Blocage autochtone en vue à Anticosti

Le gouvernement a autorisé récemment Hydrocarbures Anticosti à réaliser trois forages avec fracturation sur l’île. Ces travaux financés majoritairement par l’État québécois doivent débuter cet été, pour être achevés en 2017. C’est l’opérateur des travaux sur le terrain, l’entreprise Pétrolia, qui dirigera les opérations.
Photo: Caroline Montpetit Le Devoir Le gouvernement a autorisé récemment Hydrocarbures Anticosti à réaliser trois forages avec fracturation sur l’île. Ces travaux financés majoritairement par l’État québécois doivent débuter cet été, pour être achevés en 2017. C’est l’opérateur des travaux sur le terrain, l’entreprise Pétrolia, qui dirigera les opérations.

Les représentants de la communauté innue de Mingan s’apprêtent à déposer une demande d’injonction pour invalider l’autorisation de réaliser trois forages avec fracturation à Anticosti, accordée par le gouvernement du Québec à Hydrocarbures Anticosti, le 15 juin dernier. Si l’injonction n’est pas accordée, les membres de la communauté innue ont l’intention d’aller carrément occuper l’île d’Anticosti pour empêcher les forages.

C’est ce qu’a dit lundi au Devoir le chef de la communauté innue de Mingan, Jean-Charles Piétacho, alors qu’il se rendait à Niagara pour assister à un rassemblement de l’Assemblée des Premières Nations du Canada (APN). M. Piétacho comptait également présenter une résolution à l’APN pour aller chercher le soutien d’autres membres des Premières Nations du Canada contre la prospection et l’exploitation du pétrole à Anticosti.

Idéalement, cette injonction devrait être déposée avant le 15 juillet, soit 30 jours après l'émission des autorisations, explique Me David Schulze, l’avocat de la communauté innue dans ce dossier. Cependant, ce délai pourrait être assoupli du fait que plusieurs informations sont manquantes au dossier, entre autres des données en hydrologie. « On a demandé à consulter les autres documents, mais ils nous ont été refusés. On nous a renvoyés à la loi d’accès à l’information », poursuit Me Schulze. « L’obtention de ces documents nous permettrait d’obtenir l’avis d’autres experts sur le sujet. »

Je pense qu’il va y avoir un soulèvement quand ça va débuter. Je pense que la population va bouger.

 

Selon plusieurs sources, les autochtones fréquentent l’île d’Anticosti depuis des millénaires, même s’ils n’y habitent plus aujourd’hui. Les Innus nommaient autrefois l’île d’Anticosti Nâtâkwan, « lieu où l’on chasse l’ours », écrit Alexandre L. Gaudreau dans son livre Lumière sur Anticosti. On ne trouve plus d’ours sur Anticosti aujourd’hui.

Appui du préfet

Les Innus de Mingan ne sont pas seuls dans cette démarche. Luc Noël, le préfet de la MRC de la Minganie, qui couvre le territoire d’Anticosti, est également devenu opposé au projet après s’être buté à des portes fermées quant à l’accès à l’information.

« Au début, on avait une approche très objective, dit M. Noël. Mais le ministère a commencé à nous tasser et Pétrolia ne voulait pas nous donner l’information. » Pétrolia, qui met en oeuvre le projet d’Hydrocarbures Anticosti, a bien tenu des séances d’information à Port-Menier, mais n’a pas rencontré la MRC. Et M. Noël précise que la MRC a une politique sur les projets touchant les ressources naturelles. Si un projet touche n’importe laquelle des huit municipalités, la MRC doit être consultée. Quant à John Pineault, le maire de Port-Menier élu au printemps dernier, il s’oppose également au projet.

« La première question qu’on a posée quant au projet, c’était où est-ce que vous allez prendre votre eau ? poursuit M. Noël. On savait qu’ils voulaient la prendre dans les rivières à saumon, mais on sait aussi qu’il n’y a pas assez d’eau dans les rivières d’Anticosti. » C’est sans parler, bien sûr, des inquiétudes que le pompage d’eau génère au sujet des populations de saumons, espèce fragile des rivières anticostiennes.

On sait aussi que pour que l’exploitation de pétrole sur Anticosti soit rentable, il faudrait que la valeur du baril de pétrole flotte au-dessus des 100 dollars, ce qui est loin d’être le cas présentement.

Depuis, un comité scientifique indépendant s’est penché sur le dossier. « Ils n’étaient ni pour ni contre, dit M. Noël, ils ont fait la démonstration des dangers des gaz de schiste. » M. Noël évoque par ailleurs des failles dans le sous-sol d’Anticosti, qui aurait l’allure du gruyère. À cause de ces failles dans le sol, l’extraction par fracturation peut donc avoir un « effet domino très inquiétant », dit-il. En fait, il semble que plus les citoyens sont informés sur les conséquences possibles de l’extraction de pétrole par fracturation à Anticosti, plus l’opposition grandit.

« Je pense qu’il va y avoir un soulèvement quand ça va débuter, prédit le préfet Noël. Je pense que la population va bouger. Ils ont beau dire que c’est un milieu isolé, et aller de l’avant avec leurs cochonneries… » La semaine dernière à Anticosti, on attendait toujours de voir arriver le personnel de Pétrolia avec son équipement de forage. « D’après moi, et c’est une opinion personnelle, ils attendent les délais de contestation avant de commencer les forages, dit M. Noël. Pour ne pas dépenser des milliers de dollars pour rien. »

« Quêteux de subventions »

En fait, plusieurs opposants au projet d’Hydrocarbures Anticosti auraient été ouverts à l’extraction de pétrole si celui-ci avait été récolté de façon traditionnelle, c’est-à-dire sans fracturation. Mais plusieurs pétrolières, dont le géant Shell, ont déjà fait de la prospection, en vain, sur Anticosti. En comparaison, Pétrolia est perçue par plusieurs comme une néophyte en matière d’extraction de pétrole. « Ce sont des quêteux de subventions », proteste John Pineault. « Ils siphonnent nos impôts », renchérit M. Noël.

Pour Jean-Charles Piétacho, le projet d’extraction de pétrole par fracturation sur Anticosti est « insensé » et « irrespectueux ».

Le conseil de bande de la communauté innue de Mingan a fait deux demandes d’information par lettre à Pétrolia. « À la dernière minute, ils ont dit qu’ils voulaient nous rencontrer, dit M. Piétacho. Mais je leur ai dit de répondre à mes questions, par écrit, avant », dit-il. Il a finalement tout simplement reçu une lettre du gouvernement du Québec l’avisant que les permis avaient été accordés à Hydrocarbures Anticosti pour permettre le forage de trois puits par fracturation.

Je pense qu’il va y avoir un soulèvement quand ça va débuter. Je pense que la population va bouger.

24 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 12 juillet 2016 00 h 24

    Des presque encore des bêtes sauvages

    tout a fait d'accord si ces money maker sont incapables d'entendre raison quelle maladie que la richesse pour certains, des gens encore dans la jungle avec un cerveau pas plus gros que celui des premiers humains , des betes presque encore sauvages

    • Louise Collette - Abonnée 12 juillet 2016 08 h 41

      C'est pas mal ça...

    • Jean-Yves Arès - Abonné 12 juillet 2016 11 h 53

      «quelle maladie que la richesse pour certains»

      Vous vivez de quoi monsieur Paquette ?

      La mise en valeur de ses ressources naturelles a toujours été faite dans l'optique de créer de l'emplois, comme tout développement économique.

      À moins de vivre en pure mode de simplicité volontaire, je vois pas trop comment on peut se permettre de snobé une activé économique de base a nos sociétés comme celles des ressources naturelles.

  • Yves Côté - Abonné 12 juillet 2016 02 h 39

    Ne laissons pas...

    Ne laisssons pas seuls les Innus, non seulement ils se tiennent debout mais ils annoncent ouvertement qu'ils continueront de le faire.
    Anticosti est un joyaux, par centaine de milliers, nous devrions fièrement en faire le symbole retrouvé de la souveraineté des peuples sur le territoire du Québec.
    Des peuples qui s'unissent pour affirmer la légitimité de leur préséance en droit sur "la Couronne" et ses représentants.
    Sur place comme ailleurs, à l'exemple du chef Piétacho et de la communauté qu'il représente, soyons partie prenante des Hommes qui marchent debout...
    Unis et déterminés, nous sommes invincibles.
    Et n'est pas d'ailleurs ce que le Canada britannique et monarchique ne veut pas que nous soyons ?

    Vive la République libre du Québec !

    • Jean Jacques Roy - Abonné 12 juillet 2016 09 h 09

      Tout à fait d'accord avec votre commentaire M. Côté.

      Espérons que les partis indépendantistes du Québec partagent les mêmes objectifs que les premières nations: réaffirmer nos droits et renouer nos alliances concernant l'occupation du territoire.

  • René Lefèbvre - Inscrit 12 juillet 2016 05 h 29

    Saccage à Anticosti signé M. Couillard

    Le premier Ministre Couillard a beau répété que " le saccage d'Anticosti ne porterait pas sa signature", ce sont là des paroles à double sens, car son gouvernement a la possibilité de mettre fin à la "cochonnerie" honteuse que Pétrolia voudrait ériger sur ce site unique au Québec. Cependant, M. Couillard blâme le gouvernement péquiste précédent pour cette autorisation. Sans avoir consulté les Innus de Mingan à qui ce territoire devrait être remis à titre de compensation pour les multiples dégradations de leur territoire dans cette région, ce gouvernement veut encore de l'or noir pour satisfaire le dieu de la Demande Mondiale et les intérêts financiers de quelques investisseurs avides et cupides.

    La première ministre de l'Ontario a présenté récemment les excuses de son gouvernement pour les mauvais traitements que nos frères et soeurs autochtones ont subis sous la férule de l'État et des religions organisées, mais il semble que ce gouvernement du Québec est demeuré aveugle et sourd devant les multiples méfaits perpétrés pendant des décennies par les gouvernements successifs. Heureusement que plusieurs de nos frères et soeurs ont protégé les sites et les habitats de ce pays, car il n'y aurait que dévastation partout où l'on regarde tellement la cupidité de ces gouvernements et des entreprises est destructrice de ce par quoi l'homme vit.

    • Patrick Boulanger - Abonné 12 juillet 2016 09 h 24

      " Cependant, M. Couillard blâme le gouvernement péquiste précédent pour cette autorisation. "?


      M. Lefèvre, le PLQ a peut-être la possibilité d'arrêter l'exploration pétrolière sur l'île d'Anticosti. Toutefois, il faut bien admettre que le PQ a une grande (!) part de responsabilité dans ce dossier.

      Voir: http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-s

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 12 juillet 2016 16 h 40

      Quand connaitrons-nous ce contrat secret avant d accuser qui que se soit ? Et les moyens de stopper cette horreur.

  • Hélène Grandbois - Inscrit 12 juillet 2016 05 h 46

    Merci aux Innus de Mingan

    J'espérais que nous, tous les citoyens du Québec aient cet appui de taille que constitue le soutien des communautés authochtones pour empêcher le pire sur les plans environnementaux.

    • Louise Collette - Abonnée 12 juillet 2016 08 h 43

      Oui merci et je pense que les citoyens d'ailleurs au Québec devraient s'y rendre pour une grande protestation, un NON magistral, on ne touche pas à Anticosti !!!

    • Jean-Yves Arès - Abonné 12 juillet 2016 11 h 44

      Heu, c'est que l'enjeux de fond dans cette opposition c'est l'obtention d'une éventuelle redevance...

  • Maryse Veilleux - Abonnée 12 juillet 2016 06 h 28

    Merci!

    Merci aux autochtones de cette action!