L’adoption ou la mort pour un jeune béluga orphelin

La jeune femelle jeune béluga a été retrouvée échoué à Rivière-du-Loup jeudi midi.
Photo: GREMM La jeune femelle jeune béluga a été retrouvée échoué à Rivière-du-Loup jeudi midi.

Opération pour le moins inusitée jeudi sur les eaux du Saint-Laurent. Une équipe scientifique a tenté de sauver un bébé béluga âgé d’à peine quelques heures retrouvé échoué. Reste à voir si la manoeuvre délicate de remise à l’eau permettra de sauver un des très rares rejetons de l’espèce, qui connaît des taux de mortalité dramatiques depuis quelques années.

Il était environ 13 h jeudi lorsque le Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) a reçu un appel lui signalant la présence d’un très jeune béluga échoué vivant à Rivière-du-Loup. Une femelle pour ainsi dire naissante de 1,5 mètre et pesant un peu plus de 100 livres. Sans doute une des premiers jeunes de l’année 2016.

Comme le cétacé semblait vigoureux, une équipe du groupe est partie de Tadoussac à bord de leur bateau de recherche afin d’aller le récupérer, après avoir obtenu l’autorisation de Pêches et Océans Canada. Grâce à l’aide de citoyens, l’animal a pu être transporté, par camion, jusqu’au quai de Rivière-du-Loup, où il a été transféré à bord du bateau du GREMM.

Photo: GREMM La jeune femelle jeune béluga a été retrouvée échoué à Rivière-du-Loup jeudi midi.

Comme il s’agit d’un « veau », tout indique qu’il a été séparé de sa mère dans les heures qui ont suivi sa naissance, explique Robert Michaud, le président du GREMM. Cela signifie que la femelle est probablement morte à la suite de la mise bas. « Il ne serait pas étonnant de retrouver une autre femelle morte dans les jours qui viennent », souligne d’ailleurs le scientifique, qui étudie l’espèce depuis plus de 30 ans. Il ne semble pas qu’il y ait de lien entre ce veau et la femelle allaitante retrouvée morte mardi à Sainte-Flavie.

Dans ces circonstances, l’équipe à bord du bateau est donc partie avec le jeune béluga à la recherche d’un groupe de bélugas du secteur de la rive sud du Saint-Laurent. Cette population de cétacés est en effet composée de différentes « communautés », c’est-à-dire des groupes qui vivent dans des secteurs distincts durant l’été. Qui plus est, les mâles et les femelles vivent séparément.

Remise à l’eau

Photo: GREMM Une fois remis à l'eau, le jeune béluga s'est joint pendant 40 minutes à un groupe comptant des femelles, au large de Cacouna.

L’équipe du GREMM, habituée de localiser ces animaux, a ainsi été en mesure, vers 19 h, de localiser un groupe composé de femelles et de jeunes bélugas nés les années précédentes. La petite femelle naissante a donc alors été remise à l’eau dans le secteur de l’île aux lièvres, non loin de Cacouna.

Elle s’est immédiatement jointe au groupe, et ce, pendant une quarantaine de minutes. Mais selon les observations de l’équipe de Robert Michaud, aucune femelle n’aurait prodigué de soins maternels à l’animal, comme cela peut parfois se produire. Elle a par la suite quitté ce groupe pour se retrouver avec un autre groupe, mais composé d’animaux juvéniles qui ont été plus « rudes » avec elle. L’équipe a par la suite dû quitter les lieux, pour rentrer à Tadoussac.

« Pour le moment, on ne connaît pas encore l’issue de l’histoire. Nous n’avions pas beaucoup de temps, puisque nous avons remis l’animal à l’eau en soirée, explique M. Michaud. On évalue que les probabilités qu’un sauvetage comme celui-là fonctionne sont très faibles, mais elles sont bien réelles. »

Il souligne que le sauvetage a été tenté parce que le béluga du Saint-Laurent est dans une situation de plus en plus précaire. La population ne dépasse plus les 880 individus, alors qu’ils étaient plus de 10 000 il y a un siècle. Et « les mortalités importantes » de nouveau-nés et de femelles au cours des dernières années constituent une source d’inquiétude supplémentaire pour l’espèce.

Avec les carcasses déjà retrouvées en 2016, dont deux femelles, Robert Michaud redoute d’ailleurs la poursuite de cette tendance lourde. « Ce ne sont pas de bonnes nouvelles. Mon impression, c’est que ça semble être une saison qui est dans la ligne des autres saisons depuis 2010, au moment où a commencé la série noire. »

Le secteur privilégié pour les femelles qui font partie de la communauté de la rive sud, dont la mère de la jeune femelle remise à l’eau jeudi, se situe au large de Cacouna. Dans un contexte de reproduction en péril, Robert Michaud s’inquiète donc de la volonté du gouvernement Couillard d’y développer une « zone industrialo-portuaire ». Même chose pour le projet qui devrait être développé à Saguenay, selon la stratégie maritime libérale.

« Ce sont de nouveaux développements qui seront implantés dans l’habitat essentiel du béluga et qui sont susceptibles d’augmenter le trafic dans cet habitat. Il faudrait donc les évaluer attentivement, et surtout, dans leur ensemble. »

4 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 2 juillet 2016 02 h 46

    Nous sommes tous devenus...

    Québécois, nous sommes tous devenus des bélugas.
    Reprenez la lecture de l'article de Monsieur Shields et remplacez le mot "béluga" par celui de Québécois.
    Vous verrez, le résultat est étonnant...

    Tourlou !

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 2 juillet 2016 08 h 24

    Encore du gaspillage des fonds publics

    Le gouvernement Couillard se propose de dépenser une somme de 125 000$ pour mener des études de faisabilité de l’implantation d’une zone industrialoportuaire à Cacouna.

    Depuis 1981, le gouvernement du Québec a déjà dépensé des dizaines de millions au port de Cacuna à l’époque où on ignorait qu’il s’agissait-là d’une erreur.

    Mais depuis qu’on sait que Caouna est au cœur de la zone de reproduction du béluga, qu’est-ce qui justifie qu’on s’entête à gaspiller les fonds publics ?

    C’est plus en amont -- plus précisément à Rimouski -- qu’on doit déplacer l’activité industrialoportuaire de Cacouna. Cette dernière doit faire son deuil de son port industriel (où on transborde principalement du ciment brésilien et des produits forestiers québécois). On peut fait plein de choses dans la vie, Cacouna doit se renouveller autrement.

    Le fleuve Saint-Laurent s’écoule sur 1 140km. C’est un des plus longs fleuves du monde. Quelle est cette idée de s’acharner à développer à Cacouna, très précisément, des activités portuaires qu’on pourrait très facilement installer ailleurs.

    Déjà, depuis deux ans, la population québécoise subit une politique d’austérité destinée à assainir les finances du Québec. Cet assainissement se justifie après une décennie de pillage du trésor public par le gouvernement Charest.

    Et voilà encore un autre exemple criant de la mauvaise gestion du budget de l’État par les Libéraux.

    C’en est presque désespérant…

  • Gilles Théberge - Abonné 2 juillet 2016 08 h 39

    Le scientifique s'inquiète de l'attitude du gouvernement Couillard qui veut développer une zone portuaire industrielle dame le secteur où précisément vivent les bélugas...!

    Le scientifique s'inquiète. Mois aussi je m'inquiète.

    Et je m'inquiète de l'attitude de l'impotent ministre dès richesse naturelles, Heurtel qui manifestement ne fera rien. Je m'inquiète aussi du ministre de la faune qu'on entend jamais sauf quand il y a des coupures dans son ministère!

    Je m'inquiète vraiment.

    Je rend grâce à Dieu de ne pas être un bélugas.

    Ni un scientifique. Bon courage les amis!

  • André Savary - Abonné 3 juillet 2016 07 h 54

    inquiétude..

    Il m'est très difficile d’accepter l'acharnement du gouvernement actuel à vouloir tout détruire l'environnement. Cette crainte l’est partagé par plusieurs. Mais nous n’avons pas un gouvernement d’écologistes, mais de médecins et d’économie d’austérité.

    Ce que je ne comprends pas, c’est l’utilité, la nécessité d’un port de cet envergure à cet endroit. Qui pourrait en profiter ? Dans cette région Il n’y a pas de mine, presque plus de bois, quelques PME locales, alors qui ?? Les compagnies de transport routier ou ferroviaire, les quelques individus qui pourraient y trouver un travail ? À Cocouna, la route 20 est le principal accès et la 85, même pas à voie divisée jusqu’au Nouveau-Brunswick !

    Que recevrons-nous et qu’expédierons avec ce port ? Des « containers » qui iront encore embourber le trafic sur nos routes ? Au détriment du port de Rimouski? de Québec?

    On ne revitalise pas une région avec des projets qui n’ont pas de sens!