Sables bitumineux: hausse de 40 % de la production d’ici 2025

Le secteur pétrolier devrait produire quotidiennement 4,9 millions de barils de brut en 2030, selon les prévisions de IHS Energy.
Photo: Jacque Nadeau Le Devoir Le secteur pétrolier devrait produire quotidiennement 4,9 millions de barils de brut en 2030, selon les prévisions de IHS Energy.

La croissance importante de l’industrie des sables bitumineux devrait se poursuivre au cours des prochaines années, indiquent de nouvelles données publiées lundi. Cette hausse prévue de la production pétrolière impose d’ailleurs de construire de nouveaux pipelines, selon les entreprises du secteur. Mais les gouvernements doivent rejeter cette option, répliquent les écologistes.

Selon les chiffres dévoilés par la firme américaine IHS Energy, les projets d’expansion des sables bitumineux devraient faire croître la production du secteur de plus de 40 % d’ici 2025. L’industrie produirait alors 3,4 millions de barils par jour, contre 2,4 millions à l’heure actuelle.

Selon le directeur la firme, Kevin Birn, cité par La Presse canadienne, la construction de nouveaux projets de sables bitumineux entamée avant le plongeon des prix du pétrole en 2014 ajoutera environ 600 000 barils à la production quotidienne de ce secteur d’ici 2020.

Les autres 400 000 barils supplémentaires seront issus de la croissance des cinq années suivantes, lorsque les entreprises se concentreront sur leurs projets les plus économiques, essentiellement en procédant à l’expansion d’installations existantes, a précisé M. Birn.

Pipelines essentiels

Les prévisions de IHS Energy se rapprochent de celles de l’Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP), qui évalue que le secteur pétrolier devrait produire quotidiennement 4,9 millions de barils de brut en 2030. De ce nombre, 3,7 millions de barils devraient être extraits des sables bitumineux de l’Alberta.

Au moment de publier ces propres prévisions, la semaine dernière, l’ACPP a surtout insisté sur la nécessité de construire de nouveaux pipelines afin de transporter ce pétrole. Selon son président et chef de la direction, Tim McMillan, le fait de « brancher » le pays aux marchés qui ont besoin de ce pétrole devrait même être une « priorité ».

L’industrie pétrolière a effectivement besoin de tels pipelines afin de transporter la production pétrolière, puisque le réseau actuel est pratiquement saturé. Qui plus est, un projet comme Énergie Est, de TransCanada, doit aussi transporter chaque jour du pétrole américain qui sera importé au Canada à partir du Dakota du Nord.

Conçu pour faciliter l’exportation du pétrole albertain, le pipeline Énergie Est serait le plus important pipeline en Amérique, avec une capacité de transport de 1,1 million de barils par jour. Et il serait techniquement impossible de remplacer cette capacité de transport de brut vers l’Est par des convois de wagons-citernes, selon Équiterre. Les 1,1 million de barils nécessiteraient 1570 wagons chaque jour.

Tourner le dos au pétrole

Deux autres projets de pipelines visent la côte ouest canadienne, soit Trans Mountain et Northern Gateway. Ces deux projets font face à une vive opposition. L’Office national de l’énergie a toutefois récemment recommandé au gouvernement Trudeau d’autoriser la construction du pipeline Trans Mountain.

TransCanada a par ailleurs officialisé la fin de semaine dernière sa poursuite contre le gouvernement américain, à qui elle réclame plus de 15 milliards de dollars en raison du rejet de son projet de pipeline Keystone XL. L’entreprise juge même que le président Barack Obama a outrepassé ses pouvoirs en refusant de donner le feu vert au projet d’exportation de pétrole des sables bitumineux.

Pour Greenpeace, il faut toutefois impérativement rejeter la construction de nouveaux pipelines, particulièrement dans un contexte de lutte de bouleversements climatiques. « Les compagnies pétrolières veulent nous faire croire que l’avenir énergétique dépend de leur produit, mais nos gouvernements devraient reconnaître qu’il n’y a pas de marché pour davantage de pétrole des sables bitumineux dans un monde qui agit sur les changements climatiques », estime le porte-parole de la campagne climat de Greenpeace, Patrick Bonin.

« Un avenir viable pour l’économie et l’environnement réside dans l’accélération de la transition vers les énergies renouvelables, et non pas dans l’expansion des sables bitumineux », insiste-t-il.

 

20 commentaires
  • Roxane Bertrand - Abonnée 27 juin 2016 19 h 11

    Vers des énergies renouvelables...

    D'accord mais laquelle?

    De l'éthanol,....fait à partir de grain de maïs qui auraient autrement servi dans l'alimentation et dont l'utilisation partielle dans l'essence fait grimper le prix des denrées alimentaires.

    De l'énergie solaire....du vent; de l'hydroélectricité, cela ne fonctionnerait que pour le Québec et on est loin d'être seul au monde.

    La seule alternative actuelle, c'est de ne plus mettre d'essence dans nos voitures...c'est pas gagné/gagné. On est dépendant!

    • Benoit Thibault - Abonné 27 juin 2016 19 h 20

      Pourtant la chine prévoit atteindre 30% de source d'énergie via l'éolienne, de même la Norvège et la Suède flirte avec les 100% d'énergie renouvelable. Même la Californie, le Vermont et bien d'autres étât américains foncent dans cette voie.

      Il ce créé aux États unis près de 30 000 emplois par mois en lien avec les énergies renouvelables (toutes sources confondues), pendant ce temps on dort au ... pétrole.

    • Bruno Martin - Abonné 28 juin 2016 08 h 12

      Vous semblez conclure que si on ne construit pas de nouvel oléoduc, on doit nécessairement se priver de TOUT pétrole! Laissez-moi vous rassurer! Personne ne prône l'abandon de toutes les énergies fossiles du jour au lendemain et nous pourrons encore nous balader en auto le dimanche sans Énergie-Est, Trans Mountain et Northern Gateway.

      On veut simplement limiter l'EXPANSION des énergies fossiles pour éventuellement en diminuer la production afin de rencontrer les objectifs de l'accord de Paris sur la lutte au réchauffement climatique (30% de moins qu'en 2005). Jusqu'ici, on est dans la mathématique très élémentaire, si on veut diminuer quelque chose, il faut commencer par cesser de l'augmenter!

      En terminant votre argumentation sur un faux dilemme, vous utilisez l'absolutisme pour tenter de ridiculiser la juste mesure!

  • Benoit Thibault - Abonné 27 juin 2016 19 h 24

    Nos gouvernements dorment au gaz

    Cela n'a aucun sens! Tout les signes sont là. Le climat de la planète s'emballe, l'articque fait face à des fontes inégalées, à la prolifération d'algues roses qui accélèrent à son tour la fonte et plus et plus.

    Cela n'a aucun sens. Une immense raison de plus pour dire non au pipeline au Québec et en Colombie Britannique puisque les gouvernements ne semblent pas en mesure de freiner les appétits des magnats !

    • Daniel Bérubé - Abonné 28 juin 2016 12 h 59

      Selon moi, il ne faut pas compter sur les gouvernements; ce sera la population qui devra s'impliquer et faire comprendre ses choix. Mais il faut se dire qu'il y aura aussi d,autres qui défendront ces projets...

  • Sylvie Lapointe - Abonnée 27 juin 2016 20 h 23

    Une chose à la fois: les profits d'abord, ensuite l'environnement

    Si on ne suit pas les conseils de écologistes, on (le Canada) va se faire traiter de super grand destructeur d'environnement à l'échelle mondiale, ce qui est déjà commencé d'ailleurs. Aussi bien dire qu'on se tire une balle dans les deux pieds. Je me demande si ce n'est pas un truc pour nous enfoncer de force le pipeline de TransCanada au fond de la gorge. Faut savoir se décider. On est pour l'environnement (bouleversements climatiques) , ou contre. Il y aura toujours du monde pour dire qu'on ne peut pas faire autrement que de mettre du gaz dans nos voitures et que cela justifie finalement l'exploitation des sables bitumieux et autres polleurs du genre. Et au diable l'environnement et les problèmes liés aux changements climatiques! On commence d'abord par s'occuper du pétrole et des intérêts des grosses compagies, c'est à dire de leurs profits faramineux, grosses compagnies qui, soit dit en passant, ont le culot de partir après le président américain Barack Obama qui a eu l'audace de na pas obéir à leurs instructions! Et ensuite, là, on verra comment se sortir des problèmes environnementaux. Comme dirait l'autre, une chose à la fois...

  • Robert Lortie - Abonné 27 juin 2016 20 h 29

    Vers des énergies renouvelables

    De nouvelles voies.

    Il n'y a pas que l'éthanol de maïs, qui est une très mauvaise idée. L'éthanol à partir de la cellulose arrive tranquillement. La transformation des déchets municipaux par gazéification, telle que développée par la compagnie Enerken de Sherbrooke, permet aussi de produire de l'éthanol.
    Quant aux plastiques, on pourrait déjà en utiliser moins, et on peut en produire à partir de la biomasse.
    Plutôt que d'investir des milliards dans des oléoducs qui serviraient à transporter du pétrole qui devrait rester là où il est (sous terre) et qu'on va vouloir rentabiliser à tout prix, on devrait investir dans de nouvelles technologies et une nouvelle organisation sociale.

  • Gerald Chouinard - Inscrit 27 juin 2016 22 h 37

    "Les gouvernements doivent rejeter cette option, répliquent les écologistes"

    Monsieur Shields, j'admire votre couverture de l'environnement dans le Devoir, mais ici vous jouez le jeu des pétrolières lorsque vous identifiez comme "écologistes" les gens qui demandent aux gouvernements de rejeter cette option.

    Les scientifiques le demandent, l'ONU le demande, la COP21 le demande. Ne me dites pas que ces gens ne sont que de marginaux écologistes. En fait, mis à part l'industrie pétrolière elle-même (celle dont vous rapportez les "données"), et ses employés captifs dans leur sillage, personne d'informé ne supporte plus cette hausse de production.

    Il est temps de le dire ainsi, M. Shields: la société demande à ce que cela soit rejeté. Le dire autrement, ca serait de la désinformation.

    • Jean Santerre - Abonné 28 juin 2016 08 h 27

      Bonne remarque!

    • Luce Chamard - Abonnée 28 juin 2016 08 h 51

      Excellente remarque!

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 28 juin 2016 11 h 56

      @JS et @LC et @ Gérald Chouinard mais où voyez-vous quelque chose de contradictoire dans les propos de m. Shields?

      Les écologistes vous turlupinent à ce point...alors que ces derniers demandent aux gouvernements de renoncer aux pipelines et donc, par ricochet , au développement des sables bitumineux...ou vice et versa.

      Une relecture s'impose...

    • Robert Lortie - Abonné 28 juin 2016 13 h 16

      Bien dit !

    • Jean Santerre - Abonné 28 juin 2016 15 h 48

      @Nicole D. Sévigny et autres..
      N.B. Une relecture du texte indique que M. Shields a corrigé un profilage réducteur en modifiant la phrase". Ces deux projets font face à une vive opposition des écologistes" par " Ces deux projets font face à une vive opposition"
      C’est plus inclusif et représentatif.
      Votre commentaire ayant sans doute été écrit après cette correction, votre incompréhension des commentaires d’appréciations suivant celui de M. Chouinard est tout à fait compréhensible.
      M. Shields pourrait confirmer cette correction?