Audiences sur le Suroît: les écologistes posent leurs conditions

Les groupes environnementaux et sociaux, tels les consommateurs, ne participeront pas aux audiences de la Régie de l'énergie sur le Suroît et ses solutions de remplacement, à moins que le ministre des Richesses naturelles, Sam Hamad, ne clarifie davantage ce mandat sur des points précis.

Le ministre s'est d'ailleurs défendu hier d'aller d'une volte-face à l'autre et affirme vouloir donner la parole à toute la population et aux groupes, qui se sentent encore serrés malgré le prolongement du mandat de la Régie jusqu'au 30 juin.

Les groupes environnementaux s'engagent visiblement à reculons dans ce processus, auquel ils se disent prêts à participer sous conditions, car ils suspectent tous la Régie de complaisance envers Hydro-Québec et le gouvernement en raison de la facilité avec laquelle elle se pliait à l'échéancier gouvernemental jusqu'à ce que la menace d'un boycottage généralisé l'amène à suggérer un prolongement.

En vertu du nouvel échéancier publié hier, les participants à l'audience pourront s'inscrire d'ici le 19 février et Hydro-Québec devra fournir toutes les informations demandées ainsi que son mémoire avant le 27 février. Les audiences publiques se tiendraient en mai à Montréal.

Les conditions exprimées hier par la coalition et l'Union des consommateurs se ressemblent à plusieurs égards. La coalition demande au ministre de limiter le mandat à la prévision de la demande entre 2003 et 2010, de définir l'apport de l'efficacité énergétique au déficit allégué par Hydro-Québec et de déterminer quelle quantité d'énergie nouvelle sera nécessaire. Les consommateurs proposent de traiter les autres questions dans une deuxième audience. Pas question, disent-ils, que le mandat demande à la Régie de se prononcer sur la pertinence du Suroît, ce qui équivaudrait à amener la Régie à contourner la loi, qui prévoit un appel d'offres pour combler les besoins, ce à quoi Hydro doit se soumettre comme tout le monde.

De plus, les consommateurs et la coalition demandent à ce que tout le dossier des barrages fasse l'objet d'un examen public, une position aussi défendue par Greenpeace. La concurrence sur les marchés extérieurs, invoquée par Hydro-Québec pour placer la gestion de ses barrages sous le boisseau, «est un leurre commode», explique Manon Lacharité, car les exportations nettes d'Hydro-Québec ne représentent que quelques terrawatts-heure sur les 165 à 170 produits par Hydro-Québec: «On utilise ici un prétexte accessoire, marginal, pour masquer l'essentiel, l'état des réserves hydroélectriques: parce que la roue de secours est rouillée, il faudrait cacher toute la voiture.» Pour Steven Guilbault, de Greenpeace, «tout doit être sur la table et en public» pour une fois et c'est au ministre Hamad de forcer Hydro-Québec à appliquer une politique de transparence.

D'autre part, le porte-parole de Greenpeace a qualifié «d'aberration» les scénarios envisagés par le gouvernement fédéral pour les producteurs thermiques, qui permettraient à ceux qui utilisent le gaz naturel de récolter des crédits très rentables malgré leurs atteintes au climat. «C'est un viol de l'esprit et de la lettre de Kyoto, dit-il, parce qu'on plie devant l'Alberta et l'Ontario. En Alberta, on va ainsi donner des crédits à des producteurs qui vont avoir doublé tout simplement leurs émissions depuis 1990, une aberration à tous égards.» Quant à l'attitude du Québec, qui mise sur la stratégie fédérale pour promouvoir des projets thermiques, Steven Guilbeault estime que le gouvernement «a l'obligation morale, sinon légale, de respecter l'esprit et la lettre du protocole. Présentement, le gouvernement est plutôt en train de torpiller le protocole de Kyoto au Québec en augmentant les émissions globales parce qu'il touchera ultimement sa part des profits engrangés aux dépens de la planète. C'est tout simplement révoltant.»