Aucune nécessité de construire des oléoducs avant 2025, selon une note fédérale

La première ministre de l’Alberta Rachel Notley a beau demander au gouvernement canadien de cesser de « tergiverser » dans le dossier des oléoducs, mais si Ottawa consulte autant, c’est peut-être à cause d’une étude fédérale interne.

Selon une note transmise au sous-ministre des Finances, il ne serait pas nécessaire de construire de nouveaux oléoducs au Canada avant au moins 2025.

La note, qui date de décembre dernier, a été obtenue en vertu de la Loi sur l’accès à l’information. Elle souligne aussi que le projet Énergie Est que promeut TransCanada n’aurait que des répercussions négligeables sur les écarts de prix pour les producteurs canadiens.

Parmi les éléments clés de la note lourdement caviardée figure le constat que « l’environnement de bas prix a mené à une révision à la baisse des projections de production pétrolière, signifiant qu’une capacité suffisante [tant par rail que par oléoducs] devrait être présente pour transporter le pétrole au moins jusqu’en 2025 ».

Décision fédérale

Ce n’est pas la vision des choses en Alberta, où de plus en plus de voix réclament des décisions fédérales rapides sur la construction d’au moins un des trois projets majeurs d’oléoducs.

Les libéraux fédéraux prolongent l’étude du projet Trans Mountain de l’entreprise Kinder Morgan devant transporter le pétrole vers Burnaby, en Colombie-Britannique, en ajoutant des consultations publiques. L’Office national de l’énergie a accordé en mai une approbation conditionnelle au projet d’expansion de 6,8 milliards $, et le ministre des Ressources naturelles, Jim Carr, a promis une décision du cabinet d’ici la mi-décembre.

L’oléoduc Énergie Est de 4600 kilomètres devant transporter le pétrole de l’Alberta jusqu’au Nouveau-Brunswick en passant par le Québec fait aussi face à un processus d’examen plus long, de 27 mois.

Prix du pétrole

En plus de la capacité de transport, les partisans de nouveaux oléoducs ont aussi laissé entendre que de tels projets réduiraient l’écart de prix pour les producteurs de pétrole lourd de l’Ouest canadien.

Le pétrole brut Western Canadian Select (WCS) se transige actuellement à environ 15 $ de moins le baril que le West Texas Intermediate (WTI), mais l’analyse fédérale laisse croire que cela risque peu de changer.

L’auteur de la note affirme que le projet Énergie Est ne réduirait que de 1,48 $ le baril l’écart des prix entre ce pétrole et celui envoyé aux États-Unis par les oléoducs déjà existants.

Un porte-parole d’Énergie Est a défendu le projet en affirmant que l’entreprise avait signé de nombreux contrats à long terme avec des transporteurs pétroliers, ce qui démontrerait la demande des marchés pour les prochaines décennies.

3 commentaires
  • Michel Guibord - Abonné 13 juillet 2016 10 h 13

    Michel Guibord, Sutton

    N'est-ce pas là l'argument massue que nous attendions ?

  • François Beaulne - Abonné 13 juillet 2016 11 h 09

    Qui sont ces transporteurs pétroliers

    'Un porte-parole d’Énergie Est a défendu le projet en affirmant que l’entreprise avait signé de nombreux contrats à long terme avec des transporteurs pétroliers, ce qui démontrerait la demande des marchés pour les prochaines décennies.'

    Il est de l'intérêt public de savoir qui sont ces transporteurs pétroliers avec lesquels Energie Est a signé des contrats pour que les citoyens et les municipalités concernées soient informés des risques encourus. D'autant plus que, d'après cette étude interne du fédéral, on peut en déduire que pour un bon bout de temps le pétrole bitumineux de l'Alberta va être exporté par chemin de fer puis embarqué sur des pétroliers. Cette perpective relance le débat et les préoccupations du transport de pétrole sur la Rive-Sud de Montréal de Saint Lambert à Sorel pour stockage dans les réservoirs de Kildair à Sorel et transbordement dans des superpétroliers qui descendront le Saint-Laurent, comme ce fut le cas à quelques reprises depuis fin 2013. Sans compter le projet d'acheminent de ce pétrole par chemin de fer à travers le centre du Québec, le bas-Saint Laurent et la Gaspésie jusqu'à Belledune, au Nouveau Brunswick.
    Citoyens, soyons aux aguets!

  • Michel Thériault - Inscrit 13 juillet 2016 11 h 48

    ...la note lourdement caviardée...

    Voilà à quoi a droit le peuple: une note lourdement caviardée. Et cela s'appelle la Loi sur l’accès à l’information. Quelle odieuse dénomination et surtout, quel déni de démocratie. Peut-on supposer que le texte caviardé contienne justement les arguments massue qui justifieraient la vocation aux gémonies de ces projets mortifères ? Poser la question, c'est y répondre.

    La vérité, à mon avis, c'est qu'il existe au Canada, une industrie riche, mais, inévitablement vouée à rétrécir considérablement, voir même à la disparition. Plus le temps passera, plus cette industrie faiblira. Les maréchaux-ferrants ont bien dû prendre leur retraite face aux automobiles. Le poney express qui charriait la US Mail dans ses diligences a bien dû bouffer ses chevaux face à la poste et cette dernière a bien de la misère à survivre face aux courriels, tellement plus rapides et efficaces.

    La riche pétrolière-à-joual veut de nouveaux relais pour ses antiques diligences, mais c'est peine perdue. L'ère des diligences est révolue. Il est inutile de construire de nouvelles écuries malodorantes le long de la route électrique silencieuse et propre.

    Michel M.Thériault