Le ministère de l’Environnement pourrait évaluer la zone de Cacouna

La carcasse encore fraîche d'une femelle béluga possiblement gestante a été retrouvée mardi à Sainte-Flavie, dans le Bas-Saint-Laurent.<br />
 
Photo: Réjean Côté La carcasse encore fraîche d'une femelle béluga possiblement gestante a été retrouvée mardi à Sainte-Flavie, dans le Bas-Saint-Laurent.
 

Le gouvernement Couillard pourrait, si nécessaire, mener une évaluation environnementale avant d’autoriser le développement d’une zone industrialo-portuaire à Cacouna. Ce projet issu de la Stratégie maritime doit s’implanter en plein coeur de l’habitat critique du béluga du Saint-Laurent, une espèce menacée dont on a déjà retrouvé quatre carcasses cette année.

Québec a annoncé la semaine dernière son intention d’injecter jusqu’à 125 000 $ dans la réalisation d’un « plan de développement » d’un autre projet de zone portuaire industrielle, mais cette fois dans le Bas-Saint-Laurent, à Cacouna.

« Nous visons à ce que cette zone industrialo-portuaire devienne un centre névralgique et essentiel à la vitalité économique des communautés », a alors souligné le ministre responsable de la Stratégie maritime, Jean D’Amour, par voie de communiqué. Le tout, a aussi promis Québec, sera fait « en conformité avec les principes de développement durable ».

   

Étude possible

Est-ce que le gouvernement entend mener une étude environnementale avant d’autoriser le projet portuaire dans la pouponnière des bélugas ? « Les projets ou les activités qui se développeront dans une future zone industrialo-portuaire devront obtenir les autorisations environnementales nécessaires », a répondu au Devoir le cabinet du ministre de l’Environnement, David Heurtel.

Le projet de développement industriel, qui reste à définir, pourrait être soumis à la procédure d’évaluation et d’examen des impacts sur l’environnement, qui s’applique pour certains projets portuaires. La Loi sur la qualité de l’environnement pourrait aussi s’appliquer dans la mesure où le projet nécessiterait un « certificat d’autorisation » du ministère de l’Environnement du Québec.

Avant la saga judiciaire du port pétrolier de TransCanada, en 2014, le gouvernement Charest avait déjà autorisé en 2007 la construction d’un important port méthanier à Cacouna, lui aussi de TransCanada, en lui accordant un « certificat d’autorisation ». Selon les spécialistes des bélugas, un tel projet aurait nui sérieusement à l’espèce.

Habitat critique

Même après l’abandon de ces deux projets de la pétrolière albertaine, le gouvernement Couillard n’a toujours pas appris des erreurs du passé, selon Nature Québec. « Ce projet de zone industrialo-portuaire va à l’encontre de la protection de cet habitat qui constitue la pouponnière des bélugas, estime Michel Bélanger, président de Nature Québec. Déjà l’été dernier, le gouvernement du Québec avait avancé cette idée, mais nous pensions qu’il avait compris l’importance de protéger cet habitat, d’autant plus que le gouvernement fédéral vient de déposer un projet d’arrêté ministériel pour protéger l’habitat jugé critique pour la survie du béluga du Saint-Laurent. »

En mai, le gouvernement Trudeau a effectivement publié un projet d’arrêté qui aura pour effet d’activer les interdictions de détruire un élément de l’habitat essentiel prévues par la Loi sur les espèces en péril. Le cabinet de David Heurtel assure d’ailleurs que Québec est en contact avec Ottawa en ce qui a trait aux « différents scénarios de conservation » de l’habitat de ces mammifères emblématiques du Saint-Laurent.

Selon la preuve scientifique déjà établie, le secteur de Cacouna ferait partie de l’habitat essentiel de l’espèce. C’est en effet dans ce secteur précis que les femelles vont mettre bas et passent les premières semaines avec les jeunes. Or, l’espèce ne compterait plus que 880 individus, en plus de montrer clairement des signes de « déclin » continu. Mardi, une nouvelle femelle béluga, possiblement gestante, a d’ailleurs été retrouvée morte à Sainte-Flavie, dans le Bas-Saint-Laurent. Il s’agit de la quatrième carcasse en 2016.

Selon les plans de la Stratégie maritime des libéraux, des secteurs cruciaux pour les bélugas seront soumis à un trafic maritime accru au cours des prochaines années. Québec compte en effet développer une zone industrialo-portuaire à Saguenay. Cela signifie que la circulation de navires industriels devrait croître dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, mis en place pour protéger le béluga.

10 commentaires
  • Tim Yeatman - Abonné 28 juin 2016 18 h 47

    Stop les machines!

    Si on met des freins sur un développement immobilier à cause d'un amphibien, il faut certainement mettre un arrêt au trafic maritime dans la pouponnière d'un mammifère!

    Johanne Dion
    Richelieu, Qc

    • Pierre Asselin - Abonné 29 juin 2016 13 h 16

      Que le gouvernement fasse son travail au lieu de se vendre à l'industrie et les projets s'ajusteront et aussi se réaliseront à la satisfaction des citoyens .
      Çe n'est sûrement pas çe ministre qui nous donnera la preuve que le travail A été correctement fait.......es autres dossiers et interventions en sont la preuve

  • Pierre Asselin - Abonné 28 juin 2016 23 h 02

    Les autorisations gouvernementales

    Toute une crédibilité ce ministre Heurtel , lui qui est prèt à faire fi des obligations légales d'une compagnie comme TransCanada pipeline nous dit que les autorisations seront nécessaires ........il faut comprendre de ce ministre qu'il donnera les autorisations nécessaires et celà peut être meme avant qu'elles soient demandées ..........il sauvera du temps de cette façon , c'est un avant-gardiste notre ministre et aussi une personne efficiente

  • Daniel Bonin - Abonné 29 juin 2016 06 h 17

    non, pas encore

    Toutes les études possibles ont été faites, on va encore payer pour la ènième étude. En ces temps de compressions ou il y a des coupes partout. Non mais faire de cette pouponnière une future zone industrialo-portuaire, c'est évident que ça ne passera pas.
    Pour quoi alors tout ce cirque et notre argant dépensé? Pour nous attirer dans un faut débat pendant qu'on va essayer de faire anancer, qui sais, le pipeline?
    C'est tellement triste d'avoir des gens si incompétants avec une vision si étroite qui se mêlent de gouverner une société.
    Daniel Bonin Saint Jean sur Richelieu, Qc Abonné

    • Brigitte Garneau - Abonnée 29 juin 2016 13 h 16

      Vous avez tout compris Monsieur Bonin! Pendant que nous serons occupés à défendre les bélugas, le moment sera idéal pour se faire passer un tuyau long de 700 km qui traversera plus de 850 cours d'eau...Les bélugas sont en danger, mais l'espèce humaine? Pas encore...En attendant, SACCAGEONS notre territoire et nous le deviendrons (espèce en voie de disparition) bien assez tôt! L'humain, ce mammifère soit disant intelligent, qui manque tellement de jugement!

    • Danielle Rochette - Abonnée 29 juin 2016 18 h 52

      C'est que nous sommes déjà une espèce en péril. Et si nous ne nous décidons pas à EXIGER notre propre protection par nos gouvernements, il nous arrivera ceci:
      "En ces jours qui précédèrent le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et mari, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche, et les gens ne se doutèrent de rien, jusqu'à l'arrivée du déluge qui les emporta tous." (Évangile selon Matthieu, chapitre 24, versets 37-39.)
      Merci à Roméo Bouchard (Survivre à l'offensive des riches, Les Éditions Écosociété, 2016) de nous rappeler que cette vieille histoire est en train de devenir réalité, à moins que nous nous grouillions le c...

  • Gilles Théberge - Abonné 29 juin 2016 11 h 38

    Non!

    Un autre étude... Que Québec ...pourrait faire...!

    Sans blague!

  • Denis Paquette - Abonné 29 juin 2016 12 h 56

    Faut-il toujours élire des gens omnibutés par l'argent

    Faut-il faire parti des élus pour ne pas être sensible a l'environnement, peut-être devrions- nous avoir le droit de leur faire passer des examens avant qu'ils aient le droit de se faire élire, faut-il toujours élire des personnes ombibulés par l'argent pour qu'ils soient efficaces