30 millions de litres d’eau pour 3 forages

La rivière Jupiter abrite des saumons de l’Atlantique.
Photo: Productions Rapide-Blanc La rivière Jupiter abrite des saumons de l’Atlantique.

Québec a autorisé le prélèvement de plus de 30 millions de litres d’eau dans des rivières d’Anticosti afin de réaliser les trois premiers forages avec fracturation sur l’île, a appris Le Devoir. La majorité de cette eau sera puisée dans des cours d’eau abritant une population de saumon en voie de disparition. Quant aux eaux usées, elles seront traitées sur place selon une méthode encore inconnue, puis rejetées directement dans le golfe du Saint-Laurent.

Le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) a accepté de préciser, à la suite d’une demande officielle, « les quantités maximales » d’eau pouvant être utilisées pour chacun des trois forages du programme de recherche de pétrole et de gaz de schiste. Ces travaux financés majoritairement par l’État québécois doivent débuter cet été, pour être achevés en 2017.

Un premier forage, nommé « Canard », pourra être réalisé avec 10,57 millions de litres d’eau. Un deuxième, désigné comme le forage « La Loutre », pourrait pomper jusqu’à 11,15 millions de litres d’eau dans une des rivières désignées par le MDDELCC. Enfin, le forage « Jupiter », situé près de la rivière à saumon du même nom, aura droit à un maximum de 9 millions de litres.

Au total, le gouvernement du Québec a donc autorisé le prélèvement de 30 720 000 litres d’eau dans des rivières réputées pour la qualité de leurs eaux. À titre de comparaison, un tel volume équivaut à la quantité nécessaire pour remplir pas moins de 10 piscines olympiques, ou alors un total de 1000 camions-citernes.

Les 30 millions de litres d’eau prévus pour réaliser ces forages ne représentent toutefois qu’une infime partie de l’eau qui serait nécessaire en cas d’exploitation d’énergies fossiles sur Anticosti. Selon les résultats de l’évaluation environnementale stratégique (EES) menée par le gouvernement, « un total d’environ 4155 puits » pourraient être nécessaires pour cette phase, qui durerait plus de 50 ans. Pour chacun, la quantité d’eau nécessaire pourrait atteindre 16 millions de litres, toujours selon les conclusions de l’EES.

Or, les rivières de l’île ne suffiraient absolument pas pour répondre à une telle demande, qui dépasserait les 45 milliards de litres, ou 15 000 piscines olympiques. Le rapport de l’EES publié à la fin du mois de mai suggérait donc « d’envisager l’utilisation de l’eau du golfe du Saint-Laurent », ou encore de recourir au gaz propane.

Rivières à saumon

Au moment d’autoriser les trois forages exploratoires prévus dans le contrat signé par le gouvernement du Québec, le MDDELCC a d’ailleurs indiqué le nom des quatre rivières qui pourront être utilisées pour y pomper de l’eau. Deux d’entre elles, la Jupiter et la Sainte-Marie, abritent des populations de saumon de l’Atlantique. La population de saumons de l’île est considérée comme en voie de disparition par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada.

Le gouvernement Couillard a tout de même autorisé le prélèvement d’eau dans la plus importante rivière de l’île, la rivière Jupiter, qui abrite près de 30 % de tous les saumons d’Anticosti. Cette rivière est très réputée pour la pêche. La Société des établissements de plein air du Québec, qui vante la « limpidité sans égale » de ses eaux, vend d’ailleurs des forfaits de pêche à 6000 $.

Les importantes quantités d’eaux usées des forages seront par la suite traitées directement sur l’île d’Anticosti. L’« autorisation » accordée le 15 juin dernier au nom du ministre de l’Environnement, David Heurtel, précise cependant très peu de choses au sujet du processus de traitement.

Le document indique simplement qu’un « fournisseur » non identifié pour le moment devra exploiter « un système de traitement » pour décontaminer les eaux, qui peuvent contenir plusieurs produits toxiques. Ce système devra notamment pouvoir traiter des eaux usées « chargées en solide » jusqu’à une certaine concentration, qui n’est pas précisée.

Les rejets devront respecter les normes inscrites dans les règles « provisoires » fixées par Québec pour l’exploitation de pétrole et de gaz. Le document ne fait pas mention des dispositions du projet de loi sur les hydrocarbures, qui n’a pas encore été adopté.

Eaux dans le golfe

Si plusieurs éléments concernant le traitement des eaux usées restent à préciser, on sait d’ores et déjà que ces millions de litres se retrouveront ensuite dans le Saint-Laurent. « Les eaux seront rejetées dans le golfe après traitement », a indiqué le MDDELCC, dans une réponse transmise deux semaines après la demande du Devoir.

Selon les coordonnées géographiques inscrites dans l’autorisation accordée au nom du ministre Heurtel, trois points de rejets sont prévus. Tous sont situés sur la rive sud de l’île, reconnue pour la richesse de sa biodiversité marine. Tout indique qu’un point de rejet sera même situé directement dans l’embouchure de la rivière Jupiter. On retrouve à cet endroit une grande concentration d’oiseaux marins, mais aussi de mammifères marins.

Pour le biologiste Sylvain Archambault, de la Société pour la nature et les parcs, la décision gouvernement d’autoriser le prélèvement de 30 millions de litres est une grave erreur.

« Il est inconcevable qu’on permette des prélèvements d’une telle ampleur dans l’habitat du saumon, une espèce menacée de disparition sur Anticosti, et de surcroît dans des rivières au débit déjà très faible, a-t-il fait valoir, à la lumière des informations obtenues par Le Devoir. Qu’en est-il de la responsabilité du Québec face aux espèces menacées de disparition ? »

La rivière Jupiter a été ciblée depuis longtemps « comme territoire d’intérêt pour une aire protégée », a-t-il également rappelé. « Alors qu’Anticosti ne compte que 7,7 % d’aires protégées, bien en deçà de l’objectif de 17 % pour 2020 auquel le Québec a adhéré, le ministère donne clairement préséance à l’industrie pétrolière. »

C’est l’opérateur des travaux sur le terrain, l’entreprise Pétrolia, qui dirigera les opérations au nom de la Société en commandite Hydrocarbures Anticosti. L’État québécois est le principal bailleur de fonds de ce projet d’exploration, avec un investissement minimal de 57,7 millions.

 

Consultez la carte des forages menés par Hydrocarbures Anticosti en 2014 et 2015

 

Consultez notre dossier Anticosti, seule face au pétrole tout-puissant
69 commentaires
  • Patrick Provost - Abonné 4 juillet 2016 00 h 11

    Inconcevable

    Inconcevable pour ceux qui connaissent la beauté de la nature à Anticosti et sa fragilité... Heurtel et Couillard: je vous accuse de trahison envers la nature, la faune aquatique, le peuple québécois et les générations futures!! Votre règne s'achève...

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 4 juillet 2016 07 h 23

      Autorisé sous la signature de Philippe Couillard md inc.
      Ces néo-libéraux passent de l'austérité à la destruction de tout ce qui est bon. Ils détruisent tout. Tout passe dans la privatisation et la destruction de l'état Québécois.

      P.Doucet

    • Daniel Gagnon - Abonné 4 juillet 2016 11 h 13

      Exactement... Le scandale d'Anticosti...le gouvernement s'accorde une sorte de licence et une sorte d'autorisation pour cèder honteusement des droits vitaux fondamentaux qui ne lui appartiennent pas.

      Sur le plan national et international, c'est un scandale qui doit être dénoncé, car il s’agit d’un comportement de contrebandier qu'adopte ce gouvernement libéral destructeur, il n'y a pas d'autre mot, un comportement qui s’apparente au banditisme international.

      C'est révoltant de voir ce gouvernement destructeur vendre nos droits fondamentaux à la santé, à la vie des espèces, au respect de la vie humaine.

    • François Boucher - Inscrit 4 juillet 2016 12 h 19

      Ce sont des contrats signés par le gouvernement du Parti Québecois, dirigé par Madame Marois, qui autorisent ces forages.
      Le gouvernement actuel ne peut que se plier aux termes du contrat.
      Faites donc preuve d'un peu d'honnêteté intellectuelle SVP…

    • François Boucher - Inscrit 4 juillet 2016 12 h 22

      Et pour les ignares qui se permettent d'avoir malgré tout des "opinions" politiques, notez que le terme "néo-libéral" n'a strictement RIEN à voir avec le "Parti Libéral"…

    • Daniel Gagnon - Abonné 4 juillet 2016 21 h 52

      La responsabilité incombe à Monsieur Couillard, elle lui revient comme premier ministre actuel.

      Il a été élu, non pas pour entériner les politiques du Parti québécois, mais supposément, pour faire mieux! On voit qu’il n’a réussi qu’à envenimer les choses avec le manque de conscience qu’on lui connaît.

      Il est certain que par toutes ses esquives et ses dérobades, le gouvernement libéral n’a cherché qu’à gommer sournoisement la dangerosité de ces contrats dont il connaissait la teneur.

      Depuis que Monsieur Couillard est au pouvoir, il lui était loisible de prévoir ces atrocités anticostiennes et de trouver des moyens d'éviter cette tragédie, ce qu’il n’a évidemment pas fait.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 5 juillet 2016 00 h 18

      À François Boucher : Les contrats signés par Mme Marois ne précisent pas où l'eau nécessaire au forage hydraulique devait être puisée. C'est l'autorisation d'Heurtel qui le précise.

      La privatisation de l'activité prospective d'Hydro-Québec à Antocosti est une décision de Charest. Ce sont les Libéraux qui ont autorisé les pétrolières à effectuer de la fracturation hydrolique prospective dans l'ile. Or la fracturation hydraulique ne se fait pas sans eau (excusez le pléonasme).

      Je termine, tout comme vous, par un appel à l'honnêteté intellectuelle.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 4 juillet 2016 01 h 21

    Incompétence absolue en matière d'environnement

    Merci M. Shields de nous révéler une fois de plus, l’incompétence du gouvernement Couillard, et plus précisément du petit, petit, petit David Heurtel à l’Environnement (le paillasson des pétrolières).

    De toute évidence, c’est le gouvernement le plus nul que le Québec ait connu depuis celui de Jean-Jacques Bertrand, de l’Union Nationale, il y a cinquante ans.

    Mon Dieu que le temps sera long d’ici les prochaines élections provinciales…

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 4 juillet 2016 08 h 54

      M. Martel, j'ajouterais : Mon Dieu, qu'il serait déprimant et catastrophique si la division de l'opposition à ce gouvernement perdurait et faisait que le PLQ reprenait le pouvoir pour un autre mandat.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 4 juillet 2016 10 h 49

      Alors demandons a Ottawa,comme il a protégé la petite rainette a Laprairie,de proteger les saumons et les rivieres pures d'Anticosti que j' ai déja visitées.Vraiment ce gouv est une honte totale. JPG

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 4 juillet 2016 15 h 13

      À Jean-Pierre Marcoux : Les fédéralistes sont beaucoup plus divisés que les Indépendantistes, puisque ces derniers sont très majoritairement acquis au PQ.

      Ce que le PQ a besoin pour prendre le pouvoir, ce n'est pas de ravir les miettes de QS ou d'Option Nationale, c'est plutôt de convaince les innnombrable fédéralistes mous qu'un référendum n'a jamais tué personne et que prix à payer pour avoir un gouvernement compétent, c'est d'accepter la "manie référendaire" du PQ.

      Si on est contre l'indépendance (ce qui n'est pas mon cas), c'est simple; on vote 'NON' et on a la paix pour dix ans.

    • Raymond Lutz - Inscrit 4 juillet 2016 15 h 26

      Quelle division de l'opposition? Il y 18 personnes qui ont voté PLC contre 23 personnes QUI N'ONT PAS VOTÉ (aux dernières élections, sur un total possible de 67).

      Il est là le problème... pas la division imaginaire du vote de l'opposition! Et je présume que vous fesiez référence aux trois personnes grignotées par QS au 11 votes du PQ? des peanuts.

  • Jean-Marc Tremblay - Abonné 4 juillet 2016 03 h 06

    le saccage neo-libéral du patrimoine environnemental:..


    À vos marques, prêts, partez!!

    • Robert Beauchamp - Abonné 4 juillet 2016 07 h 33

      L'état devenu aussi pollueur que les pires prédateurs industriels.

    • François Boucher - Inscrit 4 juillet 2016 08 h 58

      Euh… c'est pas plutôt le PQ qui a sigbné ces contrats??

    • Léonel Plasse - Abonné 4 juillet 2016 12 h 24

      François Boucher : Encore la faute du PQ. Vous avez rêvé qu'il était au pouvoir, je regrette ce sont les libéraux.

    • Gilles Théberge - Abonné 4 juillet 2016 17 h 43

      Euh... C'est pas plutôt le PLQ qui persiste...

  • Denis Paquette - Abonné 4 juillet 2016 04 h 30

    Occupés a voir ce qui serait le plus payant

    Quel sens de la responsabilité que ce gouvernement, a ce compte la, il serait peut etre plus utile de ne pas en avoir, ca nous couterait moins cher, et ca nous ferait gagner du temps, nous n'aurions qu'a dire aux compagnies qu'un gouvernement nous n'en avons pas, que ceux que nous avons trouvés sont occupés, a voir ce qui serait le plus payant

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 4 juillet 2016 05 h 36

    Ile

    C'est une «ile». Y a de l'eau tout le tour. Des milliards de litres d'eau dans le fleuve. Mais non... on prend l'eau dans une rivière à saumon où on voit déjà le fond.

    Retourner l'eau «dans» le fleuve ??? Je suis plus que certain que le Américains seraient très intéressés par le traitement que Pétrolia a concocté pour nettoyer cette eau polluée; parce qu'eux, ils sont obligé de la pomper à des kilomètres dans le sol pour ne pas nuire à l'environnement.

    Heurtel et Couillard... Vous êtes mes héros; tous simplement mes héros !

    PL

    • Sylvain Auclair - Abonné 4 juillet 2016 13 h 32

      Sans doute que l'eau salée ne conviendrait pas.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 4 juillet 2016 13 h 38

      Vous avez tellement raison! Rien à rajouter...je suis sans mot et bientôt nous serons peut-être sans eau (propre et potable)...