La protection d’une petite grenouille inquiète les constructeurs québécois

Le ministère fédéral de l’Environnement a publié un décret pour protéger l’habitat de la rainette faux-grillon de l’ouest.
Photo: Patrick Feller Le ministère fédéral de l’Environnement a publié un décret pour protéger l’habitat de la rainette faux-grillon de l’ouest.

Ottawa — L’association qui représente les entrepreneurs en construction du Québec réclame aux gouvernements provincial et fédéral plus de coordination pour éviter que ne se répète l’épisode de la grenouille qui bloque une partie d’un développement immobilier à La Prairie.

Mercredi dernier, le ministère fédéral de l’Environnement a annoncé un décret pour protéger l’habitat de la rainette faux-grillon de l’ouest.

Le décret, qui entrera en vigueur le 17 juillet et qui couvrira une zone d’environ deux kilomètres carrés, interdit toute activité qui menace le petit amphibien à La Prairie, Candiac et Saint-Philippe. Ainsi, une partie de l’ensemble résidentiel Symbiocité en Montérégie — 171 de 1200 unités d’habitation prévues — ne pourra pas aller de l’avant.

Protestations

Dès l’annonce du décret, le gouvernement du Québec, le maire de La Prairie, les chambres de commerce et autres entrepreneurs ont protesté, rappelant que le projet avait obtenu les autorisations nécessaires de Québec.

Pendant ce temps, les environnementalistes qui luttaient depuis 2013 pour protéger la grenouille en cause se sont réjouis et ont rappelé qu’un tribunal avait ordonné en 2015 à Ottawa d’appliquer sa loi sur les espèces en péril.

Jeudi, l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ) a donc décidé d’interpeller directement les deux ministres responsables de l’environnement : David Heurtel à Québec et Catherine McKenna à Ottawa.

« Le décret est […] la consécration d’un manque de coordination entre le gouvernement fédéral et le gouvernement du Québec en ce qui a trait aux interventions en matière environnementale », accuse Luc Bélanger, président-directeur général de l’APCHQ dans cette missive dont La Presse canadienne a obtenu copie.

M. Bélanger poursuit en exhortant les deux ministres à établir « un processus clair de collaboration et de concertation », pour s’assurer qu’une « situation comme celle vécue à La Prairie ne se reproduira plus ». « Il en va de la prévisibilité des projets ainsi que de la fiabilité des attestations environnementales émises par le gouvernement du Québec », conclut M. Bélanger.

L’association qui représente 17 000 entreprises répète dans sa lettre que le décret crée un précédent inquiétant et plonge les promoteurs immobiliers dans une grande incertitude. Et elle rend les deux gouvernements responsables de cette incertitude.

8 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 27 juin 2016 13 h 36

    Bien fait!

    Fallait y penser avant. Avant de détruire des territoires naturels ou des terres cultivables pour constuire des maisons, alors que les villes comptent nombre de terrains vacants.

    • Robert Beauchamp - Abonné 28 juin 2016 14 h 38

      Activités sources de grenouillage mieux connues sous le nom de collusion. Espèces très résistantes pataugeant dans les marais politiques.

  • Maryse Veilleux - Abonnée 27 juin 2016 17 h 37

    Hum!...

    Et qu'est-ce qu'on fait de l'ensemble des citoyens qui sont préoccupés par les changements climatiques et qui regardent le gouvernement libéral et les promoteurs saccager le Québec et ses ressources. Heureusement nous avons eu le fédéral pour intervenir dans ce dossier.

  • Robert Beauchamp - Abonné 27 juin 2016 20 h 27

    Le devoir de conscience

    Un peu plus loin quevotre $igne de piastre s.v.p. Les plus grands scientifiques nous le répètent ad nauseam, la fin de la grenouille et la disparition des abeilles annonceront à l'Homme sa propre fin.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 28 juin 2016 04 h 12

    Il y a toujours une première fois

    Comme on l'a vu à la Commission Charbonneau, la notion de développement des affaires prime souvent le droit et les stratégies mises en place pour la promouvoir le font souvent passer aux oubliettes. En cas d'insuccès, on blâmera ceux que l'on a si souvent manipulés et qui s'y sont agréablement prêtés. Ne recommencez pas, leur dira-t-on! Bien que le gouvernement fédéral se soit fait tirer les oreilles pendant plusieurs années, il demeure qu'il est finalement intervenu et c'est tant mieux. J'aurais aimé que ce soit le gouvernement provincial, mais c'était trop espérer de nos élus. Cela dit, méfions-nous des apparences: à côté de l'oléoduc, ce dossier est minuscule.

  • Yves Côté - Abonné 28 juin 2016 04 h 47

    Une grenouille contre...

    Une grenouille présentée comme justifiée pour arrêter les "Frogs" du Québec.
    C'est-y pas beau la vie en Canada ?
    Là où même l'écologie peut servir à briser ce que nous faisons sans doute de mieux comme réalisations originales !
    Hein, vous dites ?
    L'oléoduc et Trans-Canada ?
    Mais là, c'est toute une autre histoire mes z'amis !
    Toutes les précautions seront prises, on vous le promet. Tout comme on vous promet de respecter nos promesse, d'ailleurs. Pas besoin de l'écrire noir sur blanc sur un papier qui, de toute manière, est si biodégradable qu'avant même que nous puissions nous dissoudre en cas de besoin, qu'il en est ouvertement biodégradant.
    Non, depuis la traversée des terres humides, des rivières, des cours d'école et des autres obstacles sans importance allant jusqu'au beau port trans-océanique de Cacouna qu'un bon gouvernement vous donnera à vous et pour nous rendre service à nous, nous enrichir et nous rendre encore plus puissant en termes politiques et autres, il n'y a aucun risque.
    Tout est prévu par la grande machine de notre développement économique. Le nôtre, bien entendu. Parce que le vôtre, bon, disons que ce n'est pas exactement notre priorité immédiate. Si vous voyez ce que je veux ajouter au gâteau que nous vous préparons.
    Alors donc maintenant Cacouna, comme pour remplacer, faire oublier, raser enfin du paysage ces nuisibles bélugas qui ont le très mauvais goût de vivre ailleurs que dans cet océan qui pourtant, si les choses étaient aussi bien faites que ce que nous le voudrions, tout comme les baleines autrefois, pourraient les abriter demain...
    Mauvais goût qui aussi, ressemble à plusieurs égards à celui-là de ces Québécois qui n'en finissent plus de croire stupidement qu'on peut vivre heureux en français en Amérique du Nord.
    Peuvent bien dire qu'ils sont tous des bélugas, ces pauvres ont perdus la raison !
    Invitons tous à se régaler de cuisses de batraciens; pour rassembler le Canada il ny a pas mieux.

    Tourlou !