La voix des Anticostiens entendue dans un référendum?

Le maire John Pineault attendra l’hiver — et le retour de la majorité des habitants à Port-Menier — pour consulter sa population.
Photo: Caroline Montpetit Le Devoir Le maire John Pineault attendra l’hiver — et le retour de la majorité des habitants à Port-Menier — pour consulter sa population.

Le maire d’Anticosti, John Pineault, songe à tenir un référendum cet hiver auprès des habitants de l’île, au sujet des projets pétroliers.

M. Pineault pense faire ce référendum en hiver parce que c’est la période de l’année au cours de laquelle le plus d’habitants d’Anticosti sont au village. En effet, durant l’été, la plupart des travailleurs sont disséminés sur le vaste territoire de l’île. L’île d’Anticosti compte quelque 216 habitants permanents, qui vivent principalement dans le village de Port-Menier, autour du magasin général L’accommodeur Malouin, de la coopérative du marché d’alimentation et de l’hôtel de ville.

Pour l’instant, le maire estime qu’environ 70 % des habitants d’Anticosti s’opposent au projet de prospection de pétrole par fracturation sur l’île, contre environ 30 % qui sont pour.

Le pétrole, c’est mon douzième choix. Mais il faut qu’il se passe quelque chose sur l’île.

 

En fait, l’opposition au projet semble s’être accrue au cours des derniers mois, alors que des informations au sujet des conséquences possibles de la fracturation sur l’environnement, notamment à travers les analyses d’un comité d’experts indépendants, ont circulé.

Mais il y a encore des gens qui sont pour l’exploration pétrolière à Anticosti. C’est le cas de Joël Malouin, par exemple, qui tient la station-service. « Le pétrole, c’est mon douzième choix », dit-il, ajoutant qu’il préférerait de loin que l’on procède à une bonification de l’offre touristique. « Mais il faut qu’il se passe quelque chose sur l’île. »

Présentement, l’école d’Anticosti, qui reçoit des élèves de la maternelle à la deuxième année du secondaire, compte moins de 15 enfants. Après la deuxième secondaire, les jeunes doivent s’exiler à Havre-Saint-Pierre, sur la Côte-Nord, pour poursuivre leurs études.

Masse critique

Pour permettre à une entreprise de survivre sur l’île, il faut qu’il y ait une masse critique d’habitants et de consommateurs. « On a du mal à attirer des familles », reconnaît le propriétaire du magasin général, Nick Malouin.

Lui-même est né sur l’île d’Anticosti, et a fait des études en informatique qui l’ont mené à s’établir durant dix ans à Québec. Quand sa conjointe, qui est également originaire d’Anticosti, est tombée enceinte, ils ont décidé de revenir chez eux.

« On était dans un appartement, dit M. Malouin. On ne voulait pas élever nos enfants sur un balcon. » M. Malouin a donc mis de côté ses projets de carrière en informatique pour reprendre le commerce que son père a ouvert il y a 40 ans sur l’île.

Mais avec la morte-saison, le commerce fait tout juste ses frais, reconnaît-il. « Pas de profits, pas de pertes. »

Inaccessible

De l’avis de tous, les frais faramineux du transport, pour entrer et sortir de l’île, sont un empêchement majeur au développement. « Un traversier, ça serait très utile », reconnaît le préfet de la MRC de Minganie, qui couvre Anticosti, Luc Noël, ajoutant qu’il en coûte 325 $ par personne pour circuler par voie aérienne entre Havre-Saint-Pierre et Port-Menier.

Reste qu’il y a quelques années, une compagnie privée a tenté d’opérer un traversier entre Rivière-au-Renard, en Gaspésie, et Port-Menier. Mais l’un des problèmes rencontrés, outre le faible volume de visiteurs sur l’île, était que les touristes arrivaient alors avec des véhicules mal adaptés aux routes de l’île, et que leurs pneus étaient sujets aux crevaisons. Pour John Pineault, le service de traversier devrait être assuré par la Société des traversiers du Québec.

La Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ), qui occupe plus de la moitié du territoire de l’île, et qui a une auberge, un restaurant et un bureau d’information à Port-Menier, n’est pas opérationnelle en hiver.

La SEPAQ confirme que plus de 90 % de la clientèle vient pour la saison de la chasse, à l’affût des quelque 100 000 chevreuils qui gambadent partout dans l’île.

Mais même la clientèle des chasseurs peut devenir aléatoire, entre autres lorsque la population de chevreuils est affectée par un hiver rigoureux, comme ça a été le cas il y a deux et trois ans. Lorsque l’hiver est très froid et qu’il y a surabondance de neige, le cheptel peut perdre jusqu’à 60 000 têtes en une seule année.

Il est loin d’être sûr cependant que la tenue de travaux d’exploration ou d’exploitation du pétrole amènerait réellement du travail et des familles à Anticosti. « Les jobs à 25 $ de l’heure », dit M. Pineault, n’iront pas aux Anticostiens. Les compagnies engagent en effet du personnel spécialisé qui ne se trouve pas sur l’île. Si quelques entreprises peuvent espérer profiter temporairement d’un certain flot de travailleurs sur l’île, il est clair pour plusieurs que ce flot n’attirera pas de familles à long terme.

Le maire John Pineault donne l’exemple de Fort McMurray, cette ville pétrolière de l’Alberta décrite en des termes durs par l’écrivaine canadienne Nancy Houston : une ville où on trouve principalement des travailleurs seuls, que suit une cohorte d’agences d’escorte. « Je ne veux pas d’un autre Fort McMurray à Anticosti », dit John Pineault.

Le pétrole, c’est mon douzième choix. Mais il faut qu’il se passe quelque chose sur l’île.

2 commentaires
  • René Pigeon - Abonné 14 juillet 2016 10 h 47

    Le maire pourrait en profiter pour poser plus d'une question.

    La question de l'exploitation pétrolière est un bon sujet de référendum. Le référendum est une bonne façon de rapprocher les citoyens. Le maire pourrait en profiter pour poser plus d'une question.

  • Gilles Théberge - Abonné 15 juillet 2016 17 h 28

    Je ne cmprend pas

    Je ne comprend pas pourquoi la société des parcs n'ivestit pas davantage dans Anticosti en matière de transport !

    Pas plus que je comprends qu'il soit plus simpke de passer par Souris, à PEI, pour aller aux Iles de la madeleine...