L’Office national de l’énergie lance l’étude sur Énergie Est

Le pipeline Énergie Est traversera le Québec sur une distance de 650 kilomètres. Il franchira, toujours au Québec, plus de 860 cours d’eau, dont plusieurs rivières qui servent de source d’eau potable.
Photo: David Touzin Le pipeline Énergie Est traversera le Québec sur une distance de 650 kilomètres. Il franchira, toujours au Québec, plus de 860 cours d’eau, dont plusieurs rivières qui servent de source d’eau potable.

L’Office national de l’énergie a lancé jeudi les audiences fédérales du pipeline Énergie Est, jugeant que la demande de TransCanada est « complète ». La version française n’a toutefois pas encore été déposée, et des éléments du projet pour le Québec restent à préciser, dont la traversée de cours d’eau majeurs.

L’Office national de l’énergie (ONE) a présenté, en direct de Calgary, les détails de l’étude du plus important pipeline en Amérique du Nord. L’ensemble du processus, y compris les audiences publiques qui débuteront en août et les présentations provenant de différents intervenants, devrait durer 21 mois.

Il doit servir à déterminer si le projet Énergie Est, conçu pour faciliter l’exportation de la production de brut de l’Ouest, est « dans l’intérêt public » des Canadiens.

« Le processus que nous entamons aujourd’hui est mis en place pour nous assurer que nous entendons le point de vue de tous les Canadiens », a fait valoir l’organisme. « Nous allons mener un exercice rigoureux et basé sur la science pour nous assurer que le rapport de recommandations reflète le meilleur résultat pour l’intérêt public canadien », ont également souligné les porte-parole de l’ONE.

L’organisme fédéral juge donc que la demande déposée par TransCanada, et qui totalise plus de 30 000 pages, est « complète ». La version française n’est pourtant pas disponible sur le site de l’ONE, l’organisme « indépendant » chargé d’étudier le projet.

« La version française est sur le site d’Énergie Est », a répondu l’Office. Des documents sont en effet disponibles sur ce site Web, qui a été mis en ligne par le promoteur du projet, soit TransCanada. Il fait essentiellement la promotion du pipeline. Il reprend notamment les arguments de l’entreprise en faveur du controversé pipeline.

Éléments manquants

Par ailleurs, des éléments majeurs du projet pour le Québec ne sont toujours pas précisés. Par exemple, TransCanada n’a pas encore exécuté les travaux qui doivent permettre de déterminer comment et où elle entend traverser la rivière des Outaouais. Des « travaux préliminaires » sont toujours en attente d’autorisation de la part du gouvernement du Québec.

Cet élément du projet en sol québécois est d’autant plus important qu’en cas de bris du pipeline dans le secteur de la rivière des Outaouais, les prises d’eau de la région de Montréal seraient directement exposées à la contamination.

« À travers ce processus, il y aura plusieurs occasions pour la compagnie et les participants de déposer de l’information au dossier, mais aussi de tester cette information, a répondu l’ONE jeudi. L’étude pour la rivière des Outaouais pourra être déposée en temps opportun durant le processus d’évaluation. »

Des éléments demeurent aussi à préciser en ce qui a trait à la traversée du fleuve Saint-Laurent, sur une distance de 3,5 km. Des travaux sont prévus à l’automne 2016, selon ce que précise le site du ministère de l’Environnement du Québec.

Une dizaine de groupes environnementaux du Québec ont critiqué jeudi la décision de l’ONE de lancer le processus dans ces conditions. Selon eux, la demande déposée par la pétrolière albertaine n’est pas complète. Ils ont notamment rappelé que les analyses de risque de déversement pour les principales rivières du Québec n’ont toujours pas été réalisées.

Le pipeline Énergie Est traversera le Québec sur une distance de 650 kilomètres. Il franchira, toujours au Québec, plus de 860 cours d’eau, dont plusieurs rivières qui servent de source d’eau potable. Il traversera aussi plusieurs terrains privés, puisque plus de 2000 propriétaires terriens sont concernés par le tracé de la pétrolière.
 

Consultez notre dossier sur Énergie Est : le projet de la controverse

11 commentaires
  • Luc Falardeau - Abonné 16 juin 2016 17 h 09

    La Communauté métropolitaine de Montréal bafouée

    La CMM avait transmis une résolution à l'ONÉ contre le déclenchement du calendrier des consultations à la mi-juin, tant que les documents sur la traversée de la rivière Outaouais ne seraient pas rendus publics.

  • Louise Nepveu - Abonnée 17 juin 2016 07 h 17

    Les dés sont pipés

    Toutes ces consultations bidon, ces rapports sciemment tronqués destinés aux seuls Québécois francophones, ce faux BAPE accepté lâchement par le gouvernement Couillard, l'arrogance de Transcanada (notamment envers les agriculteurs qui se verront imposer des normes de cultures trés strictes), tout cela nous amène à conclure que l'oléoduc passera sous nos cours d'eau qu'on le veuille ou non. Soyons au moins conscients de la mascarade. Un jour viendra, c'est inéluctable, où un désastre écologique surviendra et ce jour-là nous serons seuls pour tenter vainement d'enrayer les dégâts.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 18 juin 2016 16 h 27

      @LN "...tout cela nous amène à conclure que l'oléoduc passera...etc."

      Pourquoi accepterions-nous l'inacceptable? Ne soyons pas défaitistes...Nous avons le poids du nombre...la population du Québec ne peut pas accepter l'irréparable, il en va de sa survie .

      Tous les experts: écologistes,géologues, etc. le disent...Énergie Est n'est pas viable à cause des innombrables et insurmontables problèmes que rencontre ce projet. Les gens de Énergie Est/Trans Canada sont aux abois...leurs lobbyistes connaissent leur dernier baroud d'honneur (combat désespéré, perdu d'avance).

      Voilà ce qu'il faut retenir de ces dernières consultations bidons, de ces rapports tronqués...TCEE nous prend pour des imbéciles heureux...
      car n'ayant pu convaincre ni la Colombie britannique, ni les USA, ils essaient( avec l'aval du gouvernement québécois en place présentement) de nous faire... peur...Vous savez, cette peur qui nous a empêchés, dans les derniers 25 ans, de prendre notre place dans l'échiquier mondial des États libres...de leurs décisions.

      Restons debout et vigilants...

  • François Beaulne - Abonné 17 juin 2016 09 h 21

    De la foutaise

    Voici le meilleur exemple depuis longtemps de colonialisme rampant auquel est assujetti le Québec. Il est évident depuis des mois que la grande majorité des québécois s'oppose à ce projet incompatible avec les efforts de contrer le réchauffement climatique, de protéger notre qualité de vie et d'amorcer une transition plus qu'attendue vers des énergies renouvelables et non polluantes. Pourtant, malgré tous ces signes et messages opposés à ce projet, l'ONE fédérale, avec la complicité du gouvernement Couillard s'acharne par toutes les contorsions possibles imaginables à nous l'enfoncer dans la gorge. Et ce, comble de mépris, en Anglais seulement. Il est assez paradoxal que cette annonce soit faite au même moment où les Premières Nations viennent d'annoncer leur opposition inconditionnelle à Energie Est et que le premier ministre de Saskatchewan, Brad Wall, celui là même qui nous insultait il y a quelques mois en exigeant que le Québec lui rembourse la péréquation faute d'accepter Energie Est, soit présentement en visite chez nous pour discuter en secret avec Couillard comment donner suite à son projet. Ayons au moins la décense de saluer le courage des Premières Nations faute de pouvoir compter sur celui de nos propres dirigeants!

    • Louise Nepveu - Abonnée 17 juin 2016 12 h 07

      Le courage des Premières Nations devrait nous galvaniser. Espérons que tous les opposants uniront leurs forces pour contrer la culture du secret et des demi-vérités des pétrolières et de Philippe Couillard. Le Québec n'a pas à être un territoire de transit pour le pétrole du Dakota et de l'Ouest. Pense-t-on vraiment que le Vermont, pour ne choisir que cet exemple, accepterait un tel risque?

  • Brigitte Garneau - Abonnée 17 juin 2016 09 h 56

    Quel manque de respect!

    On en vient vraiment à se demander à quoi sert le gouvernement Couillard? À qui sert-il? Et puis, à bien y penser, la réponse est bien simple...La pétrolière est une IMPÉRATRICE alors que notre bon gouvernement est son ESCLAVE...C'est dire que, nous, le bon peuple...heu...peut-on nous traiter de sous-esclaves? Je crois que oui...Malheureusement. Faudra-t-il combattre l'or noir par le sang?

  • - Inscrit 17 juin 2016 14 h 51

    Tenons-nous les côtes !

    Préparons-nous à en avoir une bonne.