Un «contrat malheureux», mais qui doit être respecté, dit Couillard

Le premier ministre Philippe Couillard a répété, lors d'une conférence de presse mardi avec son homologue fédéral Justin Trudeau, que l’État est lié par une entente dont il ne peut se dégager.
Photo: Jacque Nadeau Le Devoir Le premier ministre Philippe Couillard a répété, lors d'une conférence de presse mardi avec son homologue fédéral Justin Trudeau, que l’État est lié par une entente dont il ne peut se dégager.

Même s’il n’est pas « heureux » de la poursuite des forages pétroliers sur l’île d’Anticosti, le premier ministre Philippe Couillard a réitéré mardi son intention de respecter le contrat qui oblige le gouvernement à investir au moins 57,7 millions de dollars dans des travaux d’exploration, y compris un nombre non défini de forages avec fracturation.

Interpellé mardi dans la foulée des révélations du Devoir que le gouvernement a autorisé le prélèvement de 30 millions de litres d’eau dans des rivières de l’île, le chef libéral a répété que l’État est lié par une entente dont il ne peut se dégager. « Le contrat étant ce qu’il est, on doit le suivre. C’est ce que nous faisons », a dit M. Couillard, évoquant du même souffle un « contrat malheureux ».

Malgré les autorisations accordées pour la réalisation de trois premiers forages exploratoires sur Anticosti, il a de nouveau plaidé en faveur de sa protection. « [Le respect du contrat] ne signifie pas qu’on soit heureux de ce qui se passe sur l’île d’Anticosti et qu’on ne veuille pas protéger, et on va le faire, cet écosystème unique. »

Forages à venir

Avant d’espérer « protéger » l’île sise en plein coeur du golfe du Saint-Laurent, Québec doit cependant aller jusqu’au bout des travaux prévus dans le cadre du contrat signé en 2014 par l’ancien gouvernement péquiste. Ce contrat prévoit que la première étape doit être complétée avec les trois premiers forages avec fracturation, qui seront terminés en 2017.

Toutefois, des « travaux supplémentaires » incluant d’autres forages pourraient suivre dans le cadre d’une deuxième phase d’exploration. C’est seulement après cela, vraisemblablement, qu’une décision pourra être prise sur une éventuelle exploitation commerciale.

Le contrat étant ce qu'il est, on doit le suivre. C'est ce que nous faisons.

Cette décision pourrait devoir être prise en pleine année électorale, soit en 2018. Avant cela, le gouvernement ne peut se retirer de la société en commandite Hydrocarbures Anticosti. L’autre entreprise qui injecte des millions de dollars dans les travaux, Maurel Prom, a pour sa part négocié une clause de retrait une fois que le premier forage avec fracturation aura été complété.

Infrastructures coûteuses

Pour extraire d’éventuelles ressources fossiles, les investissements en exploitation et en infrastructures seraient majeurs. En fait, des études menées à la demande de Québec dans le cadre de l’évaluation environnementale stratégique concluaient que chaque forage pourrait coûter 8,8 millions de dollars. Qui plus est, les coûts de transport uniquement pour le gaz de schiste se chiffreraient en milliards de dollars.

Selon un scénario « optimisé » de développement commercial, l’exploitation sur l’île pourrait durer 75 ans. Au cours de cette période, qui doit en théorie mener à une élimination mondiale du recours aux énergies fossiles, l’industrie pourrait forer pas moins de 4155 puits répartis sur 445 plateformes.

26 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 5 juillet 2016 16 h 00

    Annulable!

    Un contrat gouvernemental ''malheureux'' est toujours annulable. Soyons sérieux! Au gouvernement de s'entendre avec les parties concernées pour le dédommagement. Tout ce qui manque ici, c'est du cran et de la volonté. La population applaudirait!

    M.L.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 6 juillet 2016 12 h 15

      Bravo Monsieur Lebel! Annulons ce contrat "malheureux" et nous applaudirons! Mais...y aura-t-il assez de cran et de volonté?

  • Bernard McCann - Abonné 5 juillet 2016 16 h 04

    Les citoyens ne sont pas dupes !

    Si tel est le contrat, pourquoi ne pas le rendre public... Trop souvent par le passé, ce subterfuge a été utilisé : On a pas le choix, il faut le respecter... qu'est-ce que l'entente implique ? On parle maintenant de milliards de dollars pour le transport de gaz de schiste (qui paiera la note ?), mais on ne dit mot sur les impacts environnementaux réels et possibles du transport de ce gaz...

    • Sylvie Lapointe - Abonnée 5 juillet 2016 19 h 39

      Vous, vous avez compris assez bien le "subgerfuge". C'est trop vrai qu'ils nous prennent pour des dupes, j'oserais même dire une bande de niochons. Ce qui m'étonne d'ailleurs car de nos jours, les gens sont beaucoup plus informés que dans le temps du fameux Duplessis. Ce gouvernement se trompe sûrement d'époque, mais ça fait peut-être son affaire finalement.

  • Robert Beauchamp - Abonné 5 juillet 2016 16 h 24

    Mentir, encore et encore

    N'avait-il pas déclaré solennellement à l'Assemblée nationale qu'il n'y aurait pas de tels forages sous sa signature? Ne savait-t-il pas alors qu'un contrat existait? Pourquoi évite-t-il les analyses environnementales? À laquelle de ces étapes nous ment-il donc? Serait-ce à toutes?

  • Marc Leclair - Inscrit 5 juillet 2016 19 h 48

    Tellement malheureux mon pauvre Philippe. Je suis convaincu que ton sommeil en sera affecté ce soir. Ce doit être réconfortant de savoir malgré tout que tu t'en mettras plein les poches et que tu pourras partager avec tes amis. C'est toujours ça de pris. En attendant les Québécois partagent ta tristesse.

    • Jacques Grenier - Abonné 6 juillet 2016 05 h 42

      Couillard a une pensée politique 50 ans en arrière. Quand il est revenu au Québec, il était très en retard sur l'évolution de la Nation, ça n'a pas changé.

    • François Dugal - Inscrit 7 juillet 2016 17 h 13

      Et retard ou en avance?
      De toute façon, il n'est pas là.

  • Pierre Desautels - Abonné 5 juillet 2016 20 h 04

    L'invasion des lobbys barbares...


    Bien sûr, ce contrat pourrait être annulé avec dédommagement. Mais les lobbys du pétrole sont puissants et le PQ, qui a signé ce contrat, et le PLQ, sont à genoux devant ces mêmes lobbys...

    • Marc Durand - Abonné 6 juillet 2016 08 h 20

      Dans le contrat, Pétrolia et Corridor Ress, qui ont obtenu ces droits miniers à rabais d'HQ en 2006, les utilisent comme valeur pour n'avoir rien à défrayer dans les travaux: Québec paie 57%, Morel&Prom 43%, Pétrolia 0%, Corridor 0% (et reçoit même un montant fixe!). Le gouvernement actionnaire principal rembourserait quoi au juste à des partenaires qui n'ont rien défrayé ? Ce "deal" à l'origine est un marché de dupes.