Anticosti: une semaine pour trouver un accord

Pour le moment, comme Ressources Québec et Saint-Aubin refusent de fournir les millions nécessaires pour ces forages, Pétrolia estime que c’est tout le projet d’exploration qui est « mis en péril ».
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Pour le moment, comme Ressources Québec et Saint-Aubin refusent de fournir les millions nécessaires pour ces forages, Pétrolia estime que c’est tout le projet d’exploration qui est « mis en péril ».

Les partenaires de la Société en commandite Hydrocarbures Anticosti ont une semaine pour s’entendre sur la suite des choses dans le projet d’exploration pétrolière sur l’île, a tranché mercredi la Cour supérieure. Sans quoi, la Cour devra statuer sur la demande d’injonction de Pétrolia, qui veut forcer le gouvernement du Québec et l’entreprise Saint-Aubin à respecter leurs engagements financiers.

Il faut dire que la situation presse, selon Pétrolia. Hydrocarbures Anticosti, mise sur pied pour mener le projet d’exploration pétrolière sur l’île, risque de manquer de fonds dès vendredi, a déploré la pétrolière en présentant sa demande d’injonction en Cour supérieure.

La demande déposée insiste donc sur l’urgence de débloquer les fonds nécessaires pour la réalisation de trois forages « au cours des trois prochains mois ». On exige un paiement immédiat de près de 13 millions de dollars, soit 7,3 millions de Ressources Québec et 5,6 millions de Saint-Aubin.

Pour le moment, comme Ressources Québec et Saint-Aubin refusent de fournir les millions nécessaires pour ces forages, Pétrolia estime que c’est tout le projet d’exploration qui est « mis en péril ». Et à partir du 15 juillet, « le projet devra être mis en veilleuse, ce qui pourrait le compromettre irrémédiablement », souligne le document déposé en cour.

Retrait

Le document d’une soixantaine de pages fait d’ailleurs état de plusieurs mois de dissensions au sein du conseil d’administration « clairement divisé » de la Société en commandite Hydrocarbures Anticosti. On y souligne ainsi que les nombreuses sorties publiques du premier ministre au sujet du possible « saccage » d’Anticosti ont conduit Ressources Québec à devenir un « outil de neutralisation » de tout le projet.

Toujours selon Pétrolia, le partenaire financier de Québec, Saint-Aubin, une filiale de la société française Maurel Prom, tenterait aussi d’obtenir « la suspension » des travaux d’exploration sur l’île. La demande d’injonction affirme ainsi que l’entreprise, qui doit investir 43,3 millions de dollars dans les travaux pétroliers, a réitéré à plusieurs reprises la possibilité d’un retrait pur et simple.

L’entreprise a effectivement fait savoir ce printemps qu’elle pourrait se retirer s’il lui apparaît impossible que le projet d’exploration puisse déboucher sur une éventuelle exploitation commerciale de pétrole et de gaz de schiste sur Anticosti.

Un tel droit de retrait est inscrit dans le contrat signé en 2014 par le gouvernement péquiste de Pauline Marois. Qui plus est, un tel retrait aurait pour effet de forcer Ressources Québec à « augmenter » sa « mise de fonds » dans le projet. Toutefois, un tel retrait ne peut se concrétiser qu’après la réalisation d’un forage avec fracturation.

Par ailleurs, Pétrolia fait valoir qu’il est impossible de « suspendre » l’exécution du programme d’exploration en cours, « sauf par décision unanime des partenaires ». Or l’entreprise affirme dans sa demande qu’il n’en est pas question. Les partenaires ont aussi, selon Pétrolia, l’obligation de participer « pleinement et diligemment » au projet.

Cela signifie que la première phase d’exploration, incluant trois forages avec fracturation, doit être menée à terme. Une deuxième phase devrait suivre et comprendre elle aussi des forages avec fracturation. La facture totale pour l’État québécois s’élève à 56,7 millions de dollars.

Couillard attaqué

Or Pétrolia accuse le premier ministre Philippe Couillard de s’être opposé « clairement » à l’exploration de façon « idéologique » et « en faisant fi des règles de retenue qui s’imposent ». Selon la pétrolière, le chef libéral « a transmis une instruction limpide et impérative à ses commettants : le projet ne doit pas se poursuivre ni se réaliser sous sa gouverne ».

Interpellé durant son voyage à Hambourg, Philippe Couillard s’est défendu en affirmant que le gouvernement du Québec s’est acquitté de toutes ses obligations. Il a aussi réfuté les allégations de l’entreprise. « C’est faux, mais encore une fois les tribunaux décideront, nous avons exécuté le contrat à la lettre », a-t-il dit.

Rappelant sa première sortie contre le projet, M. Couillard s’est défendu de lui nuire avec ses déclarations sur l’utilisation de l’eau des rivières de l’île. « Moi, je ne suis pas le promoteur du projet. À Paris, d’ailleurs, j’ai dit que je ne suis pas le promoteur du projet, je suis lié par contrat », a-t-il dit.


Consultez notre dossier sur le projet d'exploration pétrolière sur Anticosti

7 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 14 juillet 2016 02 h 26

    En droit est- ce qu'un juge peut se substituer au préogative d'un premier ministre

    Est ce qu'un maire ou aplus forte raison un premier ministre de par leur statut n'ont ils pas le privilege de pouvoir protéger leur territoire de toutes interventions indus, J'ai l'impression que le juge a outrepassé largement son mandat, si j'étais le maire, j'irais immédiatement en appel de ce jugement, a quoi servirait alors un maire ou un premier ministre s'il n'a pas ce pouvoir, , il ne faut pas laisser un juge se subtituer aux préogative du premier ministre, je ne crois pas que nous appartenons a ce type de régime, ce serait une sorte de dictature déguisée de des intérets, le gouvernement n'a pas a obtempérer a ce jugement

    • Jean-Yves Arès - Abonné 14 juillet 2016 12 h 35

      Misère, après avoir fait des tonnes de reproches aux politiciens, de les qualifier de dictateurs, là ici, ils détiendraient, sur la base de leurs goûts et inspirations personnelles comme Couillard le fait, toutes les qualités d'un guide suprême, sans partage de pouvoir...

      Le maire d'Anticosti a gagné ses élections avec 74 votes contre 66 pour son adversaire. Ce qui fait que 4 votes on fait la différence...

      Un premier ministre tient son autorité par la représentativité que la population lui donne lors des élections. Les électeurs se base sur les déclarations et les prises de positions que font les candidats au poste. Hors Phippe Couillard s'est montré très enthousiasme au sujet de l'extraction par fracturation avec d'être porter au pouvoir.

      Extrait:
      «L’ère des hydrocarbures sur la planète n’est pas terminée, loin de là, on va les voir encore pour plusieurs décennies, mais ça se transforme »

      Je souligne son ''loin de là'' pour l'utilisation du pétrole.

      Ensuite:
      «Il faut noter l’aspect révolutionnaire - dans le terme réel du terme - de l’introduction de la fracturation. Ça a complètement changé le paysage énergétique mondial. Quand on dit que l’Amérique du Nord et les États-Unis vont être autosuffisants bientôt, cette découverte-là, ça change le monde. Alors oui, il faut viser l’électrification des transports, c’est une bonne idée […] mais il faut également regarder les autres choses que l’on peut faire pour diminuer notre dépendance au pétrole, par exemple avec un autre type d’hydrocarbures, comme le gaz naturel, qui est beaucoup mieux en termes d’émissions de gaz à effet de serre. »

      Ces propos sont reportés dans Le Devoir du 26 aout 2013, à quelques mois des élections qui l'ont porté au pouvoir. L'autorité acquise par le PM par les élections se perd quand il fait le vire-capot et change du tout au tout ses positions.
      http://www.ledevoir.com/politique/quebec/386005/le

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 14 juillet 2016 07 h 32

    Négocier la fin du projet et enfin apprendre de ses fautes

    Le tribunal est habitué: des partenaires commerciaux se chicanant apparemment seulement pour de l'argent. Il aura sans doute remarqué que ce projet hautement spéculatif au départ est aujourd'hui foutu et perdu. Il sait aussi que gouvernement n'est plus seul dans sa volonté de ne plus perdre de l'argent à Anticosti, Saint-Aubin voulant aussi quitter un projet commercial condamné. Les partenaires ont donc quelques jours pour négocier l'abandon du projet et se donner des quittances finales...à nos frais. Autrement, Pétrolia court vers la ruine et la faillite, et le gouvernement vers la disgrâce, ne serait-ce que parce que nous connaîtrons le contrat caché. Déjà que le gouvernement provincial actuel ne contrôle plus l'agenda politique depuis des mois. Encore une fois, je ne comprends pas pourquoi le plus gros partenaire n'a pas obtenu un droit de retrait meilleur que celui de Saint-Aubin! Ne serait-ce que pour ne pas être juge et partie, le gouvernement du Québec devrait toujours éviter de saccager directement ou indirectement l'environnement. Au moment du contrat, il n'a pas véritablement bien informé et consulté le milieu (villageois d'Anticosti et d'ailleurs sur la côte nord, autochtones et pêcheurs) et savait que les explorations et exploitations pétrolières avec fracturation liquide auraient cet effet dévastateur (des milliers de puits horizontaux + puiser de l'eau dans des rivières à saumoin + rejeter les eaux usées dans la mer+ contruire à ses frais des infrastructures portuaires de plusieurs milliards). Ce gâchis est totalement imputable au gouvernement Marois et les députés du parti québécois se sont, au mieux, alors montrés bien faibles face au gouvernement de madame Marois.

    • Claude Richard - Abonné 14 juillet 2016 10 h 14

      Je veux bien croire que les députés du PQ à l'époque auraient pu se montrer plus critiques, mais mettons-nous dans le contexte. Il y avait eu l'annonce des possibles 40 milliards de barils de pétrole. Il fallait aller voir et l'opinion publique y était favorable et peu de commentateurs mettaient en doute cette décision. À mon souvenir, les libéraux y étaient tout aussi favorables.

      Depuis, les choses ont beaucoup changé. Nous sommes plus informés des conséquences et la rentabilité apparaît fort douteuse.

      Mais Philippe Flip-flop Couillard a une attitude fort ambiguë dans cette affaire et participe pleinement au gâchis. D'une part, il était d'accord avec le projet jusqu'à son chemin de Damas de Paris. Depuis, il sème son scepticisme partout mais il n'ose pas appliquer les freins, ou les applique par petits coups, ce qui mécontente tout le monde. Comme dirait Camille Samson, on se retrouve dans le "marasme".

      Et puis, Couillard veut-il troquer Anticosti pour Énergie-Est? Qui fait confiance à cet homme imprévisible mais totalement asservi à Ottawa?

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 14 juillet 2016 16 h 17

      @CR "Et puis, Couillard veut-il troquer Anticosti pour Énergie Est "?
      bien sûr que oui...! Imprévisible ?... bien sûr que non !
      Tout est planifié à ce stade-ci...Les tribunaux, c'est pour se donner un
      échappatoire...une sortie, genre "j'auraisdondu" !

  • Robert Beaulieu - Abonné 14 juillet 2016 07 h 51

    Annulation du projet

    Selon le représentant de Pétrolia, si le projet est mis en veilleuse, il pourrait être compromis irrémédiablement. Cool! Mettons le en veilleuse pour toujours de la façon la moins onéreuse possible et investissons dans le tourisme et l'autosuffisance pour Anticosti. Les quêteux de subventions aux aspirations de milliardaires n'ont plus leur place dans notre avenir énergétique collectif. La transition aux énergies vertes et à l'efficacité c'est maintenant ou jamais.

  • André Labelle - Abonné 14 juillet 2016 11 h 50

    Un pétrole inutile !

    Le Québec peut très bien se passer du pétrole d'Anticosti. Ce fut dès le départ une erreur d'avoir laissé ce projet s'amorcer, bien qu'à l'époque c'était un peu moins clair. Alors il faut tout faire pour arrêter ce projet écologiquement, économiquement et stratégiquement désastreux et condamnable.

    Au lieu d'investir dans l'industrie pétrolière afin d'enrichir quelques intérêts privés, la société québécoise aurait beaucoup mieux à faire en mettant en place un plan concret de développement concernant l'électrification des transports un peu comme l'a fait la Norvège ces dernières années.
    Ce malheureux dossier pétrolier est révélateur du manque de leadership de Couillard et du manque de vision de notre gouvernement. Si Couillard jouait réellement son rôle et était à l'écoute des citoyens, il pourrait compter sur l'ensemble des forces vives québécoises pour faire reculer définitivement toutes les tentatives de l'industrie pétrolière de profiter du territoire québécois pour enrichir les actionnaires des compagnies qui tentent d'imposer leur propre calendrier.
    Mais les Québécois ne semblent pas pouvoir compter sur son leadership politique puisqu'en fait Couillard, à l'évidence veut absolument ménager la chèvre et le chou. Sa duplicité envers le respect des valeurs québécoises se révèle de plus en plus. Même si son idéologie néolibérale est battue en brèche dans ce dossier Couillard est incapable de clairement prendre le parti du meilleur bien-être des citoyens. Il tentera jusqu'à la dernière minute de préserver son image de chantre du néolibéralisme sans doute dans l'espoir de décrocher au sein des grandes entreprises profitant outrageusement du néolibéralisme pour s'enrichir, un poste extrêmement lucratif quand, très bientôt il quittera le politique. Ce chien ne veut pas mordre la main qui le nourrira !