Mine Arnaud peine à se financer

La population de Sept-Îles est divisée depuis déjà quelques années par rapport à la réalisation de Mine Arnaud, qui deviendrait la plus grosse mine à ciel ouvert en milieu habité au Québec.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir La population de Sept-Îles est divisée depuis déjà quelques années par rapport à la réalisation de Mine Arnaud, qui deviendrait la plus grosse mine à ciel ouvert en milieu habité au Québec.

Plus d’un an après avoir donné le feu vert au projet Mine Arnaud, à Sept-Îles, le gouvernement Couillard ne parvient toujours pas à trouver le financement pour cette mine à ciel ouvert de plus de 850 millions de dollars, ni à trouver preneur pour la totalité de la production, a appris Le Devoir. Lassé d’attendre, le maire réclame des investissements pour relancer et diversifier l’économie de la région.

Le 16 mars 2015, trois ministres avaient fait le voyage jusque sur la Côte-Nord pour annoncer l’autorisation accordée par le gouvernement à Mine Arnaud, un projet qui devait symboliser la relance du Plan Nord libéral. « Le projet que nous annonçons aujourd’hui est tout à fait le genre de projet que nous désirons voir se réaliser avec le Plan Nord. Des projets porteurs, des projets créateurs de richesse et d’emplois, qui vont profiter aux communautés locales, mais également à tout le Québec », avait alors affirmé le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand.

Québec avait du même coup promis la création de 1000 emplois durant la phase de construction de la mine et des installations connexes, qui devait débuter cette année. Mine Arnaud, dont Investissement Québec est le principal actionnaire, avait aussi promis de maintenir 325 emplois directs « stables et bien rémunérés » pendant les 30 années d’exploitation de l’apatite, qui sert à produire des fertilisants agricoles.

Un an et trois mois plus tard, rien de cela ne s’est encore concrétisé, faute de financement. Investissement Québec s’est engagé à investir 120 millions de dollars dans ce projet qui divise la population de Sept-Îles entre partisans et opposants. Yara International, une multinationale du secteur de l’engrais, devait elle aussi injecté 120 millions.

Pour atteindre un montant de 850 millions, Investissement Québec s’est donné pour mission de recruter un partenaire en mesure d’investir au moins 160 millions, mais aussi d’exploiter la mine. Et puisque Yara a finalement décidé de « limiter sa participation », ce montant pourrait être plus important. Une autre tranche de 400 millions doit provenir d’un prêt contracté auprès d’institutions financières.

Est-ce que la Société d’État a trouvé un ou des partenaires pour compléter le financement de la mine ? « Nous sommes en discussion sérieuses avec plusieurs partenaires pour acquérir des participations dans le projet Mine Arnaud », répond Investissement Québec, sans plus de détails.
 


Acheteur recherché

En plus du financement à compléter pour démarrer le projet déjà promis à la Côte-Nord, le gouvernement cherche toujours des acheteurs pour la production annuelle de la mine. Yara, son unique partenaire pour le moment, pourrait acheter entre 40 % et 50 % de celle-ci, qui doit atteindre 1,3 million de tonnes de concentré. Il faut donc trouver preneur pour le reste, soit entre 650 000 et 780 000 tonnes. « Nous avons des discussions sérieuses avec plusieurs acheteurs potentiels d’apatite. Un expert en apatite nous accompagne dans nos démarches », indique simplement la Société d’État.

Il faut dire que le contexte du marché du phosphate (l’apatite est composée de phosphate) semble pour le moins incertain pour les prochaines années. Selon les prévisions de la Banque mondiale, le prix de la tonne de phosphate pourrait passer de 118 $ à 110$ entre 2017 et 2025. Or, selon Mine Arnaud, le seuil de rentabilité du projet se situerait à 120 $.

Signe des difficultés rencontrées, Québec a aussi mandaté l’an dernier une firme tenter de faire progresser les démarches. « Une firme internationale nous accompagne toujours. Nous avons même des discussions très sérieuses avec des investisseurs suite à ces démarches », répond Investissement Québec.

Pour le moment, on ne peut toutefois pas donner de précision sur le moment d’un éventuel démarrage de la construction. « Il n’y a pas de délai, nous sommes patients », indique la porte-parole de la Société d’État, Chantal Corbeil. En ce qui a trait aux travaux sur le terrain, de « l’échantillonnage » de cours d’eau est prévu cet été, mais aucuns « travaux d’ingénierie » ne sont prévus pour le moment, puisque les discussions sont toujours en cours « avec des investisseurs potentiels ».

Attente à Sept-Îles

Pendant que le gouvernement tente de faire avancer un projet majeur de son Plan Nord, le maire de Sept-Îles, Réjean Porlier, rappelle que l’annonce libérale a été faite dans un contexte de ralentissement économique lié aux reculs dans le secteur minier. Or, le financement n’était pas encore au rendez-vous.

« Au moment où ils ont fait l’annonce, je sentais qu’il y avait un besoin de bonnes nouvelles, explique-t-il. C’était une étape à franchir. Ils ont adopté le décret. Mais quand ils sont venus annoncer le projet, la question a été posée immédiatement : Est-ce que les investisseurs sont là ? La réponse a été “ non ”. »

M. Porlier salue toutefois les efforts de Québec mis de l’avant au cours des derniers mois pour tenter de faire progresser le projet Mine Arnaud, même s’il n’est pas au fait des détails d’éventuels progrès.

Le maire de Sept-Îles est toutefois catégorique par rapport au projet Mine Arnaud : « Je n’attends pas après ça. Et je dis toujours aux gens de ne pas attendre après ça. Il y a des gens qui souhaitent que le projet se fasse, d’autres le souhaitent moins, mais il ne faut pas attendre. Il faut travailler avec ce nous avons entre les mains. »

Lassé d’attendre « le coup de circuit » que peut représenter un gros projet minier toujours incertain, il souhaite mettre en place des moyens de diversifier l’économie de la plus importante municipalité de la Côte-Nord, toujours très dépendante du secteur minier. À son avis, un « fonds de diversification » devrait être mis sur pied. Réjean Porlier estime néanmoins qu’il serait important de compléter le « prolongement » de la route 138, un projet qui était prévu dans la nouvelle mouture du Plan Nord.

La population de Sept-Îles est divisée depuis déjà quelques années par rapport à la réalisation de Mine Arnaud, qui deviendrait la plus grosse mine à ciel ouvert en milieu habité au Québec. Rappelons que le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement avait publié un rapport très sévère sur Mine Arnaud en février 2014. L’organisme constatait aussi « l’absence d’un consensus social et la polarisation de la population septilienne ».

 

Consultez notre dossier Développement du Nord
10 commentaires
  • Jacques Morissette - Abonné 20 juin 2016 05 h 54

    En période creuse, le voyage risque d'être long.

    Le degré de diversification d'un lieu éloigné est inversement proportionnelle à sa dépendance, surtout quand l'économie ne tient qu'à un secteur d'une ou deux entreprises. Prévoir que plus on est isolé, plus le risque est grand de trouver le voyage long, en période creuse.

  • François Dugal - Inscrit 20 juin 2016 06 h 57

    Enrichissons notre vocabulaire

    Naufrage :
    Perte totale ou partielle d'un navire par accident.

  • Patrick Daganaud - Abonné 20 juin 2016 07 h 52

    Pollution garantie : coûts environnementaux pharaoniques

    Retiré des lessives, le phosphate tue l'eau.

    Il génère la production des cyanobactéries : nos algues bleu vert.
    Il pollue pour des siècles les nappes phréatiques, contamine les cours d'eau, du ruisseau à la rivière, au fleuve, à la mer.
    Il détruit la faune.

    Le phosphate est ce qui attire financièrement Mine Arnaud et la norvégienne Yara International, multinationale des engrais, dans l'apatite, mais selon une attirance diversifiée : Mine Arnaud est le besogneux bras canadien de la station Yara.
    Elle videra notre sous-sol pour que la norvégienne transforme le minerai en fertilisant et le revende à des acheteurs de plus en plus frileux qui exercent, quant à eux, des pressions à la baisse sur les coûts à la tonne de ce polluant majeur.

    Bref, l'exploitation ne sera pas rentable, même en ne calculant pas les coûts d'une impossible dépollution.

    En outre, comme toute mine, Mine Arnaud n'est personne et elle doit ses fonds à l'État, c'est-à-dire aux subventions gouvernementales, c'est-à=dire aux contribuables, donc à vous et moi.
    Comme il s'agit de faire semblant, Mine Arnaud est une façade : nous subventionnons des investisseurs privés qui n'investissent pas.
    Par ailleurs, ces investisseurs étant en quantité et qualité insuffisantes, le Gouvernement est aussi un partenaire financier qui engloutit des sommes astronomiques pour que ses amis miniers en tirent les profits et nous, les dettes.

    En somme, nos taxes et nos impôts servent à déployer ce projet gouvernemental de contamination à grande échelle.

    Nous sommes complices et sommes coupables.

  • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 20 juin 2016 08 h 26

    Incohérence gouvernementale


    Mais quelle idée aussi que de construire une usine d'apatite (phosphore) responsable entre autres des algues bleues-vertes (cyanobactéries) non seulement au Québec mais dans le monde entier? La pollution de nos lacs et rivières est due à des en grande partie à des apports excessifs de nutriments d'origine agricole et c'est sans compter qu'on retrouve également des phosphates dans certains détersifs et dans plusieurs herbicides.

    Encore une incohérence du gouvernement libéral qui prône sur les tribunes internationales les énergies vertes et qui d'un autre côté, au nom du dieu-profit, se soumet aux diktats des puissances industrielles agroalimentaires.

  • Jean Beaudin - Inscrit 20 juin 2016 08 h 30

    Ressources Naturelles

    La population québécoise travaille surtout dans les services à 80% et ne comprend pas qu'elle dépand énormément de ceux travaillant dans l'énergie et les ressources naturelles. Ici on parle d'engrais qui vont permettre la production industrielle à bas prix des aliments. Le pétrole, les plastiques, l'aluminium, le lithium, les terres rares (ordinateur) la bouffe que vous consommez avec vos deux autos, et douzaines d'appareils électroniques coréens ou japonais, vos rêves d'éoliennes vient de quelque part. La Cote Nord et le Nunavik ne sont ni des lieux agricoles ou de services et d'industries intellectuelles, mais des producteurs de ressources naturelles, point. Vous ne vivriez pas votre travail et votre tourisme sans eux.

    • Sylvain Auclair - Abonné 20 juin 2016 11 h 59

      La part du secteur minier dans le PIB du Québec varie entre 1 et 1,4%, selon les années*. Et c'est un secteur qui semble tenu à bout de bras par des dépenses gouvernementales, et qui laisse derrière lui des déchets toxiques que les contribuables doivent éliminer à grands frais.

      Est-ce vraiment rentable?


      * https://mern.gouv.qc.ca/mines/statistiques/production-pib.jsp