin - Abonné 25 juillet 2016 05 h 54

    La mauvaise foi de la Ville de Montréal

    Mon conjoint et moi sommes propirétaire d'un triplex centenaire sur le Plateau. Comme la plupart de nos voisins, notre entrée d'eau est en plomb. Depuis l'adoption en 2007 par la Ville d'une politique pour faire face au défi de faire le ménage dans les aqueducs nous sommes dans l'attente d'une opportunité pour refaire la connection avec le réseau. Il y a 24 mois l'arrondissement a décidé d'implanter des saillis de trottoirs au pied de notre édifice. Les travaux ont durée pendant 6 semaines. La journée où ils ont cassé le trottoir devant notre propriété, au hasar d'une rencontre avec des employés du chantier, nous avons appris que nous avions 24 heures pour faire le changement d'entrée d'eau sans avoir à dédommager la ville pour casser le trottoir ($2000). Dans l'incapacité d'organiser une telle entreprise avec si peu de temps, nous avons dû nous résigner à remettre à plus tard le chantier. Aujourd'hui, au lieu de se coordonner avec ses citoyens, la ville crée un régime de peur.

  • Alain Saladzius - Abonné 25 juillet 2016 12 h 41

    La menace des raccordements au plomb

    Le site de la Ville mentionne l'existence d'un programme annuel de dépistage et que des équipes entrent en contact avec les propriétaires des bâtiments ciblés par cette problématique. Et afin de dépister la présence d’entrée de service en plomb et en mesurer les taux. Ne devrait-on pas attendre la visite avant d'entreprendre des travaux à grands frais, mais surtout possiblement inutiles ? En tant que propriétaire je comprends ma responsabilité d'avoir des installations sécuritaires. Mais la Ville doit faire plus que d'alarmer possiblement inutilement bien du monde. Des concentrations supérieures aux recommandations ont-elles au moins été mesurées dans certaines résidences, et dans quelle mesure ?

  • Alain Saladzius - Abonné 25 juillet 2016 12 h 45

    24 heures pour s'exécuter

    La mésaventure de M. Guévin avec la Ville qui lui laissait 24 heures pour effecturer le remplacement de son entrée soulève une autre question: pourquoi la Ville n'a-t-elle pas au moins remplacé sa portion de conduite dans l'emprise publique ?