L’accumulation de CO2 dans l’atmosphère bat des records

Nouvelle preuve de l’ampleur de la crise climatique mondiale. Des données publiées par le service national britannique de météorologie indiquent que la concentration de dioxyde de carbone franchira un seuil dangereux cette année, tout en poursuivant sa croissance marquée. Tout cela dans un contexte où la planète bat de nouveaux records de chaleur.

Le Met Office (le service national britannique de météorologie) évalue ainsi que la concentration de CO2 dépassera durablement les 400 parties par million (ppm). Et selon le professeur Richard Betts, qui a dirigé l’étude scientifique britannique, « même si l’humanité parvient à réduire ses émissions de gaz à effet de serre », les citoyens qui vivent aujourd’hui ne vivront pas assez longtemps pour voir la concentration de CO2 revenir sous la barre des 400 ppm.

Or, ce seuil constitue un véritable signal d’alarme. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) estime en effet que pour parvenir à limiter le réchauffement climatique entre 2°C et 2,4°C par rapport à l’ère préindustrielle, il faudrait que la concentration de CO2 plafonne entre 350 et 400 ppm.

Concentration en hausse

La communauté internationale s’est justement fixée comme objectif de tenter de limiter le réchauffement à 2°C, dans le cadre de l’accord de Paris conclut en décembre dernier. Mais pour y parvenir, il faudrait impérativement réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre de 40 à 70 % d’ici 2050, et les ramener à zéro à la fin du présent siècle.

Non seulement cette tâche s’annonce très difficile, mais les prévisions des scientifiques du Met Office indiquent que la concentration de CO2 pourrait atteindre 450 ppm « d’ici 20 ans ». Une telle concentration nous placerait sur une trajectoire de réchauffement climatique aux conséquences désastreuses.

Fait à noter, la concentration de dioxyde de carbone a augmenté de 120 ppm depuis le début de l’ère industrie, dont 90 ppm au cours du dernier siècle. Jusqu’à la révolution industrielle et le recours massif aux énergies fossiles, ce taux n’avait pas dépassé les 300 ppm durant au moins 800 000 ans, selon des prélèvements dans la glace polaire.

« Il n’y a aucun précédent dans l’histoire de la Terre où on a assisté à une augmentation aussi abrupte dans les concentrations de gaz à effet de serre », selon Michael Mann, spécialiste du climat à l’Université de Penn State.

Records de chaleur

La publication des données britanniques survient dans un contexte où la Nasa a diffusé mardi des relevés climatiques qui démontrent que la planète a enregistré de nouveaux records de chaleur en mai, mais aussi que l’hémisphère Nord a connu cette année son printemps le plus chaud depuis le début des relevés en 1880.

La chaleur a été particulièrement prononcée dans l’Arctique, ce qui a entraîné une fonte annuelle très précoce de la banquise et des glaciers du Groenland, a précisé la Nasa.

Les eaux océaniques plus chaudes ont également contribué à un blanchissement sans précédent de la Grande Barrière de Corail. On a d’ailleurs constaté à un blanchissement sévère des récifs coralliens un peu partout dans le monde.

Les températures records en mai ont été accompagnées d’autres événements météorologiques extrêmes, dont de fortes précipitations dans plusieurs parties de l’Europe, comme en France, et dans le sud des États-Unis.

« L’évolution du climat que nous observons à ce stade cette année est de nature à nous alarmer », a commenté dans un communiqué David Carlson, directeur du programme mondial de recherche sur le climat à Genève.

Il a cité « des températures exceptionnellement élevées, des taux de fonte des glaces arctiques en mars et mai qu’on ne voit pas normalement avant juillet et des précipitations exceptionnelles ».

Selon M. Carlson, « la forte intensité du courant El Nino explique seulement une partie de ces températures élevées », en pointant du doigt l’augmentation des gaz à effet de serre provenant des activités humaines.

Après 2014 et 2015, 2016 pourrait bien battre un nouveau record de chaleur sur la planète, ont récemment estimé des scientifiques américains.

Avec l’Agence France-Presse

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6 commentaires
  • Pierre Vaillancourt - Abonné 14 juin 2016 22 h 00

    Le sentiment d'impuissance ou la colère...

    Et moi je sens en moi
    Dans le tréfonds de moi
    Malgré moi, malgré moi
    Pour la première fois
    Malgré moi, malgré moi
    Entre la chair et l'os
    S'installer la colère

    Félix Leclerc

  • Jean-Yves Arès - Abonné 15 juin 2016 08 h 14

    « les citoyens qui vivent aujourd’hui ne vivront pas assez longtemps pour voir la concentration de CO2 revenir sous la barre des 400 ppm »


    Voilà, qui donc peut prétendre être prêt à faire des sacrifices, et réduire son confort de vie de manière bien concrète, pour un bénéfice que lui-même ne verra pas de son vivant ?

    Politiquement c'est totalement invendable sans tomber dans un discours qui a tout de la prêche religieuse.

    Ce qui fait qu'on se retrouve surtout avec le discours de ceux qui voient là la piastre a faire... Les solutions deviennent donc nécessairement très commerciales, très industrielles. Le tout est livré avec les faussetés habituelles du monde du marketing qui prétend toujours avoir les solutions miracle.

    Hors faire un acte de foi envers la croissance infinie de l'économie et prétendre combattre le réchauffement climatique, tout en jugeant ''immonde'' l'idée de contrôller l'expansion démographique, conduit inéluctablement vers un échec de toutes prétentions de contrôle climatique.

    • Jean Richard - Abonné 15 juin 2016 11 h 19

      La récupération du discours environnementaliste par les gouvernements, menés par des forts lobbies industriels et commerciaux, nous fait reculer au lieu d'avancer.

      Il y a quelques années, il y a eu l'épisode des ampoules fluocompactes, beaucoup plus polluantes que celles qu'elles remplaçaient, détrônées par les DEL, fort coûteuses, censées durer un siècle mais qui flanchent souvent en moins d'un an. On a jeté aux rebuts des millions d'ampoules encore bonnes afin de sauver la planète.

      Aujourd'hui, les joueurs impliqués sont beaucoup plus gros et le principal parmi eux, c'est l'industrie automobile, qui place ses pions, capable qu'elle est de perdre un peu d'argent en vendant à perte des voitures à batteries, à des clients généreusement subventionnés par les gouvernements. À côté de l'industrie automobile, il y a celle de l'électricité, un joueur globalement aussi puissant que les pétrolières, incluant les fabricants de batteries, les producteurs et les distributeurs, le nucléaire...

      Les choix faits aujourd'hui par les gouvernements ne sont pas orientés vers la protection de l'environnement. Ils sont dictés par des groupes industriels et commerciaux puissants. La récupération passe par certaines cordes sensibles : la morale. Les notions de vice et de vertu font partie du discours récupéré. Le vice, c'est le pétrole, la vertu, c'est...

      Une telle approche ne favorise pas les remises en question.

    • Daniel Grant - Abonné 15 juin 2016 22 h 27

      M. Arès. Quand on connait le problème (averti par la NASA et confirmé par Exxon depuis les années 70 avant qu’Exxon se lance dans une campagne de désinformation à coup de millions) et qu’on prend aucune action vers une solution c’est irresponsable.
      Je comprend quiconque dans le passé de nous avoir mené où nous sommes, c’était dans l’air du temps et j’en ai fait parti aussi, mais en 2016 peut-on ronronner dans l’insouciance et ne pas s’apercevoir du duel entre l’humanité et la nature.

      La NASA ne tient pas des discours religieux, ce sont les pétrolières qui sont intégristes dans leur obsession de maintenir notre dépendance au pétrole comme dans le passé en nous faisant ‘croire’ que nous n’avons pas le choix. Cette obsession est pire que le tabac.

      Les solutions propres du futur abondent à l’étranger mais quand le Canada (bras dessus bras dessous avec les Pétrolières) s’obstine à ne pas faire partie de la solution des Énergies Renouvelables, (un des rares pays à ne pas faire parti de la IRENA www.irena.org)
      on ne peux pas reprocher aux citoyens de prendre leur avenir en main où il y a des emplois et une piastre à faire comme vous dites.
      Nous sommes tous capitalistes, alors vaut mieux que ce soit propres.

      Le Québec ne peut pas participer à la solution en nous lançant une bombe puante comme la loi sur les hydrocarbures avant de partir se faire bronzer comme vient de le faire M.Arcan, on demande seulement aux marchands de doute de ne pas nuire à ceux qui ont confiance en un avenir décarbonisé sans prétendre à contrôler le climat.

    • Daniel Grant - Abonné 17 juin 2016 13 h 39



      M. Richard,
      … discours environnementaliste …
      même Exxon a bien dit que la pollution était
      “l’affaire de tous”. On s’entend que ce n’est pas qu’une affaire d’environnementalistes.

      Heureusement qu’il y a ces groupes comme porte-parole de citoyens pour contrer la récupération du discours intégristes des pétrolières qui veulent nous retenir dans le passé et entretenir notre dépendance au pétrole, pcq nos politiciens ont plutôt l’air de faire parti du département de relation publique des pétrolières.

      …forts lobbies …
      Leurs lobbys ne sont pas à armes égales avec ceux des pétrolières qui disposent de fortunes colossales pour nous mentir et faire obstacle aux mesures de transition.


      … Il y a quelques années…
      Ça fait un siècle qu’elles n’ont pas réussi à faire du pétrole sans empoisonner la biosphère et détruire tout sur leur passage en plus d’être source de conflits (qui font l’affaire des vendeurs de canon) etc… et nous sommes toujours aussi bêtes de les subventionner à coup de 5300 G$ par année (FMI) alors on pourrait bien pardonner quelques petites erreurs de parcours aux environnementalistes.

      …fabricants de batteries…
      Soyons pragmatique et mettons l’effort ou nos taxes profiteront le plus, le transport.
      Nous savons maintenant que le transport électrique est beaucoup plus apte à solutionner la plus grande partie de la pollution et il est disponible maintenant


      …c’est l'industrie automobile… vendant à perte…
      N’oublions pas Volkswagen qui a menti aux consommateurs et empoisonné l’air en ne perdant pas d’argent.

      Quand les voitures électriques seront subventionnées autant que les bagnoles à pétrole, le transport publique ou individuel sera zéro-émission et on pourra progresser vers des solutions encore plus avancées.

      …les remises en question…
      Les remises en question sont déjà commencés mais les marchands de doute sont à l’oeuvre en camouflant le problème et en faisant obstacle aux solutions.

  • Sylvain Auclair - Abonné 15 juin 2016 11 h 11

    Il faut retirer le CO₂ de l'air.

    On peut pour ce faire imaginer plusieurs méthodes techniquement avancées, mais on peut aussi simplement faire du charbon de bois et de l'enfouir...