La Fédération québécoise du saumon atlantique veut empêcher le prélèvement d’eau

Les prélèvements d’eau doivent servir aux forages avec fracturation à venir sur l’île d’Anticosti.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Les prélèvements d’eau doivent servir aux forages avec fracturation à venir sur l’île d’Anticosti.

La Fédération québécoise pour le saumon atlantique (FQSA) est « outrée » de la décision du gouvernement Couillard d’autoriser le prélèvement de millions de litres d’eau dans des rivières de l’île d’Anticosti. Elle demande carrément au premier ministre de l’annuler.

« La FQSA se dit convaincue que de tels prélèvements sur des rivières ayant déjà des débits déficients représenteront une menace sérieuse à la survie déjà précaire du saumon atlantique dans les rivières d’Anticosti », affirme l’organisme de promotion de la pêche au saumon et de protection de son habitat dans un communiqué publié jeudi matin.

Comme le révélait Le Devoir lundi, le gouvernement a autorisé le prélèvement de 30 millions de litres d’eau dans des rivières de l’île, dont deux rivières à saumon, pour les forages avec fracturation à venir. L’une d’elles, la Jupiter, abrite 30 % de tous les saumons d’Anticosti, une espèce classée « en voie de disparition » selon les autorités fédérales.

« Irresponsable »

La Fédération insiste sur le fait que le saumon est une espèce très sensible à la variation des niveaux d’eau dans les rivières. Or, celles d’Anticosti ont déjà des débits relativement faibles pour assurer le maintien des populations de saumons. « Il est donc irresponsable de prélever la moindre goutte d’eau dans ces milieux car il s’agit du facteur le plus critique pour la survie de cette espèce emblématique pour le Québec », insiste le président de la FQSA, Jean Boudreault.

L’organisme cite d’ailleurs le premier ministre Philippe Couillard, qui disait en décembre dernier que « s’il y a le moindre risque, le moindre risque, pour ce milieu naturel extraordinaire qu’est Anticosti, le projet n’aura pas lieu ». La FQSA demande du même souffle au chef libéral d’« annuler » l’autorisation délivrée le 15 juin.

M. Couillard a répété mardi qu’il était forcé de respecter le contrat signé par le précédent gouvernement. Ce contrat, sans clause de retrait pour l’État québécois, prévoit la réalisation de trois forages avec fracturation. D’autres forages exploratoires pourraient suivre avant de statuer sur une éventuelle exploitation commerciale d’énergies fossiles sur la plus grande île du Québec.

Impact jugé acceptable

Selon le ministre de l’Environnement, David Heurtel, les impacts des prélèvements ont été analysés par le gouvernement avant d’être autorisés. « C’est sûr qu’il y a un impact, mais cet impact a été jugé acceptable au niveau de l’analyse scientifique qui en a été faite », a affirmé mercredi le ministre.

L’entreprise Pétrolia, opérateur des travaux au nom de la société en commandite Hydrocarbures Anticosti, a également soutenu que les prélèvements ne devraient pas affecter les saumons des rivières de l’île, qui seraient moins de 3000 « adultes » à l’heure actuelle, en plus de montrer des signes de déclin.

En période d’exploitation, a également fait valoir Pétrolia dans une lettre transmise aux médias mercredi, l’eau nécessaire pour les milliers de puits à fracturer serait puisée directement dans le Saint-Laurent. C’est aussi là que seront rejetées les eaux usées des opérations de fracturation, après avoir été traitées directement sur Anticosti.

 

Consultez notre dossier Anticosti, seule face au pétrole tout-puissant
14 commentaires
  • Pierre Valois - Abonné 7 juillet 2016 10 h 55

    Annuler et rendre public le certificat d'autorisation

    Il est essentiel que tout le contenu du certificat d'autorisation émis soit rendu public afin que toutes les conditions faites dans ce certificat puissent être analysées par des experts indépendants.

    Parions que si la même chose se produisait sur les portions de rivières à saumon dont le lit est de tenure privée (et on se doute bien que les tenanciers de ces lits ne sont pas de petits poissons) que le débat serait tout autre.

    Mais voilà, ce gouvernement préfère agir et légiférer contre les petits poissons de ce monde acoquiné qu'il est avec les plus gros poissons de cette province.

    Que celui qui y a péché lui lance la première pierre...

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 7 juillet 2016 15 h 50

      On n'a pas besoin de voir l'autorisation d'Heurtel. Ce qui compte, c'est que le ministre l'annule.

      Ce qu'on doit voir, c'est le fameux contrat signé par le gouvernement Marois et qui sert de paravent à Couillard pour justifier l'autorisation aberrante d'Heurtel.

  • Yves Côté - Abonné 7 juillet 2016 10 h 58

    Outrés...

    Outrés les menés ?
    "Pas grave...", répondirent le grand requin et toute sa bande.

    Sauf que le gouvernement Couillard ne pourra pas nous prendre éternellement pour des poissons.
    Et tombera dans le filet de l'élection qui tombera.

    Tourlou !

  • Bernard McCann - Abonné 7 juillet 2016 10 h 58

    Un autre point de vue à obtenir

    M. Couillard ne cesse de répéter à tort qu'il est forcé de respecter le contrat signé par le précédent gouvernement. Médecin, il aurait suivre une formation en droit des affaires, puisqu'il est possible de mettre un terme de gré à gré à un contrat liant deux parties. S'il ne veut pas rendre public ce contrat, c'est qu'il y a anguille sous roche...

    Par ailleurs, il faut absoluement demander l'application de la Loi canadienne sur les pêches, puisque le promoteur effectuera des travaux impactant l'habitat du poisson.

    Enfin, le promoteur Pétrolia démontre sa mauvaise foi en affirmant que la population de saumon serait de moins de 3000 adultes "en plus de montrer des signes de déclin". C'est justement parce qu'elle montre des signes de déclin qu'il faut surveiller et protéger cette population...

  • Yvonne Dolbec - Abonnée 7 juillet 2016 11 h 48

    Développement durable

    Saccager l'environnement de façon irrémédiable, c'est cela le développement durable, tel que l'entend le Parti libéral du Québec.

  • Yvonne Dolbec - Abonnée 7 juillet 2016 11 h 56

    Des signes de déclin

    Comme pour les caribous,les bélugas,les rainettes et le ginseng, que les saumons d'Anticosti soient"en voie de déclin" est une bonne raison d'en provoquer la disparition. Bravo pour ce beau raisonnement!

    Quant aux prétentions scientifiques de Heurtel pour permettre ce prélevement, seraient-elles de la même eau que celles, tout aussi scientifiquement fallacieuses que le ministre avançaient au moment de Cacouna?