Anticosti: Pétrolia met en demeure le gouvernement du Québec

Le programme d’exploration actuellement en cours sur l’île d’Anticosti vise à déterminer et à valider avec précision le potentiel de cette île en hydrocarbure.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Le programme d’exploration actuellement en cours sur l’île d’Anticosti vise à déterminer et à valider avec précision le potentiel de cette île en hydrocarbure.
En butte à « l’hostilité » de Philippe Couillard, Pétrolia s’adresse aux tribunaux pour forcer notamment Ressources Québec, une filiale d’Investissement Québec, à verser les fonds requis pour les travaux exploratoires prévus cet été.

L’entreprise québécoise demande entre autres le versement d’une somme totale de 12,8 millions $ et la destitution de deux administrateurs, dont celui de Ressources Québec.

La demande d’injonction devait être entendue lundi par la Cour supérieure au palais de justice de Montréal, mais l’audience aura plutôt lieu mercredi matin. C’est un autre épisode dans les frictions entre Pétrolia et le gouvernement Couillard, qui sont partenaires dans l’aventure par l’entremise d’une coentreprise, Hydrocarbures Anticosti.

Ainsi, après avoir réclamé la délivrance plus rapide des certificats d’autorisation plus tôt cette année, Pétrolia attend maintenant le financement, sur fond de guerre ouverte au conseil d’administration d’Hydrocarbures Anticosti. La requête en injonction fait en effet largement état des conflits entre administrateurs.

Pétrolia reproche à Ressources Québec et à un autre partenaire, Saint-Aubin E & P, une filiale de la société française Maurel & Prom, de ne pas respecter leur engagement d’investir au total 100 millions $ pour financer le programme de travaux exploratoires.

Rappelons que Pétrolia et Corridor Resources avait cédé leurs droits et permis d’exploration sur Anticosti en échange de cet investissement, en vertu d’une entente conclue en 2014 avec le précédent gouvernement péquiste de Pauline Marois.

«Hostilité» de Philippe Couillard
Dans l’introduction de la demande en injonction, Pétrolia soutient que « le projet s’est soudainement heurté, à compter de décembre 2015, à l’hostilité de […] Philippe Couillard, qui a entrepris, de façon impromptue de faire de l’avortement du projet un objectif recherché », peut-on lire.

« [M. Couillard] a multiplié les déclarations négatives et préjudiciables à propos du projet et a notamment annoncé l’intention de son gouvernement de dicter le travail et les décisions des fonctionnaires responsables de l’analyse et de la disposition des demandes d’autorisation requises à sa poursuite », ajoute l’entreprise.

Pétrolia en déduit que dès lors, Ressources Québec a fait de l’obstruction pour se conformer à la volonté du gouvernement libéral, notamment en bloquant l’adoption du budget d’exploitation annuel d’Hydrocarbures Anticosti, ce qui empêche ainsi le début des travaux d’exploration cet été.

Le calendrier des dépenses prévoyait que les coûts devaient être pris en charge à 55 pour cent par Ressources Québec, et à 45 pour cent par Saint-Aubin E & P, mais rien n’a encore été versé, a expliqué mardi une source proche du dossier, qui n’a pu toutefois préciser les montants en cause.

Ces sommes sont dues et Pétrolia est en droit de les réclamer en vertu de l’entente, a poursuivi cette source. « Sans l’intervention du tribunal, tout le projet est mis en péril et des dizaines d’emplois directs et des centaines d’emplois indirects seront perdus », peut-on lire dans la demande d’injonction.

L’entreprise demande aussi la destitution de l’administrateur représentant Ressources Québec et de celui représentant Saint-Aubin E & P. « Sans l’intervention du tribunal, tout le projet est mis en péril et des dizaines d’emplois directs et des centaines d’emplois indirects seront perdus », peut-on lire dans la demande d’injonction.

Le programme d’exploration actuellement en cours sur l’île d’Anticosti vise à déterminer et à valider avec précision le potentiel de cette île en hydrocarbure.

Les trois forages ont été permis en juin par la voie de quatre certificats d’autorisation du ministère de l’Environnement. L’entreprise, qui avait déposé sa demande en février, a soutenu que le ministère s’était pourtant engagé à répondre avant la fin d’avril. Aussitôt autorisés, les forages ont suscité une autre controverse, puisqu’ils nécessiteront le pompage de 30 millions de litres d’eau à même des rivières à saumon.

Québec se dissocie du projet
Depuis sa participation à la Conférence internationale sur les changements climatiques des Nations unies à Paris en décembre 2015, le premier ministre Philippe Couillard ne cesse de se dissocier du projet d’exploitation des hydrocarbures sur Anticosti.

Il a répété à plusieurs reprises que ce n’était pas sa décision, mais bien celle du gouvernement péquiste précédent, mais que le gouvernement allait honorer le contrat. Il a aussi exprimé des doutes sur la viabilité économique du projet ainsi que des des inquiétudes sur les conséquences écologiques de l’exploration et de l’exploitation des hydrocarbures sur cette vaste île du Saint-Laurent.

En mai, Maurel & Prom avait d’ailleurs laissé entendre qu’elle comptait se retirer du projet si le Québec refusait d’envisager l’exploitation des ressources sur l’île.
7 commentaires
  • J-Paul Thivierge - Abonné 12 juillet 2016 10 h 28

    Pétrolia mérite la faillite

    De grandes entreprises pétrolières internationales comme Shell ont déjà sondé Anticosti et ils ont constaté l'impossibilité de rentabilité à cette époque, Des géologues ont analysé le potentiel de l'île et présentement ce qui serait le plus rentable serait de développer le tourisme à Anticosti. Pour la beauté de la nature, pour la pêche , pour la chasse etc il y aurait des centaines d'emplois durables et de qualité à développer dans le style club MEF ou Huttopia des installations à Anticosti.
    On pourrait aussi considérant les réchauffements climatiques replanter des arbres de toutes sortes et refaire des forêts pour capter le CO2 provenant du panache polluant de l'Amérique du Nord.
    La volonté de vouloir profiter de l'exploitation du pétrole ou du gaz au Québec est dépassée car avec la transition énergétique ; l'utilisation efficace de l'énergie propre et renouvelable la demande en produits fossiles est en décroissance rapide et pour l'avenir les végécarburants, le pétrole synthétique et le biométhane ajouté à la biomasse peuvent combler les besoins prévisibles en 2030. De plus considérant les engagements aux accords de Paris on n'a aucun besoin du pétrole ou du gaz d'Anticosti ou d'exporter le bitumineux d'Énergie est ou de Belledune ...
    toutes ces idées sont du passé ... à oublier !
    il est urgent d'accélérer l'électrification des transports collectifs comme individuels.
    sinon produire des GES c'est être complice de crime contre la vie sur Terre .

    • Sylvain Auclair - Abonné 12 juillet 2016 13 h 25

      Une manière simple de retirer du CO₂ de l'air serait de faire pousser des arbres, de faire de leur bois du charbon de bois et d'enterrer ce cnarbon de bois.

    • Danielle Rochette - Abonnée 13 juillet 2016 11 h 08

      Pour les uns, Ph.Couillard dit oui aux forages mais s'y oppose dans les faits, pour d'autres, il dit non mais les autorise dans les faits. Personne n'est content, dans ce dossier, et une chatte n'y retrouverait pas ses petits.
      En attendant, il peut accuser le gouvernement précédent de l'avoir mis dans une situation inextricable. Joies de la politique.
      Mais personne n'a obligé le gouvernement libéral à pondre le rétrograde projet de loi 106 sur les hydrocarbures qui donne à l'industrie tout ce dont elle rêve pour régner sur le Québec et y pomper, à grands coups de fracturations et avec l'eau de nos rivières, tout ce que le schiste recèle.
      La "tristesse" de Ph. Couillard devant le "dilemme" d'Anticosti ne devrait pas nous cacher la grande partie de plaisir qu'il a préparée pour l'industrie des hydrocarbures, si la loi 106 est votée à la suite de la commission parlementaire du mois d'août.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 12 juillet 2016 10 h 38

    Un contrat, c'est un contrat

    Le contrat à respecter est celui signé par le gouvernement Marois à l’issue d’une négociation entamée par le gouvernement Charest.

    Ce contrat vise à déterminer le potentiel énergétique de l’ile et à faire taire les accusations portées contre le gouvernement Charest d’avoir vendu la poule aux œufs d’or en cédant à Pétrolia les droits de prospection d’Hydro-Québec.

    Il s’agit d’un placement spéculatif puisque tout indique que l’exploitation des réserves importantes d’hydrocarbures de l’ile n’est pas rentable, même à 100$ le baril de pétrole.

    Même si l'argent provient provient majoritairement de l'État, Pétrolia perd aussi de l'argent en poursuivant son exploration. Laissons-lui la corde pour se pendre.

    Ce placement permettra de clouer définitivement le cercueil de l’exploitation pétrolière d’Anticosti.

    Ce qu’il faut éviter, ce sont les méfaits environnementaux d’une compagne qui a intérêt à être empêchée d’opérer et être ainsi justifiée de réclamer une fortune en dédommagement.

    Donc, l’autorisation de puiser l’eau des rivières à saumon (non prévu par le contrat de Mme Marois, contrairement aux insinuations de Couillard) doit être révoquée et la compagnie doit systématiquement être pénalisée pour le moindre dommage à l’environnement autre que celui normalement attendu de ses activités.

  • Denis Marseille - Inscrit 12 juillet 2016 11 h 15

    Pétrolia.

    Je vais te mettre chez les demeurés Pétrolia. J'ai beaucoup d'amis en-dedans, On va avoir du fun avec toi.

  • Denis Paquette - Abonné 12 juillet 2016 14 h 10

    Pétrollia

    Petrolia quelle organisation de spéculateurs près a tout pour arriver a leur fins, cette compagnie n'a-elle pas été fondée par André Cailler

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 12 juillet 2016 17 h 28

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