Pour éviter des manifestants, Jean D’Amour annule une conférence de presse

Le projet de zone industrialo-portuaire pourrait permettre de développer le secteur de Sandy Beach, à Gaspé.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Le projet de zone industrialo-portuaire pourrait permettre de développer le secteur de Sandy Beach, à Gaspé.

Des manifestants opposés à l’exploitation pétrolière au Québec se sont invités à une conférence de presse que devait tenir le ministre Jean D’Amour à Gaspé lundi. Ce dernier a finalement annulé l’événement dans le cadre duquel il aurait dû annoncer le projet d’implanter une zone industrialo-portuaire dans la municipalité.

Une quarantaine de manifestants, qui effectuent actuellement une tournée à pied de la Gaspésie dans le cadre de la « Marche des Peuples pour la Terre Mère », se sont présentés au point de presse qui devait avoir lieu au musée de la Gaspésie, à Gaspé.

C’est là que le ministre responsable de la Stratégie maritime, Jean D’Amour, devait annoncer que « le gouvernement du Québec a signé une entente de collaboration avec la Ville de Gaspé et ses partenaires locaux en vue d’implanter une zone industrialo-portuaire à Gaspé ». Dans le cadre de cette entente, le gouvernement financera jusqu’à 70 % des dépenses associées à la réalisation du plan de développement afférent, et ce, jusqu’à concurrence de 125 000 $.

« Le développement de zones industrielles près des services portuaires et d’infrastructures routières et, souvent, ferroviaires représente un avantage compétitif considérable pour les entreprises qui s’y installent », devait y souligner le ministre Jean D’Amour, selon ce qu’on peut lire dans le communiqué qui a tout de même été diffusé lundi.

Utile aux pétrolières

Fait à noter, le développement des infrastructures portuaires à Gaspé pourrait être utile pour les entreprises qui souhaitent exploiter d’éventuels gisements pétroliers ou gaziers dans la région. Déjà, il est prévu que le projet gazier Bourque, de Pétrolia, soit associé à un gazoduc qui amènerait du gaz naturel jusqu’au port de Gaspé, où il serait liquéfié sur une usine flottante avant son transport vers les clients, et ce, par voie maritime.

Qui plus est, le projet pétrolier Haldimand, lui aussi de Pétrolia, est situé près de la baie de Gaspé. Le pétrole qui pourrait y être exploité pourrait donc être transporté par navires à partir du port. Même chose pour le projet Galt, de Junex, qui est situé à une trentaine de kilomètres de Gaspé. Dans les deux cas, les projets d’exploration ont déjà permis d’extraire des milliers de barils de pétrole.

La présence de manifestants dans la salle s’est toutefois soldée par une annulation pure et simple de la conférence de presse du ministre. Il n’a pas non plus été possible d’obtenir d’entrevue avec le ministre, puisque ce dernier était « en rencontres » dans le courant de la journée, a précisé le bureau de M. D’Amour au Devoir.

Gouvernement critiqué

Des représentants des manifestants ont toutefois profité de l’occasion pour critiquer publiquement la position du gouvernement Couillard dans le dossier pétrolier en Gaspésie. « Aucun BAPE n’a été fait pour consulter les populations avant le lancement de différents projets en territoire Gaspésien. Ni pour la cimenterie de Port-Daniel ni pour les forages de Pétrolia à Haldimand. Au point où on en est, la seule manière de se faire entendre, c’est de faire du bruit, de se créer des espaces pour revendiquer un autre type de développement pour la Gaspésie », a affirmé Hubert Lessard, un marcheur présent lors de la perturbation.

« Notre action s’inscrit également dans un contexte de déclarations gouvernementales facilitant les industries pétrolières et gazières. En plus de l’annonce d’un financement supplémentaire de cinq millions au projet Bourque, le projet de loi 106 du gouvernement Couillard veut permettre aux compagnies pétrolières d’exproprier des propriétaires si des hydrocarbures se situent sur leurs terrains. C’est inacceptable ! » a déploré Élise Vaillancourt, co-porte-parole de la Marche des Peuples. Les manifestants, qui ont commencé leur marche le 29 mai dernier, doivent la poursuivre dans les prochains jours. Celle-ci doit se terminer à Rimouski.

Le projet de Loi sur les hydrocarbures (le projet de loi 106), le premier de l’histoire du Québec, le gouvernement entend en effet donner des droits importants aux entreprises qui souhaitent exploiter le pétrole et le gaz naturel. Le projet de loi prévoit en effet que ces entreprises obtiendront un droit d’expropriation pour lancer leurs projets d’exploitation ainsi que la propriété du sous-sol dès la délivrance d’un permis d’exploration. L’esprit de ces dispositions provient de la Loi sur les mines adoptée il y a plus d’un siècle.

4 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 21 juin 2016 17 h 57

    Non mais...

    «Fait à noter, le développement des infrastructures portuaires à Gaspé pourrait être utile pour les entreprises qui souhaitent exploiter d’éventuels gisements pétroliers ou gaziers dans la région.»


    ... Quand est-ce qu'ils vont se rendre è l'évidence qu'il n'y a pas de pétrole exploitable au Québec?

  • Sylvie Lapointe - Abonnée 21 juin 2016 22 h 03

    Priorité: nous vendre

    Sont (le gouvernement Couillard & cie) tellement pressés de vendre le Québec et ses québécois aux industries que le reste finalement n'a aucune importance. On ne s'appelle pas "ministre de la Stratégie maritime libéral" pour rien. Au diable la Terre-Mère, les bélugas, les citoyens, les propriétaires terriens, etc. Leur âme (au gouvernement Couillard et au ministre d'Amour en l'espèce) est vendue à d'autres qu'à nous. Et c'est très déprimant de s'en apercevoir.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 22 juin 2016 07 h 50

    Le ministre Arcand doit démissionner

    Normalement, l’expropriation crée une obligation d’abandonner à l’État la propriété d’un bien, moyennant une indemnité, quand l’intérêt public l’exige.

    Ce nouveau pouvoir accordé aux pétrolières signifie que si un citoyen refuse de vendre son terrain ou s’il demande un prix jugé excessif par la compagnie, celle-ci pourra s’en emparer de force et verser à l’ancien propriétaire le prix qui lui convient.

    Dans les faits, c’est donc un _pouvoir d’extorsion_ que le ministre Arcan veut donner aux pétrolières, sous la menace d'un _droit d'expropriation_.

    À l’Assemblée nationale, le ministre Arcand a soutenu hier que ce pouvoir d’expropriation est un pouvoir de dernier recours. Il l’est dans les faits lorsque ce pouvoir est exercé par les pouvoirs publics puisque tout abus de leur part est sanctionné par l’électorat.

    Dans le cas d’intérêts privés, il en est autrement puisque ces compagnies ne sont redevables qu’à leurs actionnaires. Ceux-ci demandent la maximisation du rendement de leur investissement. Or, contrairement à ce que dit le ministre, rien dans le projet de loi 106 n'encadre l'utilisation privée de ce pouvoir public.

    Comme une brebis dont on attache les pattes et qu’on soumet à la prédation d’une meute de loups, la loi 106 signifie la dépossession du territoire national au profit d'intérêts privés (dont Énergie-Est).

    À mon avis, pour cette trahison du peuple québécois, ce ministre est indigne de sa fonction. Conséquemment, il doit démissionner ou, à défaut, être démis de ses fonctions.

  • Danielle Rochette - Abonnée 22 juin 2016 13 h 53

    Je suis une rainette

    Quelle est la démarche à faire pour nous faire tous inscrire comme espèce en péril?
    Ça semble être le seul espoir d'obtenir la protection de notre territoire.