Sur la piste du renard roux

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Le projet du Corridor écologique et vivrier Darlington part du flanc du mont Royal et traverse l’arrondissement Côte-des-Neiges.
Photo: iStock Le projet du Corridor écologique et vivrier Darlington part du flanc du mont Royal et traverse l’arrondissement Côte-des-Neiges.

Ce texte fait partie du cahier spécial Environnement - Infrastructures naturelles

Le projet du Corridor écologique et vivrier Darlington est certes innovateur, mais il est surtout extrêmement astucieux dans sa conception. Et n’eût été le retour du renard roux sur le mont Royal, il n’aurait sans doute pas vu le jour. « C’est en s’interrogeant sur le parcours qu’aurait pu emprunter le renard roux pour revenir sur le mont Royal que l’idée de réunir les deux campus de l’Université de Montréal, soit le campus principal sur le flanc de la montagne et le nouveau campus dans l’ancienne gare de triage à Outremont, nous est venue », explique Alexandre Beaudoin, conseiller en biodiversité à l’Université de Montréal (UdeM) et directeur du projet Corridor écologique et vivrier Darlington.

Après étude, les concepteurs du projet ont choisi d’établir ce lien entre les deux campus en empruntant la rue Darlington, qui justement part du flanc du mont Royal et traverse l’arrondissement Côte-des-Neiges pour terminer sa course aux abords du nouveau campus. « Ce choix s’est imposé parce que nous pouvions empiéter sur la voie actuelle sans causer trop de perturbations. »

« Le projet a été retenu dans le cadre de “Je vois Montréal” et très bien accueilli par les élus de l’arrondissement, puisqu’il répondait à certaines de leurs préoccupations », précise pour sa part Stéphane Béranger, coordonnateur en développement durable à l’UdeM.

Alexandre Beaudoin et ses collaborateurs ne voulaient pas simplement créer un lien physique entre les deux campus. « C’était l’occasion pour nous de créer un corridor écologique et ainsi doter l’arrondissement d’une véritable infrastructure naturelle. »

Ainsi, trois forêts nourricières (arbres et arbustes fruitiers et plantes médicinales) verront le jour, l’une déjà en place au bas de la montagne, une autre à venir dans le parc Darlington, et une troisième, celle-ci en pots, sur l’emplacement du campus Outremont. De plus, tout au long du parcours, de grands bacs à jardinage seront mis à la disposition des résidants afin de favoriser la pratique de l’agriculture urbaine.

Le problème de la gestion des eaux pluviales a été aussi pris en considération par l’installation de bassins de rétention entièrement végétalisés. « L’ajout de toute cette végétation, par les forêts, les bacs de jardinage et les bassins de rétention végétalisés, aura pour effet de réduire les îlots de chaleur, avance Alexandre Beaudoin, sans compter que cela crée un espace public plus agréable et enchanteur. »

Une piste cyclable sera aussi aménagée le long du corridor afin de favoriser le transport actif.

Un autre aspect novateur du projet est la participation de l’Université de Montréal. « Non seulement avons-nous la collaboration de plusieurs personnes provenant de diverses facultés, souligne Alexandre Beaudoin, mais c’est l’une des rares fois qu’une communauté universitaire s’engage dans un projet qui n’est pas situé sur le territoire de l’université, mais plutôt au coeur même d’un arrondissement. »

Et pas question ici d’imposer ses vues. « Nous avons travaillé en collaboration avec les élus de l’arrondissement, mais nous avons aussi travaillé étroitement avec les résidants eux-mêmes en organisant des tables de concertation où ces derniers ont pu s’exprimer, précise Alexandre Beaudoin. Le projet évolue donc au fil de ces consultations avec les résidants. Car le succès du Corridor écologique et vivrier Darlington passe nécessairement par l’appropriation du projet par les résidants. »